68 premières fois·L'Art du Roman·Rentrée littéraire

Fils du feu – Guy Boley

C’est sans ironie, cynisme ou pessimisme, que j’écris que je mourrai bientôt: je sais à quelle vitesse les aubes se multiplient.

Il y a la forge. La force. Le coup porté, juste et précis sur l’œuvre qu’on façonne avec rigueur et ferveur. Celui qui relate cette histoire est le fils d’un homme qui joue avec le feu. L’autre feu. Celui qui brûle la gorge et la trachée pour éviter de songer au pire, à la douleur qui brise, aux nouvelles qui abattent sans jamais donner l’occasion de vraiment pouvoir se remettre sur pied.

Dans une famille marquée par le deuil et la perte d’un enfant, divers portraits se dressent sous la plume incandescente de Guy Boley. Il y raconte l’enfance, le petit frère trop tôt arraché. Il y raconte la mère, fragile, qui se replie sur elle-même et se recroqueville dans une folie douce pour mieux nier sa douleur. Il y raconte le père naufragé, accroché à sa bouteille toujours trop vide, passeport douloureux pour l’oubli. Au milieu de ce chaos, un petit garçon qui grandit, se cherche et tente en vain de trouver la place qui lui est due. Celle qui semble toute petite face au trou béant laissé par l’absent.

Il y avait bien longtemps que la gloire et la joie nous avaient désertés, et les bouteilles, comme les morts en leur tombe, dans le creux d’un placard ne savaient plus que gésir.

Lorsque j’ai commencé à lire ce livre dont j’avais entendu beaucoup de bien, j’ai cru un instant que je finirais par le reposer sans qu’il me marque, sans qu’il me laisse un souvenir impérissable. La plume est belle certes, mais me donnait peut-être cette première impression de vouloir trop en faire. Il m’aura donc fallu un peu de temps pour me laisser saisir par cette langue et cette syntaxe tantôt agaçantes, tantôt séduisantes. Puis au fil des pages, le récit perd de sa beauté froide pour devenir touchant, troublant. Si la figure paternelle inonde le livre de son aura alcoolisée et brisée, j’avoue que c’est la relation entre la mère et le fils qui m’a le plus touchée. D’abord décontenancés par la folie qui s’empare de cette femme en perdition, nous devenons les témoins d’un jeu qui s’instaure entre eux et qui m’a rappelé le sublime Lydie de Zidrou et Lafebre. Deux fragilités au diapason qui m’ont remise sur la voie de pages qui avaient d’abord voulu me perdre. Une belle lecture, malgré quelques bémols.

Sur les étagères, épars, mes livres d’alors, ceux-là mêmes que je lisais avec frénésie et dont on m’accusait de les préférer aux êtres humains. Ce qui n’était pas faux. Je lisais comme certains boulimiques se gavent de nourriture, et quand mon petit frère est mort, j’ai lu d’avantage, à outrance, de façon névrotique, je me suis enfermé à l’intérieur des pages comme derrière des barreaux.

Les chroniques de L’ombre du noyer Mon petit carré jauneAlbertineJoëlleEimelle.

Fils du feu – Guy Boley

Éditions GRASSET

Août 2016

Rentrée littéraire 2016

160 pages / 16€50

ISBN: 9782246862116

Rentrée littéraire 2016 3% Touche à tout 7/18
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35 réflexions au sujet de « Fils du feu – Guy Boley »

    1. Oui. Au début, je ne parvenais pas à entrer dans l’histoire. J’étais presque agacée par sa plume. Et puis quelques scènes très belles, quelques passages au style plus fluide. Et l’intérêt est revenu. ^^

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  1. J’ai été touché aussi par cette femme perdue, qui imagine une suite à la vie trop vite interrompue de son fils… Mais je dois reconnaître qu’à part ça il ne me reste déjà plus grand chose de ce livre lu en août. Cela garde un goût d’inabouti, pour moi. Mais l’auteur sera sans doute à suivre.

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