L'Art du Roman

Les Rêveurs – Isabelle Carré

Il y a des chocs silencieux, presque invisibles qui modifient entièrement l’équilibre fragile d’un être et passent pourtant inaperçus.

Premiers chapitres. Une enfant, un portrait de mère. Très vite, l’on comprend que la fragilité s’invite dans cette famille qui se construit sur le bancal et l’incertain… A travers ses yeux d’enfant/d’adolescente, ce sont avant tout les mots d’une femme qui tente de dire ses autres plus qu’elle-même qui restent au-delà de la lecture.

Elle comprend à leur façon de dire au revoir qu’ils ne se reverront plus.

Isabelle Carré offre au récit autobiographique une noblesse pudique qui enrobe ses souvenirs épars. A l’heure où il est fréquent de déverser tripes et entrailles, nombrils et ego en mal de reconnaissance, cœurs en miettes et coups d’éclat familiaux sur des pages blanches, elle remporte le pari audacieux de faire de son histoire personnelle un roman surprenant. On en oublie le « je » qui s’efface en toute discrétion pour laisser place à un récit où ses personnages s’imprègnent d’un vrai souffle romanesque. Elle glisse enfin, derrière l’évocation de ses Hommes de notes et de lettres, de ses livres, de sa passion fulgurante pour le théâtre, autant de déclarations d’amour pour l’Art qui confirment ainsi tout le bien que je pensais déjà de cette artiste talentueuse qui en a sous la plume pour nous surprendre encore…

Pourquoi n’ai-je jamais su quitter les lieux que j’aimais, pourquoi est-ce si difficile de les laisser, d’accepter qu’on ne pourra pas les revoir car ils ne nous appartiennent plus?

Nombreux seront les mots qui restent, relevés dans ce premier roman plutôt abouti qui se lit comme une douce parenthèse… La plume de l’auteur est délicate, juste et ciselée, sans jamais s’enfermer dans la nostalgie et la mélancolie. On se laisse porter par ce récit en acceptant sans réserve de se laisser murmurer ce passé de manière épisodique. Entre l’imaginaire et la réalité, les frontières sont minces et il ne nous viendrait pas à l’idée de chercher à démêler ces deux facettes d’une œuvre-miroir. C’est aussi le visage d’une époque qui se fige sur les pages. Avortement et droits des femmes, années SIDA, libérations des mœurs, homosexualité… Isabelle Carré en dessine les frêles contours et rappelle les désillusions d’une génération, en nous contant ses heures d’insouciance perdue

 Le temps n’est rien, il ne compte pas. Rien n’a disparu, rien ne disparaît vraiment. Tout est là pour toujours.

Un beau livre à lire entre deux songes.

Isabelle Carré sera ce soir l’invitée de la Grande librairie…

Les Rêveurs – Isabelle Carré

Éditions Grasset

ISBN: 9782246813842

304 pages 20€

Rentrée littéraire Janvier 2018

11 Janvier 2018

118657721

Challenge Rentrée de Janvier

Chez Béa

 

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44 réflexions au sujet de « Les Rêveurs – Isabelle Carré »

  1. Mouais… je suis toujours super sceptique quand un acteur ou une actrice devient écrivain (et c’est pareil quand un écrivain passe derrière la caméra d’ailleurs) donc je vais garder mes gros préjugés bien dégoulinants et passer mon chemin sur ce coup-là.

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  2. Je l’ai entendu à la Grande Librairie et ai découvert beaucoup de points communs avec ma propre enfance et adolescence. En regardant son âge j’ai découvert que nous avions très peu d’écart. Je crois que cette lecture devrait me faire du bien.

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  3. Bonjour Moka, j’ai entendu Isabelle Carré sur France Inter il y a 3 ou 4 jours, elle parlait bien de ce livre très autobiographique. Il parle en particulier de ses parents et de leur relation. Une actrice que j’apprécie beaucoup. Bonne journée.

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    1. Je l’avais écoutée le jour de la sortie de livre sur Inter face à Léa Salamé. Du coup les propos tenus à LGL m’ont paru un peu répétitifs… Mais c’est une femme que j’aime vraiment beaucoup et j’avais peu de ne pas aimer son roman et d’être un peu déçue. Ce ne fut bien évidemment pas le cas…

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  4. Bonjour Moka, j’ai entendu Isabelle Carré à la radio il n’y a pas longtemps : entretien pudique qui donne envie de lire ce livre. Elle a eu des parents qui sortaient de l’ordinaire surtout son père…. Bonne après-midi.

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