Premières lignes

Premières lignes #1

Premières lignes
Premières lignes

A une époque – dans ma jeunesse bloguesque – le jeudi était consacré à une petite routine citationnelle organisée par une blogueuse (dont j’ai – shame on me – oublié le nom). Je publiais alors un billet qui reprenait les extraits des livres qui comptaient beaucoup pour moi. (Quelques survivants de ce rendez-vous sont encore regroupés dans ma rubrique Mots qui restent, dans la barre de navigation ci-dessus.) L’occasion aussi d’y laisser planer un peu mon humeur du moment…

J’ai fini par abandonner ce petit rituel (irrégularité quand tu nous tiens) et voilà que j’ai repéré sur le blog Ma Lecturothèque ce nouveau rendez-vous Premières lignes. Le concept est dans son intitulé même puisqu’il s’agit de partager les premières lignes d’un roman ou d’une nouvelle. (Je n’exclurai pas les albums, qu’on se le dise…)

Parce que nous savons vous et moi que ces premiers mots ont souvent un charme inexplicable, une curiosité singulière qui poussent à tourner inlassablement bien des pages… Régulièrement, je choisirai donc un titre sur mes étagères (un titre phare, une lecture du moment, un titre dont la chronique ne tardera pas à être en ligne) et vous citerai ces quelques lignes… L’occasion, je l’espère, de vous donner envie d’y plonger… De belles invitations-incitations littéraires en somme.

Pour cette première fois, j’ai choisi l’incipit de Petit-déjeuner chez Tiffany (Breakfast at Tiffany’s) de Truman CAPOTE. Choix qu’approuvera sans conteste mon homonyme amiénoise.

Je suis toujours ramené vers les lieux où j’ai vécu ; les maisons et leur voisinage. Ainsi par exemple cette maison brune dans le quartier des Est-Soixante-Dix, où, pendant les premières années de la guerre, j’eus mon premier appartement new-yorkais. Il consistait en une pièce encombrée d’un mobilier de grenier : sofa et chaises bouffies, recouvertes de ce velours râpeux et d’un rouge que l’on associe aux voyages en été dans un train. Les murs étaient revêtus de stuc et d’une couleur assez analogue au jus de chique. Partout, même dans la salle de bain, ils s’ornaient de gravures représentant des ruines romaines tavelées par l’âge. L’unique fenêtre s’ouvrait sur l’échelle d’incendie. Malgré cela, je me sentais ragaillardi lorsque je tâtais dans ma poche la clef de cet appartement. En dépit de sa mélancolie c’était tout de même un endroit à moi, le premier, et j’y avais mes livres et des pots pleins de crayons à aiguiser, tout ce dont j’avais besoin — je le sentais — pour devenir l’écrivain que je voulais être.

Et vous, quelles premières lignes partageriez-vous?

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46 réflexions au sujet de « Premières lignes #1 »

  1. Une bonne idée, je m’emballe souvent sur les premières lignes, parfois il serait judicieux d’en rester là. J’ai cherché des livres que j’ai aimés mais qui sont restés cachés endormis quelque part sous d’autres livres, et puis celui-ci s’est proposé, alors pourquoi pas ? Premières lignes de La folle allure, de Christian Bobin.

    « Mon premier amour a les dents jaunes. Il entre dans mes yeux de deux ans et demi. Il se glisse par la prunelle de mes yeux jusqu’à mon coeur de petite fille où il fait son trou, son nid, sa tanière. Il y est encore à l’heure où je vous parle. Aucun n’a su prendre sa place. Aucun n’a su descendre aussi loin J’ai entamé ma carrière d’amoureuse à deux ans avec le plus fier amant qui soit : les suivants ne seraient jamais à la hauteur, ne pourraient jamais l’être. Mon premier amour est un loup. Un vrai loup avec fourrure, odeur, dents jaune ivoire, yeux jaune mimosa. Des taches d’étoiles jaunes dans une montagne de pelage noir. »

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    1. Ah Bobin… Certaines premières lignes sont aussi une fausse promesse, une belle tromperie. Je connais bien ce texte de Bobin pour avoir travaillé dessus avec des trolls. Ils l’aiment beaucoup généralement. Merci d’avoir participé…

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  2. C’est une très belle idée. Lorsque je choisis un livre, je regarde toujours les premières phrases de l’incipit pour voir si cette musique me plaît (mais aussi la dernière phrase de la dernière page.
    Difficile de choisir, mais voici un début prometteur:
    « Je ne sais pas trop par où commencer. C’est bien difficile. Il y a tout ce temps parti, que les mots ne reprendront jamais, et les visages aussi, les sourires, les plaies. Mais il faut tout de même que j’essaie de dire. De dire ce qui depuis vingt ans me travaille le cœur. Les remords et les grandes questions.Il faut que j’ouvre au couteau le mystère comme un ventre, et que j’y plonge à pleines mains, même si rien ne changera rien à rien.  » Philippe Claudel, Les Âmes grises.

