Premières lignes

Premières lignes #8

C’était à Moscou au déclin d’une journée printanière particulièrement chaude. Deux citoyens firent leur apparition sur la promenade de l’étang du Patriarche. Le premier, vêtu d’un léger costume d’été gris clair, était de petite taille, replet, chauve, et le visage soigneusement rasé s’ornait d’une paire de lunettes de dimensions prodigieuses, à monture d’écaille noire. Quant à son chapeau, de qualité fort convenable, il le tenait froissé dans sa main comme un de ces beignets qu’on achète au coin des rues. Son compagnon, un jeune homme de forte carrure dont les cheveux roux s’échappaient en broussaille d’une casquette à carreaux négligemment rejetée sur la nuque, portait une chemise de cow-boy, un pantalon blanc fripé et des espadrilles noires.

Le premier n’était autre que Mikhaïl Alexandrovitch Berlioz, rédacteur en chef d’une épaisse revue littéraire et président de l’une des plus considérables associations littéraires de Moscou, appelée en abrégé Massolit. Quant au jeune homme, c’était le poète Ivan Nikolaïevitch Ponyriev, plus connu sous le pseudonyme de Biezdomny. Ayant gagné les ombrages de tilleuls à peine verdissants, les deux écrivains eurent pour premier soin de se précipiter vers une baraque peinturlurée dont le fronton portait l’inscription : « Bière, Eaux minérales. » C’est ici qu’il convient de noter la première étrangeté de cette terrible soirée de  mai. Non seulement autour de la baraque, mais tout au long de l’allée parallèle à la rue Malaïa Bronnaïa, il n’y avait absolument personne. À une heure où, semble-t-il, l’air des rues de Moscou surchauffées était devenu irrespirable, où, quelque part au-delà de la ceinture Sadovaïa, le soleil s’enfonçait dans une brume de fournaise, personne ne se promenait sous les tilleuls, personne n’était venu s’asseoir sur les bancs. L’allée était déserte.

Le Maître et Marguerite  – Mikhaïl Boulgakov

Traduction de Claude Ligny

Les dimanches se suivent et nous permettent de lire ou relire des premières pages qui ont pu marquer nos lectures. Cette semaine, je vous propose un titre qui indéniablement fait partie de mon « Panthéon littéraire » avec une des rares œuvres de littérature russe que je connaisse. J’ai découvert ces premières lignes lorsque j’étais à la fac de lettres et j’ai immédiatement plongé dans cet univers littéraire mystérieusement explosif, d’une richesse folle. Un roman que j’aimerais relire si je prenais le temps de le faire…

Un rendez-vous partagé avec George, Ma Lecturothèque, Nadège, Moglug.

Mes premières lignes  #1 #2 #3 #4 #5 #6 #7

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RDV chez Ma Lecturothèque pour d’autres liens.

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22 réflexions au sujet de « Premières lignes #8 »

    1. J’ai lu Tolstoï (Anna Karénine.), quelques nouvelles de Gogol et ce fabuleux roman de Boulgakov. Il faut que je me lance dans du Dostoïevski et du Tchekhov. Reste à choisir les « bons titres ». Bises des Hauts de France ma douce. ❤

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