L'Art du Roman·Rentrée littéraire

Depuis la terre, regarder les naufrages – Jeanne Labrune

Celui-là a trouvé plus fort que lui. Qu’il boive l’amertume de sa défaite.

C’est d’abord un titre. Qui vous appelle. Ce sont ensuite quelques lignes en 4e de couverture. Rien de plus banal pour mettre un livre sur la route d’un lecteur. Ce sont des premières lignes, belles, mouvantes, sentant les embruns et vous submergeant de leur force. Puis la déferlante. Glaçante. C’est ensuite une plume, une belle plume qui vous empêche de reposer le livre jusqu’au point final. Jusqu’à l’accalmie.

Croiser dans ce roman deux personnages. Celui d’Elias et de Léa. L’un, héros noyé dans son cynisme matinal et son impassibilité inébranlable, témoin d’un drame dès les premières pages. L’autre, jeune femme à la vie bancale qui apprivoise sa solitude au milieu des livres et des babioles de la librairie bretonne qu’elle possède. Laisser ensuite un peu de place à Mathieu, étrange et énigmatique pour un trio d’écorchés qui s’embarque dans une aventure de reconstruction lente mais nécessaire…

Le vent, les grincements des pneus attachés aux flancs des chalutiers qui se frottent comme des chiens au mur du quai, elle ne les entend pas, ils sont inscrits dans sa solitude traversée d’espoirs et de pesantes nostalgies. La fatigue courbe son dos.

Des descriptions comme des tableaux, une prose gorgée de lumière, de nuances, d’ombres froides. Un sens de la narration particulièrement maîtrisé, où la surprise, les ellipses et autres ressorts du récit sont tous justement et savamment dosés. Il y a quelque chose d’éminemment cinématographique dans cette manière de raconter chaque scène du roman. Une chose est sûre, on ne sait pas où nous entraîne la surprenante Jeanne Labrune et c’est avec un plaisir certain et un goût satisfait pour l’inattendu que j’ai aimé me laisser balader dans cette Bretagne-là.

Ce serait donc ça la vie, la joie, le plaisir de l’instant. Toutes ces paires d’yeux qui se noient dans les regards des autres et s’y mirent sans s’y voir vraiment?

Depuis la terre, regarder les naufrages – Jeanne Labrune

Éditions Grasset

ISBN: 9782246818281

272 pages / 19€50

29 août 2018

Rentrée littéraire septembre 2018

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11 réflexions au sujet de « Depuis la terre, regarder les naufrages – Jeanne Labrune »

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