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Le Bordel des mers – Le singulier destin des exilées du Lady Julian – Siân Rees

Elles sont coupables de menus larcins, de prostitution ou de vagabondage et les voilà condamnées à la transportation. Belle aubaine pour ces hommes en mission quand sonne l’heure de quitter Londres pour L’Australie: en plus d’alléger les effectifs indécents de la prison de Newgate, c’est l’occasion idéale pour éloigner ces femmes de mauvaise vie vers d’autres terres en cours de colonisation et d’assouvir les pulsions charnelles à bord… Nous sommes au XVIIIe siècle et la traversée sera très longue avant de regagner Sidney Cove.

Selon toute probabilité, elles sont coupables. Mais certains sont peut-être plus coupables que d’autres.

En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, hommes et femmes se rapprochent et des relations se tissent. Le sexe devient bien plus qu’une monnaie d’échange contre le confort moins précaire d’une couche d’infortune. Voilà que des couples se forment et que les ventres des femmes s’arrondissent sans grande surprise. Avant même de remettre pied à terre, une micro-société s’échafaude sur le pont et dans les cabines, au cœur d’une organisation savamment menée et hiérarchisée à l’instar de ce que l’on pourrait attendre d’une vie en communauté.

Mais les crises se succèdent. Que ce soit les mutineries, la faim, le typhus la cause est toujours la même: cent-cinquante et une femmes qui reçoivent trois pence de pain par jour vivent dans des conditions épouvantables; leur avenir est totalement incertain, elles ne peuvent demeurer soumises bien longtemps.

Après une partie un peu longuette – qui en dit long sur le caractère expéditif de la justice – consacrée aux causes des différentes arrestations ayant conduit ces femmes à l’exil, Siân Rees relate le quotidien à bord sur cette fourmilière qu’est le Lady Julian. Elle s’inspire pour cela du journal de bord de John Nicol qui relate la traversée et ses rebondissements du navire.

Si elles sont suffisamment âgées pour commettre des crimes, elles sont également assez jeunes pour avoir besoin de mères et de grand-mères de substitution.

À la croisée des chemins entre l’essai anthropologique, le documentaire historique, le récit de voyage et le roman d’aventure, ce récit est aussi captivant qu’édifiant. Il donne à voir les conditions dans lesquelles une fois de plus l’on contraint les femmes – corps et âmes – en leur imposant une loi d’une injustice notoire et interroge les réformes judiciaires et sociales d’un monde en pleine mutation.

À bord du Lady Julian, s’étaient tissées des relations complexes faites de pressions, de protections et de faveurs.

Nous entrons – entre curiosité et circonspection – dans l’intimité d’un équipage confrontés aux multiples aléas de la vie en mer. On y évoque sans fard la question de la contraception dans ce qu’elle a de plus sommaire, des maladies qui s’invitent à bord, de l’hygiène et des complications médicales qu’engendre la vie sur un navire qui peut voir naître comme mourir celles et ceux qui se trouvent embarqué·es dans cette périlleuse expédition. On y découvre aussi des femmes qui marquent de leur force et de leur aura la vie du bateau. Un texte particulièrement agréable à lire tant le ton qu’emploie Siân Rees sonne comme celui d’une conteuse. (Nous sommes toutefois loin de la petite ritournelle du « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants »… ) Absolument passionnant !

Une belle manière de clore ce cycle bord de mer et grand large pour notre rendez-vous « Les classiques c’est fantastique ! » et la chronique de Lolo pour sa troisième participation au challenge.

Prolongements et échos :

Le Bordel des mer  – Siân Rees
Traduit de l’anglais par Mélanie Blanc-Jouveaux
Éditions Payot – Collection Petit biblio Payot Voyageurs
8,50 € / 288 pages / 2018
Essai historique / Récits maritimes / Lire l’ailleurs

10 réflexions au sujet de « Le Bordel des mers – Le singulier destin des exilées du Lady Julian – Siân Rees »

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