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    1. Alors autant dire qu’à ton tour tu me proposes une belle invitation à la lecture.
      L’excipit est aussi un temps fort du livre.Je m’abstiens de le citer quand je chronique un titre car je veux laisser au lecteur cet instant particulier de la lecture. Comme un dernier souffle.

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  3. « Après les derniers faubourgs de Kiev, Gouri s’est arrêté sur le bas-côté de la route pour vérifier l’attache de la remorque. Avec force, il essaie de la faire jouer dans un sens puis dans l’autre et, comme rien ne bouge, il finit par se frotter les mains paume contre paume, l’air satisfait. » La nuit tombée, Antione Choplin
    Ayé j’attaque enfin Choplin, offert par Chouchou et je sens déjà la régalade à venir !
    oui les 1ers mots sont essentiels et c’est une trop chouette idée 😉
    mille bises demoiselle ❤

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    1. Je crois que nous étions définitivement faites pour nous rencontrer et nous aimer.
      J’ai près de moi Une forêt d’arbres creux de Choplin. Et je vais bientôt le commencer…
      Mille bises en retour ma Framboise.

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  4. « Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d’écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d’une victoire. A deux reprises, hier et avant hier, il avait été lâche et il n’avait pas osé. Aujourd’hui, en ce premier jour de mai, il oserait et elle l’aimerait. »
    Belle du Seigneur, Albert Cohen.
    Ces premières lignes, découvertes en khâgne, (honte à moi) ont été une véritable révélation et j’ai dévoré compulsivement le millier de pages dans la foulée. Un incipit qui change une vie.
    Belle idée que cette rubrique.

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    1. Aveu (à peine honteux) chère Lucie…Je n’ai jamais réussi à lire Belle du Seigneur…
      Mais j’ai bon espoir de m’y replonger un jour.
      (Au passage quand se retrouve-t-on pour boire des coups !?)

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  5. C’est une très belle idée que de mettre en valeur les premières lignes. C’est émouvant je trouve de lire les débuts, on découvre, on « goûte », c’est rempli de promesses, une voix va se faire entendre et s’offrir. Merci à toi pour ce nouveau rendez-vous !

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  6. Tu sais qu’il y a un bouquin qui vient de paraître, d’un auteur roumain si je me rappelle, qui s’intitule  » Le marchand de premières phrases » , sur ce thème de l’incipit , si important pour donner envie :-)) Je n’ai pas eu l’occasion de le feuilleter , mais j’ai très envie de le lire !

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    1. Ah non absolument pas… Et pourtant j’ai l’impression d’avoir déjà entendu parler de ce titre. [Pause recherche…]
      Bon, ok, je le veux. D’autant que depuis mon voyage en Roumanie je veux découvrir la littérature de ce pays. Merci Mior !

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  7. Belle idée de rendez-vous ! Je l’avais suivi un temps les samedis avec deux autres blogueuses, puis l’ai laissé de côté (régularité, quand tu ne me tiens guère…) J’avais notamment partagé ce début : « Au soir des obsèques, le long du front de mer, je marche à travers les embruns, le fracas des vagues atomisées sur le béton dans le crépuscule, et je laisse mon regard errer à la surface des façades en lambeaux. Au milieu de ceux qu’il me faut désigner comme miens, dans une maison dont les recoins ternes et les odeurs de tiroir ne m’évoquent plus rien, j’ai été saisi d’un malaise. » [Pornographia, Jean-Baptiste Del Amo]

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    1. Je crois que nous avons bien des points communs en matière de régularité… Je réfléchis à mon prochain incipit à partager. Celui que tu me proposes est une vraie découverte. Et il m’intrigue beaucoup…

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      1. Mon incipit est celui d’une errance tropicale, d’un roman hors de mes habitudes, mais cet auteur m’entrainerait n’importe où.
        Je suis curieuse de ton prochain choix.

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      2. J’aime ces auteurs qui nous entraînent un peu au-delà de nos petites rengaines quotidiennes…
        Pour le prochain choix, j’hésite entre deux titres… Affaire à suivre.

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