L'Art du Roman·Que jeunesse se fasse...

D’Or et d’Oreillers – Flore Vesco

–On raconte que le fils de lord Handerson se cherche une épouse! s’écria-t-elle.
–Comment?
Mrs Watkins faillit en lâcher sa tasse. Comme la nouvelle était proprement révolutionnaire, elle répéta: «Comment?» encore une ou deux fois, sous le regard satisfait de Mrs Barrett.

Il était une fois, un jeune prince ayant grandi dans son immense château entouré de domestiques qui tour à tour finissaient par prendre la fuite. Lorsque ledit prince fut en âge de se marier, il décida de convier l’une après l’autre toutes les jeunes filles du royaume pour trouver sa promise. (Imaginez un instant la pression sous-jacente à chaque nouvelle rencontre…) Mais pour corser le tout, voilà que le jeune héritier, bien sûr de lui, décida d’imposer de curieuses épreuves à ses prétendantes. Après une nuit passée au château dans une étrange chambre où de moelleux matelas sont entassés, nombreuses furent les jeunes éconduites et déçues… Une demoiselle inattendue remporte un jour, contre toute attente, la précieuse approbation qui conduit à la deuxième épreuve… Une chance ou le début d’une grande malédiction?

Un petit doigt m’a dit – de garder bien cachés
Les secrets de mon lit – et ceux de mes nuitées

Résumer le dernier roman de Flore Vesco en ces termes en viendrait à réduire l’histoire au simple fait qu’elle ait des échos plus que familiers avec La Princesse au petit pois. Détrompez-vous, cela n’est qu’un prétexte. L’autrice facétieuse signe ici un bel exercice de détournement plus que de réécriture… Elle insuffle d’ailleurs à son texte un vent de modernité appréciable en questionnant la place de la femme et de la féminité. Au milieu des nombreux clins d’oeil aux contes de notre enfance, une voix s’élève pour murmurer le désir, dévoiler l’envie des corps, affirmer l’absolue nécessité des consentements qu’on ne peut bafouer. Elle dévoile avec ce talent indéniable de conteuse toute la complexité des rapports amoureux, des histoires préfabriquées et mêle à ses personnages plus traditionnels et attachés aux propos plus conventionnels, une parole qui redonne aux héroïnes une place qui ne leur est pas toujours accordée. Le prologue donne d’ailleurs immédiatement le ton.

Le grand malheur des créatures diaboliques, c’est que les humains les ignorent, ou ne savent pas les joindre. Quand enfin on les appelle, elles sont trop heureuses de répondre.

Flore Vesco allie habilement le ton faussement léger des fables tout en ne négligeant pas de noircir ses propos quand la situation devient plus oppressante pour ses personnages. Bien qu’incroyablement moderne sous ses airs de récits victorien, ce roman entretient avec talent le goût de l’envoûtement et des charmes dangereux propres aux contes classiques. Dans ce château-prison, les murs ont des oreilles, la poésie est une clé, le mobilier est fée, les portes dissimulent d’obscurs couloirs-boyaux et le danger plane pour resserrer l’étau terrifiant qui étouffe les personnages qui n’ont d’autre envie que celle de céder au plaisir incomparable et grisant de s’étreindre.

Le fabuleux L’Estrange Malaventure de Mirella

D’or et d’oreillers de Flore Vesco
Éditions École des Loisirs, dans la collection Médium +
15€ / 235 pages / 2021
Que jeunesse se fasse / Littérature jeunesse / Conte détourné

27 réflexions au sujet de « D’Or et d’Oreillers – Flore Vesco »

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