Nous retrouvons ici le jeune blondinet installé en Syrie avec sa famille. Cousin·es, voisin·es, camarades d’école: tout ce joyeux monde gravite autour de lui comme autant de pièces d’un puzzle qui constitueront le portrait de plusieurs générations et le tableau d’une société en pleine mutation. Si l’humour est de mise, l’on sent tout même poindre une chape de plomb qui en dit long sur la situation d’un pays peu regardant sur les droits humains. Certaines scènes, glaçantes, trancheront vivement avec le ton badin qui amuse et plait tant dans cette série. L’art du contraste et des paradoxes enrobé d’un sourire de plus en plus amer. Jamais le mélange des tons n’a été aussi tranchant.
Quitte à me répéter, je n’étais vraiment pas conquise d’avance par les albums de Riad Sattouf. Le trait me laissait incroyablement insensible et avait même tendance à repousser incessamment mes tentatives de lecture. Et puis l’occasion m’a été donnée de découvrir le tome 1 et d’aussitôt changer de regard sur cette série à succès.
– Regarde là-bas ! La femme marche derrière son mari.
– La femme doit toujours se tenir quelques mètres derrière. C’est ainsi.
-Une femme qui marche devant son mari, c’est interdit par le sacré.
Comme pour l’opus initial, la liberté de ton face au monde décrit vous saisit immédiatement. Fort de la distance prise par le regard d’enfant qui croise celui de l’adulte qui se souvient, cet album porte en lui tous les mécanismes et enjeux de l’écriture autobiographique auxquels se mêle une intention évidente de critique sociale. L’œil acéré de ce jeune garçon se pose ainsi sur un monde d’adultes qu’il questionne et sa manière d’appréhender les événements qui rythment sa vie syrienne n’a de naïveté que le nom puisque l’on comprend que trop bien tout ce qui se cache derrière ce décalage exquis entre l’humour apparent et l’entre-ligne, l’entre-case.
Sous nos yeux se dessinent les contours d’un pays qui resserre ses lois liberticides et sous la plume de Riad Sattouf, s’entrevoit une famille qui pâtit insidieusement d’une toute puissance patriarcale qui prend de l’ampleur et de la noirceur. Le regard posé -enfance oblige – sur le système éducatif en dit long sur la situation d’un pays qui forge et façonne violemment les esprits loin des préceptes et idéaux occidentaux.
Les filles ont apporté le plat dans le salon, et les hommes, mes parents et moi avons mangé. Maha et ses filles attendaient. C’étaient des tripes de mouton farcies de riz. Très bon.
– Ça me gêne de manger alors que ta sœur et ses filles nous regardent. Elles peuvent pas manger avec nous ?
– Pfff, mais c’est comme ça ici… C’est la vie… Et tu sais quoi ? Ça leur fait plaisir.
Le récit, voltairien après l’heure (permettons-nous un parallèle si solennel), est un tableau grinçant qui ne laisse guère d’espoir sur l’évolution de la situation politique gangrénée par l’indétrônable omnipotence de la morale religieuse. En témoigne, la figure maternelle qui se veut de plus en plus discrète, s’affirmant de moins en moins, comme en retrait des bulles et des cases face à la surreprésentation du père dont l’auteur étoffe le portrait ambigu déjà esquissé dans le premier tome. Bref, je me réjouis de ne pas avoir à trop attendre le troisième volet de cette série venue déjouer toutes mes attentes.
Merci une fois de plus à Carole pour l’avoir glissé dans mon casier. (Et à Framboise et Poiscaille parce que Riad…)
La chronique du tome 1 de L’Arabe du futur
Persepolis
L’Arabe du futur 2 – Une jeunesse au Moyen-Orient (1984-1985) – Riad Sattouf Éditions Allary 20.90 € / 160 pages / 2015 Bande dessinée / 9e Art / Famille je t’aime, famille je te hais ! |
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Ce mercredi, les amoureux·ses des bulles
sont Au milieu des livres.
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Brize Vanessa Blandine Antigone
Karine Caro Soukee Amandine Maël
Je n’ai toujours pas découvert cette série qui me tente pourtant mais le temps passe, je devrais quand même essayer de me la procurer. 🙂
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J’ai la chance d’avoir une collègue qui me les prête.
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je n’arrive pas à passer le cap du graphisme qui ne me plait pas du tout. Mais le sujet à l’air très intéressant. Un jour peut-être
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C’était aussi ma grosse réserve. Je ne regrette pas d’avoir sauté le pas. J’ai parfois lu de très beaux albums totalement creux et vides.
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Comme toi, le trait me rebute depuis de nombreuses années…
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Et j’ai pourtant surmonté cela. Quelle erreur si je m’étais arrêtée à ces préjugés.
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Je n’ai pas encore lu le premier tome, mais un jour l’occasion se présentera assurément.
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Comme toi, le dessin me tient à distance
Pourtant, je suis sûre que le sujet, et le ton, me plairaient…
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Une BD que j’avais beaucoup aimé.
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Il est au CDI mais j’ai beaucoup de mal avec les dessins, du coup ça me gâche la lecture.
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Je reste encore en retrait de Riad Sattouf, mais peut-être un jour donc…
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pfiouuu, c’est comme pour Les cahiers d’Esther, j’ai commencé la série et abandonné sans raison aucune, je les aime beaucoup, maintenant il me faudrait reprendre ça du début…
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un jour je commencerai cette saga !! Ou pas hihihihi
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Je te souhaite plutôt le premier choix !
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Je te souhaite d’aimer aussi fort les autres tomes 🙂 (je n’en doute pas en fait…)
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