L'Art du récit·Rentrée littéraire

Comment t’écrire adieu – Juliette Arnaud

J’ai l’intuition que les chansons nous attendent. (…) Il aura fallu R. et sa fugue finale, sans annonce, sans EXplication, mais blindée de fausseté pour que je l’entende. Je viens seulement de piger, après des décennies à l’aimer et à l’écouter cette chanson que le mot important n’est pas adieu, c’est dire.

L’histoire de Juliette est celle de bien d’hommes ou de femmes. Une rupture à répétition, en pointillés, un sparadrap qu’on se refuserait d’arracher d’un coup sec. C’est douloureux, pénible et la lassitude face à ce chaos sentimental n’arrive que trop tardivement pour prendre conscience de l’aveuglement amoureux. Vient pourtant le point de non-retour et le besoin irrépressible de loger ses amertumes entre les lignes, de noyer sa tristesse sous l’encre et le papier.

La plupart du temps, ceux qui partent tâtonnent autour de la vérité. Tâtonnent seulement parce que: la lâcheté, la fatigue, le désir de ne pas faire plus de mal.

Dans ce récit, le R. de Juliette peut-être le A. le G. ou le J. d’une autre. Celles qui ont goûté aux tumultes de ces hommes-là sauront reconnaître les effets dévastateurs d’une relation complexe avec cette curieuse espèce qu’est l’enfoiré congénital.* (Ndlr: Mots gorgés d’euphémisme et de ce que vous voudrez bien mettre derrière cela.)

Je sais aussi que c’est joli de se manquer quand on est assuré de se revoir.

J’ai commencé ce livre le jour même où je l’ai eu entre les mains. Accompagnée d’un thé. En refermant ce bouquin, j’ai eu l’agréable impression d’avoir passé la soirée avec une bonne copine avec qui j’aurais bavardé des heures autour d’une bonne bouteille. De celle qui délie les langues plus qu’elle ne donne la migraine. La plume n’a rien de très littéraire au sens conventionnel du terme et le propos est parfois décousu – à l’image des « parenthèses » digressives qu’elle pratique dans ses chroniques radio – mais le ton y est savoureusement caustique, ironique et parfois féroce. Envers elle, envers les autres.

Il n’empêche que j’avais dans l’ensemble, une appréciation de moi qui frisait l’injure.

Sans craindre le jugement ou l’impudeur, Juliette Arnaud se raconte à travers des chansons qui ont trouvé tout leur sens en les appliquant à son histoire. Elle crée ainsi au fil des pages, sa petite mélodie intime avec des airs qui ont tous quelque chose à voir avec nous et fait de ce récit un texte sonore, entre le ton très oralisé et cette bande-son qui s’immisce subrepticement dans notre lecture…

Un instant nous quittons les autres, les bien vivants et les morts, il y a de l’immortalité autour de nous, ou plus prosaïquement, une pause. Que j’embrasse. Un des rares moments de ma vie où je n’ai pensé ni à avant, ni à après.

Comment t’écrire Adieu est un récit qui tisse finalement deux portraits d’hommes. Elle désire follement le premier qui la quitte et requitte en déclinant les adieux de manière un peu cavalière, elle dit adieu au second – son père – qui révèle en elle la fragilité d’une enfant qu’on aurait abandonnée trop vite. Et pour cela, rien de tel qu’une plume tenace pleine de drôlerie et ce ton piquant à souhait mêlé d’autodérision et d’une pointe de cynisme désabusé.

Et tiens Juliette, écoute ça si jamais un jour tu passes par ici: Le Tango de la femme abandonnée – Maïa Vidal

Comment t’écrire adieu – Juliette Arnaud

Éditions Belfond – Collection Pointillés

ISBN:9782714479938

6 Septembre 2018

17€ / 144 pages

Rentrée littéraire Septembre 2018

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18 réflexions au sujet de « Comment t’écrire adieu – Juliette Arnaud »

    1. Conquise est peut-être un bien grand mot mais touchée parce que le texte me parle en certains points. Tu l’as peut-être vue dans les chroniques littéraires filmées d’Inter, dans les (daubesques)11 commandements ou dans Arrête de pleurer Pénélope…

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