BD de la semaine·Et mon coeur fait boum·Les classiques c'est fantastique

Persepolis – Marjane Satrapi

D’origine iranienne, Marjane a grandi dans une famille d’une grande ouverture d’esprit, peu encline à se laisser dicter ses moindres faits et gestes par le fanatisme religieux. Néanmoins, quand les hommes qui s’emparent du pouvoir en place changent subitement les règles du jeu en faisant de l’interdit une norme, la vie s’en retrouve particulièrement bouleversée et les libertés étouffées.

Marjane Satrapi- Persepolis, intégrale - Un dernier livre avant la fin du mondeDe son enfance à son entrée dans l’âge adulte, Marjane Satrapi nous offre un regard immersif sur ce qu’implique le fait de grandir dans un pays soumis à la terreur intégriste. Tout en apportant un témoignage sur une société en profonde mutation qui effectue un immense bond en arrière face aux libertés fondamentales et individuelles, elle nous livre un récit autobiographique tendre et drôle qui fait parfois passer d’un rire franc à un sourire crispé laissant poindre l’indignation.

Ce jour-là, j’appris une chose fondamentale: on ne peut s’apitoyer sur soi que quand nos malheurs sont encore soutenables.

Marjane Satrapi, Persepolis | La Plume Francophone

Son portrait utilise avec brio les ressorts de la distanciation et de l’humour pour mieux raconter toutes les difficultés, incompréhensions et frustrations que l’époque et la société font naître. Loin d’elle l’idée de se laisser faire, son éducation a fait d’elle une jeune demoiselle impertinente qui ose parler haut et fort malgré tous les efforts mis en œuvre pour que les femmes et les contradicteurs se taisent. Au fil des planches, elle réaffirme la toute puissance de l’éducation et de l’esprit critique pour lutter contre cette condition qu’on impose à son peuple.

J’étais une occidentale en Iran, une iranienne en Occident. Je n’avais aucune identité.

Cet album contemporain, désormais classique, est d’une finesse d’esprit indéniable et d’une intelligence idéale pour soutenir son propos. Il y a quelque chose de très voltairien dans ces quatre tomes dévorés qui laissent progressivement place à une critique plus politique. À mesure qu’elle quitte l’enfance puis l’adolescence, l’héroïne voit se forger en elle une conscience engagée face aux enjeux de son pays et un rapport au monde d’une sensible clairvoyance qui passionneront, je l’espère, ceux et celles qui tourneront ces pages.

Graphiquement, la sobriété du noir et blanc s’impose et le trait demeure sans prétention. Cette apparente simplicité graphique permet aussi d’alléger des cases qui se veulent parfois denses côté bulles. Si souvent l’équilibre est trouvé, cela peut assurément déconcerter les lectrices et lecteurs peu coutumier·es de ce que j’appelle les BD bavardes. Il n’en demeure pas moins que le trait se montre très efficace ne négligeant pas l’expressivité des visages face à toute l’absurdité des situations vécues.

C’est donc très tardivement que j’ai enfin lu les pages de Persépolis, saisissant bien tous les enjeux d’un tel témoignage et il n’est guère surprenant qu’il ait subi la censure dans les pays comme l’Iran ou la Tunisie. [NDLR: Mais pas que… Ce titre était, en 2014, le 2e livre le plus contesté aux USA. Oui, aux USA, vous avez bien lu…] Pour ses propos polémiques et virulents envers le marasme politico-religieux mais aussi pour cette grande liberté de ton qui ne craint pas de raconter les corps, les amours qui enchantent ou déçoivent, les plaisirs coupables et interdits d’une génération qu’on a voulu museler à tort et à tout prix.

C’est je crois un choix particulièrement approprié pour notre rendez-vous de la BD de la semaine ET celui de nos gros·ses dégueulasses pour les Classiques c’est fantastique.

Prolongement et écho:

Les classiques c’est fantastique [Saison 2]
Persepolis – Marjane Satrapi
Édition L’Association
36 € /216 pages
9e Art– Les classiques c’est fantastique [Saison 2] – Chroniques des gros·ses dégueulasses

 

Chez Noukette

20 réflexions au sujet de « Persepolis – Marjane Satrapi »

  1. Une des rares BD que j’ai lue à cause du sujet. J’ai vu le film aussi qui en a été tiré. Je trouve que c’est une façon extraordinaire de traiter un sujet dramatique.

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  2. J’ai vu l’adaptation cinématographique mais pas lu le roman graphique mais l’adaptation est également très sobre et révélatrice et à te lire j’ai pensé à toutes ses femmes afghanes (entre autres) que l’on muselle et dissimule à nouveau… Donc toujours utile et nécessaire et à mettre entre toutes les mains 🙂

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  3. Lu il y a fort longtemps en intégrale, je garde un souvenir fort de cet album ! (et aussi parce qu’il a été dédicacé par Marjane Satrapi, un peu par hasard, sur le festival à Angoulême…)

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  4. Bonjour Moka, cette BD est remarquable et le film adapté était très bien aussi. En ce moment, je suis imprégnée d’Iran si je puis dire entre Les nuits de Mashhad (très bien) et Leila et ses frères qui sort en août prochain (un film de 2h50 très fort). Bonne après-midi.

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