L'Art du Roman·Les classiques c'est fantastique·Lire l'ailleurs.

Gatsby le magnifique – Francis Scott Fitzgerald

Trente ans – promesse de dix années de solitude, d’une liste d’amis célibataires qui n’ira qu’en s’amincissant, d’une réserve d’énergie qui n’ira qu’en s’appauvrissant, de cheveux qui n’iront qu’en s’éclaircissant.

Il règne en maître silencieux et discret sur son domaine majestueux dans la banlieue chic de Long Island. Le nom de Gatsby s’est mêlé à l’imaginaire fantasque des gens qui ne le connaissent qu’à peine mais il se moque du costume de cancans fous et douteux que les mauvaises langues lui ont déposé sur les épaules. Fêtes hors normes, soirées mondaines, splendeur et grandeur d’un homme à qui tout semble réussir. Et pourtant, si les salons, jardins et salles de réception sont noirs de monde les soirs de réception, nombreux sont ceux qui ne semblent pas en mesure de désigner avec certitude l’hôte de la soirée au milieu de la foule grisée.

Elle ne supportait pas d’être mise en échec et, pour compenser cette fragilité, je pense qu’elle s’était exercée à mentir dès son plus jeune âge, afin de présenter au monde un sourire d’insolence glaciale tout en cédant aux exigences de son tempérament avide et cynique.

L’arrivée d’un nouveau voisin, Nick Carraway narrateur du roman – vient apporter un peu de sang neuf dans cette vie où le champagne coule à flot dans les veines et le sang. Très vite, Gatsby semble lui témoigner un intérêt immédiat et lui ouvre les portes d’un univers où l’entre-soi fait légion. Serait-ce parce que Nick est un cousin éloignée de cette sublime femme mariée Daisy Buchanan que Gatsby aime en secret? Le voilà alors faire-valoir et entremetteur, pour favoriser le rapprochement de ces deux êtres empêtrés dans une époque, des illusions et des carcans qui pourraient bien être plus forts qu’eux.

Moi je dis une chose: pourquoi vivre avec quelqu’un qu’on ne supporte pas?

Portrait d’une jeunesse américaine désabusée et superficielle, Gatsby le magnifique s’est retrouvé pour la troisième fois entre mes mains. Si chaque tentative avortée m’a permis de grappiller quelques pages, cette dernière fut celle qui m’a poussée à achever le roman si célèbre de Fitzgerald. Passées ces quelques longues et interminables dizaines de pages qui jusqu’alors avaient eu raison de mon courage, j’ai finalement apprécié cette lecture au milieu de ces personnages désespérément seuls contrairement à ce que leur vie de démesure et de fête laisse entrevoir.

Elle était assez sage pour ne pas s’encombrer, d’âge en âge, de rêves oubliés.

Que l’on fasse partie d’un triangle amoureux ou d’un duo bancal, toutes ces pages ne font que souligner la vacuité de ces existences dorées qui, lorsque l’on gratte un peu, sont souvent noyées dans une profonde solitude terne et désœuvrée. Le roman de Fitzgerald fait ainsi la part belle au culte de l’apparence tout en dévoilant sans fard, l’envers du décor. Mais la magnificence – comme le plus brillant et pétillant des alibis – n’a pas vocation à durer dans cette Amérique qui vous fait payer cher le prix de vos illusions perdues.

Tom et Daisy étaient deux êtres parfaitement insouciants. Ils cassaient les objets, ils cassaient les humains, puis ils s’abritaient derrière leur argent, ou leur extrême insouciance, ou je-ne-sais-quoi qui les tenait ensemble, et ils laissaient à d’autres le soin de nettoyer et de balayer les débris.

Troisième volet d’un rendez-vous Les classiques c’est fantastique décidément bien surprenant qui dépasse toutes mes attentes et bouleverse clairement mes préjugés. Une belle surprise tant je clamais à qui voulait bien l’entendre qu’entre Gatsby et moi la magie n’opérait pas.

La chronique d’Alice.

Gatsby le magnifique de Francis Scott Fitzgerald
Traduit de l’américain par Jacques Tournier
Le Livre de poche
2,80€ , 224 pages, 1925
Les classiques c’est fantastique / Lire l’ailleurs / Littérature américaine

25 réflexions au sujet de « Gatsby le magnifique – Francis Scott Fitzgerald »

  1. Je ne sais pas si c’est parce que je l’ai étudié en cours de littérature américaine, avec une prof passionnée, mais j’avais beaucoup aimé. Et je garde une grande tendresse pour le personnage de Gatsby. Je suis contente que tu aies finalement succombé au charme de ce roman.

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    1. Impossible de terminer ce film qui pousse encore plus loin « l’excès et le trop »du roman. Et puis j’ai eu l’impression de revoir certaines scènes de Roméo+Juliet. Un poil trop réchauffé à mon goût.(Et partons sur une bonne trentaine de pages, par sécurité.^^)

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  2. On retrouve un peu la même ambiance dans Tendre est la nuit….. Gatsby je le connais par le film et l’adaptation en roman graphique. Il y a toujours ce côté blasé, mélancolique et un personnage inspiré de Zelda…… Dans ses romans il a mis beaucoup de sa vie, de leurs vies 🙂

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    1. Ce couple est fascinant. Je pense lire Tendre est la nuit maintenant que j’ai surmonté mon blocage avec la plume de Fitzgerald. La BD m’attend, tout comme une autre sur Zelda ainsi qu’un roman. Je n’en resterai pas là.

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      1. J’ai également depuis très longtemps une biographie de Matthew J. Bruccoli « F. Scott Fitzgerald – sa vie, sa gloire, sa chute dans ma PAL et j’avais lu il y a longtemps le livre de Gilles Leroy « Alabama song » (prix Goncourt 2007) qui revient sur le couple à travers la voix de Zelda….. Mais il faudrait un jour que je le relise 🙂

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  3. J’ai beaucoup aimé cette histoire que je ne suis pas certaine d’avoir chroniqué. C’est un très bon classique d’une grande modernité je trouve… Notamment dans la description des moeurs.

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  4. Et bien je ne m’attendais pas à te lire à son sujet si rapidement ! 😉 Je crois que la question de la traduction intervient aussi sur ce roman. Même si j’ai aimé la lecture, j’aimerais en découvrir une autre version pour tenter de mieux le mettre à jour (à défaut de lire la vo !…)
    J’allais te demander si tu avais déjà lu l’auteur et en lisant les commentaires je vois que non. J’avais beaucoup aimé le recueil de nouvelles Les enfants du Jazz.

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    1. Quand j’ai lu ta chronique, je savais déjà que je lirai ce titre pour ce mois des « ratés ». Je suis contente de ne pas être restée en froid avec l’auteur car j’ai des romans et des bd sur Zelda qui m’attendent et j’avais vraiment envie d’aimer Fitzgerald sans toutefois y parvenir.

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  5. Je l’ai lu et relu à (presque) dix ans d’écart, et contrairement à toi je l’ai adoré les deux fois. En revanche, l’adaptation n’a pas passé le cap du « revisionnage ». Je l’ai adorée les premières fois et eu le mal de mer en plus d’être aveuglée par tout ce kitsch il y a quelques mois…

    C’est une bonne idée de se forcer à relire certains textes. Je me demande ce que je penserais de « L’éducation sentimentale », abandonné deux fois…

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