BD de la semaine·Et mon coeur fait boum

Jamais – Duhamel

Ici, j’entends chaque souvenir… Je me souviens de chaque son… De chaque silence… De chaque parfum.

Jamais. Jamais elle ne quittera ses quatre murs qui jouent les funambules sur les hauteurs fragiles des falaises. Le vent peut souffler, la tempête peut bien effriter la roche, Madeleine n’est pas de celles qui vacillent et cèdent à la moindre pression, qu’elle soit climatique ou municipale.

Et pourtant, chaque jour, l’érosion fait son œuvre mettant un peu plus en danger celle dont les cheveux sont aussi blancs que les yeux. Aveugle de naissance, Madeleine a construit son petit monde en s’inventant ses propres repères. Elle est tombée amoureuse de Jules et a joué sans broncher le si difficile rôle de femme de marin, se délectant de chaque retour, vivant chaque départ comme un déchirement silencieux. Un jour, Jules n’est pas revenu, mais Madeleine a décidé de faire comme s’il était toujours là.

Alors comment envisager de quitter ce lieu qui a vu tout ce qu’elle n’était pas en mesure de voir? Refuser, résister, jeter l’ancre. Défier le pouvoir, emmerder les cons, provoquer les ronds de cuir à cravate pour leur dire combien sa liberté compte bien plus que les injonctions administratives.

Faites un test ADN, vous aurez son Q.I !

Loin d’être née de la dernière pluie, Madeleine, bien plus lucide qu’elle ne le laisse entendre, forte de son humour décapant et de sa répartie cinglante, va montrer de quel(le) bois grenade elle se chauffe.

Duhamel est d’une efficacité redoutable quand il choisit pour ses albums des héros aux cheveux blancs. Après l’émouvant Abel qui n’aspirait qu’à voyager, voilà une Madeleine sédentaire au centre d’une affaire qui agite et anime une petite ville normande. Bien que le trait, assez classique, ne séduise pas tous les lecteurs, il serait regrettable de passer à côté de cette histoire et de cette belle héroïne-là. Les dialogues de l’album sont savoureux (très Vieux fourneaux) et explosent le capital sympathie des personnages. L’humour bouillonnant de cette force vive est toutefois un leurre. On rit, on sourit, on s’amuse de son jusqu’au-boutisme. Et une fois le lecteur conquis, il ne reste plus qu’à se laisser égratigner par la voix et le ton plus graves de cette femme qui est peut-être plus fatiguée qu’on ne le croit par sa petite routine quotidienne.

Une rencontre explosive pour un album à lire en bord de mer.

Et parce qu’avant d’adorer Madeleine, j’avais rencontré le merveilleux Abel.

D’autres chroniques : Mes échappées livresques / Aifelle / The Autist Reading.

Jamais – Bruno Duhamel

Grand Angle

54 pages / 15€90

Janvier 2018

ISBN:978-2-81894-381-6

Chez Stephie

 

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55 réflexions au sujet de « Jamais – Duhamel »

  1. J’ai adoré cette rencontre avec Madeleine. Sur FB, j’avais posé la question d’un nouvel opus avec cette mamie qui dépote. Si ce n’est pas pour tout de suite, O. Duhamel m’avait répondu qu’il n’y serait pas opposé. Affaire à suivre…

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