Les classiques c'est fantastique·Lire l'ailleurs.

Typhon – Joseph Conrad

 

Il y a des choses, voyez-vous, qu’on ne trouve pas dans les livres.

C’est à bord du Nan-Shan, navire marchand dirigé par l’austère et flegmatique Capitaine Mac Whirr que nous entraîne Joseph Conrad. Si la mer est calme et que l’ennui semble être le maître-mot sur le pont, ce n’est hélas que le temps d’esquisser quelques portraits avant de laisser le vent monter et la mer changer de visage. Si l’aperçu de l’équipage que nous avons semble plutôt fade et antipathique, tout bascule lorsque le baromètre chute et que la médiocrité de Mac Whirr éclate au grand jour à l’instar de la tempête qui fait rage. Les voilà pris au piège d’un redoutable typhon que la plume de Conrad donne à vivre à coup de houle, de tangage et de lames en furie.

Car tel est le pouvoir désagrégeant des grands souffles : il isole. Un tremblement, un éboulement, une avalanche s’attaque à l’homme incidemment pour ainsi dire et sans colère. L’ouragan, lui, s’en prend à chacun comme à son ennemi personnel, tâche à l’intimider, à le ligoter membre à membre, met en déroute sa vertu.

La brièveté du récit laisse peu de place à la dimension psychologique des protagonistes qui doivent faire face aux éléments déchaînés. Nous sommes les témoins passifs de leur déroute cuisante entremêlée de descriptions apocalyptiques puissantes. L’expérience de marin de Conrad n’est pas étrangère au grand réalisme des scènes dépeintes qui s’enrobent parfois de lyrisme lorsqu’il s’agit de dire toute la violence des flots qui malmènent le navire.

Mais la mer, dans les ténèbres, semblait faire assaut de toutes parts pour le retenir et le perdre. Il y avait de la haine dans cette façon de le malmener, de la férocité dans les coups qui tombaient sur lui. Le navire était comme une créature vivante, livrée à la rage d’une populace : bousculé, frappé, soulevé, culbuté, écrasé.

Face à ces pages intenses – à lire en totale immersion et d’une traite pour en ressentir pleinement l’agitation troublante – nous intégrons malgré nous un équipage en détresse et le côté vertigineux du récit bouscule furieusement nos repères. La langue de Conrad pourrait paraître un peu désuète et le style légèrement ampoulé dans la traduction qu’offre André Gide. C’est une impression qui sera plus diffuse à mesure que l’on entre dans le tourbillon du récit dont la cadence folle marquera indéniablement les esprits.

Il est des moments de passivité héroïque auxquels parfois même les plus vaillants se résignent.

Une lecture intense, en apnée qui témoigne d’une violence incommensurable qui dépasse les Hommes, les renvoie à leur petitesse – de force et d’esprit – et les remet considérablement à leur place.

C’est l’imagination qui nous rend susceptibles, arrogants et difficiles à contenter.

Un choix de grand large pour une troisième chronique classique pour ce thème décidément très inspirant et une autre chronique de Lolo pour cette sélection.

Prolongements et échos :

Les classiques c’est fantastique ! [Saison 3]
Typhon – Joseph Conrad
Traduit de l’anglais par André Gide
Éditions Gallimard – Collection Folio
5,90€ / 160 pages / 1902
Les Classiques c’est fantastique ! / Récits maritimes / Lire l’ailleurs

 

9 réflexions au sujet de « Typhon – Joseph Conrad »

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