BD de la semaine·Que jeunesse se fasse...

Koma – Pierre Wazem et Frederik Peeters

C’est une histoire de fous. C’est la nôtre maintenant.

Elle s’appelle Addidas et il ne faudra pas attendre très longtemps pour être saisi par son impertinent sens de la répartie et sa grande force de caractère. Elle vit avec son père, ramoneur au noir dans une ville où il faut savoir se cacher et prendre la poudre d’escampette quand le danger se fait sentir. Assez fine et agile pour se glisser dans les conduits trop étroits, elle l’assiste entre deux parties de mots-croisés. L’autre facette moins réjouissante et non négligeable pour affiner le portrait de cette demoiselle est sa tendance à sombrer dans un coma éphémère, durant lequel certaines visions étranges s’emparent de son esprit en veille.

Y a-t-il un moyen pour que les hommes cessent de faire du mal, même par inadvertance?

Un matin où son père – encore trop ivre de sa soirée passée accoudé sur le zinc – peine à se mettre au travail, l’intrépide Addidas le remplace pour lui éviter de sérieuses déconvenues. Un mot de trop, une altercation malheureuse avec un autre duo de ramoneurs et la voilà qui se perd dans les méandres des boyaux de briques qui semblent interminables à échelle d’enfant. Durant ses errances souterraines, elle découvrira un monde de machines et de créatures s’activant dans le bruit et la fumée. Témoin involontaire d’une scène d’exclusion de l’une d’entre elles, elle se retrouve nez-à-nez avec un incroyable personnage aux allures de Golem charbonneux qui lui ouvre les yeux sur ce monde à l’abri du regard des hommes. Commence alors une folle aventure faite de fuites et de recherches, de courses-poursuites, de rencontres aussi saugrenues qu’inattendues qui emportent le lecteur de manière immédiate. Mais cette échappée souterraine n’est pas sans risque. Ses faiblesses la fragilisent et une force supérieure menace de lui faire courir le plus grand des dangers.

Cet endroit, c’est ici. Ce n’est pas la ville et pas la campagne. Ce n’est pas faux et pas vrai. C’est du temps qui passe. C’est un refuge. On est invisible. Même à nous-mêmes. Vous verrez, vous vous y ferez très vite.

Dans un décor industrialisé fait de briques et de cheminées surgit cette gamine dont nous percevons rapidement la singularité. Addidas est une héroïne comme on aimerait en croiser plus souvent et j’ai adoré croiser sa route au milieu des cases et des bulles. Alternant des séquences glaçantes et des instants plus doux et légers, il ne faudra toutefois pas se méprendre, ce conte urbain n’est pas destiné aux plus jeunes…

C’est une chose de raconter une histoire, c’en est une autre de savoir l’écouter.

Un album dont la grande force repose sur son rythme cadencé et ses personnages – principaux comme secondaires  – sacrément bien croqués sous les crayons de Peeters dont j’aime définitivement le trait pêchu. (Je l’ai en ce qui me concerne lu dans la version couleur d’Albertine Ralenti mais l’intégrale en noir et blanc me fait de l’œil…) Leur équipe soudée et les duos qu’ils forment sont redoutablement efficaces et leurs aventures – soutenues qui plus est par la grande qualité des dialogues – ont de quoi tenir vivement en haleine.

Vous l’aurez compris, Koma se dévore et offre un très joli moment de lecture loin d’être aussi léger qu’il n’y paraît. Plus on tourne les pages, plus l’on se frotte à un récit profondément métaphysique qui rappelle également les contes philosophiques voltairiens. L’entrée dans ce monde parallèle nous fait voir d’un autre œil cette ville sombre et menaçante et le lecteur se laissera prendre au jeu du glissement fantastico-onirique qui survient au fil des aventures des protagonistes. C’est peut-être sur ce point, que le bémol surgit dans une lecture qui m’a néanmoins enchantée pour les deux tiers de l’album. La dernière partie divisera assurément les lecteurs qui seront fascinés par la tournure poétique et délirante que prendra le destin d’Addidas, d’autres resteront peut-être plus sceptiques et perdus face à l’issue du récit. (J’avoue faire encore office de funambule face à ce choix)…

À découvrir absolument !

Peeters au milieu des livres: L’odeur des garçons affamés.

La chronique de Jérôme et celle de Mo.

Koma – Pierre Wazem et Frederik Peeters

Couleurs: Albertine Ralenti

280 pages / 29.95€ / Mai 2017

ISBN: 9782731667523

Éditions Les Humanoïdes associés

 

Stephie & Gaëtan             Nath                    Bouma                    Natiora

 

Mylène            Blandine              Lili              Caro             Soukee

 

Alexielle              Cristie              Noukette             Pati        Karine 

35 réflexions au sujet de « Koma – Pierre Wazem et Frederik Peeters »

    1. J’ai arrêté de m’arrêter aux couvertures. Même si j’aime acheter les jolis livres qui me tentent par leur couv’ bien faites. Disons que j’essaie d’aller plus loin que ce premier contact qui provoque des décisions parfois très arbitraires.

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s