BD de la semaine·Les classiques c'est fantastique·Lire l'ailleurs.

Bartleby, le scribe – José-Luis Munuera

Dans le bruit et la fureur de la vertigineuse Wall Street, un homme impassible et silencieux vient bousculer les habitudes d’un cabinet d’avocats. Employé comme copiste, ce curieux personnage marquera à tout jamais celui qui décidera de lui offrir une place dans son équipe. (Évitons les redites puisque je vous racontais plus longuement lundi, l’histoire de Bartleby en publiant une chronique sur le court roman de Melville à l’origine de cette adaptation.)

Ainsi plongé dans la monotonie de ma routine quotidienne, insipide et morne, j’étais loin d’imaginer que j’allais bientôt m’éveiller à la surprise et à la perplexité.

C’est donc une adaptation très scolaire que nous livre José-Luis Munuera. L’exercice est difficile – ne le sous-estimons pas – et il en faut du talent pour s’emparer d’un classique tout en lui apportant sa singularité d’artiste. Munuera prend ici un parti bien appréciable: il n’hésite pas à nous sortir de ce bureau à l’atmosphère anxiogène en offrant au lecteur ce que le roman met considérablement de côté: le monde extérieur. Ainsi, c’est tout une ville qui se déploie, majestueuse et grandiose, sous nos yeux ébahis. Le décor qu’il recrée est absolument vertigineux et ces scènes donnent à mon sens à cet album ses plus belles planches.

Pour l’instant, je préférerais ne pas être un peu raisonnable.

Mais lorsque ses personnages s’octroient une place sur les planches et s’y mêlent de manière un peu factice, le bât blesse. Ces derniers apparaissent comme des calques que l’on aurait déposés sur la planche et l’encrage très (trop) nettement marqué donne à l’ensemble un aspect proche du dessin animé. À regret, dépourvue de mouvement, l’alliance des deux paraît dès lors particulièrement figée rendant certaines planches un peu artificielles.

Quand la résistance est-elle justifiée? Jusqu’à quel point faut-il obéir aux lois si celles-ci nous paraissent injustes?

Quant à Bartleby, je l’ai peut-être trouvé, sous ces pinceaux qui rappellent les personnages des « vieux » Disney, un peu trop lisse par rapport à l’idée que je me faisais de lui. Son visage parfait, son regard vide et perdu le dépossède de ce mystère qui plane autour de lui et le rend dès lors peut-être un peu moins intrigant sous ces traits-là que dans le roman. Je crois qu’il aurait été audacieux de ne pas donner de visage à ce personnage ou d’opter pour pour des plans serrés sur ses mains ou ses lèvres, pour des représentations – comme celle de la couverture – où il nous tourne le dos, comme pour annoncer un premier refus, avant tant d’autres résignations.

Soulignons néanmoins, au milieu de ces bémols et de ces mots qui pinaillent un peu, le travail de l’écrin, soigné à souhait. Sous la couverture à rabats, seules les briques des immeubles new-yorkais imposent leur présence immuable. C’est aussi ce mur, mystère infranchissable, que Bartleby incarne. Ce mur qu’il ne quitte pas des yeux et qui le sépare à tout jamais de ceux qui pourraient lui témoigner de l’intérêt ou de la sympathie.

De deux choses l’une: ou vous agissez de vous-même ou on agit pour vous.

Il s’agira donc de ma deuxième chronique pour ce mois classique consacré aux « livres que je suis censée détester ». Fanny a été courageuse en s’attaquant à de la SF pur jus. 

Ma chronique de la nouvelle.

D’autres adaptations littéraires en BD plus ou moins heureuses…

Bartleby le scribe de José-Luis Munuera
D’après l’œuvre d’Herman Melville
Traducteur non mentionné.
Éditions Dargaud
15,99€ / 72 pages / 2021
Des pages aux bulles / 9e Art / Littérature américaine

 

Les classiques c’est fantastique

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Ce mercredi…

La BD de la semaine est au milieu des livres!

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Chroniques des amoureux des bulles

Maël               Mylène             Cristie            Amandine

        Blandine              Bidib           Natiora             Fanny  

Caro          Gambadou          Noc Tembule             Noukette           Stephie

Pas de chronique pour Pati, mais quelques mots sur un challenge BD.

 

27 réflexions au sujet de « Bartleby, le scribe – José-Luis Munuera »

    1. Cet album a plein de qualités mais disons que je n’ai pas été sensible à tout. Il rend en revanche d’autant plus fort le roman qui ne m’avait pourtant pas convaincu il y a quelques années…

      J’aime

  1. Il m’intrigue beaucoup cet album, je le lirai volontiers même si je comprends tout à fait ce que tu veux dire pour Bartleby. Je garde aussi la vision d’un homme effacé, voire gommé, et c’est le fait qu’il soit insaisissable qui le rend si marquant. Le voir véritablement apparaître lui fait perdre cette caractéristique. Et après cette lecture, je relirai la nouvelle. J’ai encore le recueil de mes études, il est truffé d’annotations 🙂

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