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Chez les Zola – Le roman d’une maison – Évelyne Bloch-Dano

Médan sera un lieu de rencontre.

Il y a les romans parisiens et les romans de province. Ceux qui dépeignent la capitale en effervescence et ceux qui relatent la vie en périphérie. À l’instar des romans des Rougon-Macquart, Émile Zola s’offre deux vies. L’écrivain de la ville et celui des champs. Au fil de ses va-et-vient ferroviaires, un point de chute dans le petit village de Médan, où il élira domicile, s’accordant des heures au grand air pour noircir ses pages blanches loin de l’agitation parisienne.

On ne choisit pas sa maison par hasard. Au-delà des raisons objectives – emplacement, coût, commodité – interviennent d’autres motifs, parfois plus secrets.

Ses revenus s’accroissant avec le succès, il acquiert une petite propriété rebaptisée  « le clapier » dans laquelle tout reste à faire. Riche de promesses, la maison de Médan devient le refuge du couple Émile et Alexandrine Zola – avant de devenir le théâtre des fameuses soirées de Médan – et elle changera sous l’impulsion des nombreuses sessions de travaux sur le domaine. Surgissent ainsi la Tour Nana puis celle de Germinal, financées par le rayonnement littéraire de l’artiste qui doucement goûte au plaisir des parvenus qui s’embourgeoisent. Naît aussi un formidable jardin aux allures de petit paradis végétal. Décoration foisonnante, mélange des genres et maladresses de goût: nous tournons les pages de cet essai comme on pousse la porte d’une maison et nous visitons, captivés, chaque pièce de la maison en écoutant ce que chacune a à nous raconter.

Émile Zola « bâtit » des romans comme il bâtit Médan: en donnant forme à l’informe.

Au fil des pages, Évelyne Bloch-Dano reconstruit l’histoire d’une maison dont la vie et l’évolution sont inextricablement liées à la création littéraire de l’artiste. Lieu essentiel dans son processus d’écriture, cette maison sera pensée et étudiée autour d’un bureau-autel sacralisé où l’on trouve ces lignes qui en disent long sur le besoin viscéral d’écrire de Zola: Nulla dies sine linea. « Pas un jour, sans une ligne ». Devise, mantra, formule solennelle: qu’importe le nom, pourvu qu’il se plie à ce rigoureux rituel quotidien et que naisse sous sa plume un des plus ambitieux projets littéraires que le siècle connaîtra.

Le travail a pris mon existence […] Ma pauvre femme n’a plus de mari, je ne suis plus avec elle même lorsque nos mains se touchent.

Si l’ensemble du travail d’Évelyne Bloch-Dano est d’écrire le roman d’une maison, c’est aussi l’occasion pour nous de découvrir l’intimité de l’écrivain. Sa vie d’époux, auprès d’Alexandrine qui fut d’un soutien inconditionnel. Sa vie d’amant puis de père, auprès de Jeanne qu’il aimera passionnément sans pour autant renoncer à son mariage. Sa vie d’écrivain dans son absolue abnégation. Sa vie d’homme de lettres engagé, dans ce qu’elle offrait de visibilité et de répercussions sur son quotidien.

À ses yeux [Alexandrine] comme à ceux d’Émile, la propriété de Médan devient le symbole des jours heureux, « du premier temps où la vie était plus douce ».

Tourner ces pages, c’est aussi lire, comme de petites échappées anecdotiques, les témoignages extraits des correspondances de Zola avec Flaubert ou de découvrir ses entretiens avec les journalistes de l’époque. Mais au lecteur d’être néanmoins averti, certains passages en lien avec le projet des Rougon-Macquart, laissent entendre qu’Évelyne Bloch-Dano part du principe que nous connaissons absolument tous les romans de la fresque puisqu’elle dévoile – à regret – certaines fins. Ces quelques mentions n’avaient, à mon sens, rien d’essentiel à son propos captivant et auraient vraiment pu être évitées. Ce n’est pas parce qu’on parle de classiques qu’on doit se permettre de divulgâcher… (Oui… Oui… Je suis de celles qui disent divulgâcher.)

Un essai très accessible, pour les curieux ou les passionnés.

BO des pages tournées : Quatre murs et un toit – Bénabar

Chez les ZolaEvelyne Bloch-Dano

Éditions Payot et Rivages

Collection Petite Bibliothèque Payot

8€ / 224 pages / Février 2017

ISBN: 9782228917094 

Essai

8 réflexions au sujet de « Chez les Zola – Le roman d’une maison – Évelyne Bloch-Dano »

  1. Un livre qui m’intéresse. J’ai lu pratiquement tous les Rougon-Macquart dans ma jeunesse ; j’ai pas mal oublié mais ce n’est pas grave si je tombe sur la fin des uns et des autres.

    Aimé par 1 personne

  2. Je trouve de nombreux échos dans ton billet à la bande-dessinée Les Zola, et rien d’étonnant puisque la scénariste s’est inspiré de cet essai. Mais divulguer les fins des romans, quelle drôle d’idée ! Surtout si comme tu le précises, ce n’était pas indispensable. J’avais envie de le lire mais heureusement que tu t’y es mise avant, me voilà prévenue.

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai eu très envie de relire la BD ensuite.
      Je pense qu’il faut attendre un peu si tu as peur de tomber face à ces fins révélées. Pas toutes mais j’ai pesté contre elle en découvrant la fin de L’Oeuvre qu’il me tarde de lire et celle de La Bête humaine. Alors certes, c’est un classique, on se doit de le connaître et blablabla. Mais noooooooooooooon !

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