L'Art du récit·Lire l'ailleurs.

I am, I am, I am – Maggie O’Farrell

 Voilà ce que j’aurais dû dire : Tu as raison, c’était bête. J’aurais dû lui dire : Mais j’ai en moi ces pulsions de liberté, ce besoin de me libérer. C’est un besoin si fort, si ravageur qu’il dépasse tout. Je ne supporte pas ma vie telle qu’elle est. Je ne supporte pas d’être là, dans cette ville, dans ce lycée. Je dois partir.

C’est l’histoire d’une amoureuse, d’hommes croisés, d’amour inconditionnel de la liberté, d’un livre à la chronologie rompue, d’une femme qui a tant de fois failli y rester qu’elle n’avait d’autre choix pour se dire que de dupliquer le protagoniste de son histoire. Elle sera héroïne, mais partagera la tête d’affiche avec la Mort.

J’aurais aimé savoir que les choses qu’on ne contrôle pas dans la vie sont en général plus importantes, plus formatrices, à long terme que celles qui se passent comme prévu.

I am, I am, I am revisite et bouscule les codes de l’autobiographie. Certes, il sera question de se livrer, de parler de soi et des temps forts qui rythment et marquent la vie, mais l’idée sera de faire de ce récit un texte fragmentaire pour lequel chaque événement évoqué partagera un lien intime avec une partie du corps. Ponctués de dessins rappelant les planches anatomiques, les chapitres délivrent les souvenirs à consigner sur le papier. Sous ces pages, si la vie palpite, le cœur s’emballe et l’esprit s’affole, il est à chaque fois question de côtoyer la mort, de se heurter à la fragilité et à l’équilibre précaire du funambule, à l’instant même où tout pourrait basculer.

Tous autant que nous sommes, nous allons à l’aveugle, nous soutirons du temps, nous empoignons les jours, nous échappons à nos destins, nous glissons à travers les failles du temps, sans nous douter qu’à tout moment le couperet peut tomber.

Voilà un récit fort qui a le mérite de commencer magistralement et de s’achever sur des pages écrites avec une plume tout droit sortie des entrailles de l’autrice. L’entre-deux m’a parfois moins convaincue par ses digressions qui m’ont de temps à autre éloignée de la narratrice. Il n’en demeure pas moins qu’il est ici question d’un superbe portrait de femme qui ne craint pas les fragilités et qui dévore la vie avec une ténacité exemplaire. Des pages introspectives où la mort fascine, peut-être pour ce sursaut de vie, cet absolu désir de renaissance qu’elle laisse surgir des mailles de ses filets…

Frôler la mort n’a rien d’unique, rien de particulier. Ce genre d’expérience n’est pas rare; tout le monde, je pense, l’a déjà vécu à un moment ou à un autre, peut-être sans même le savoir. (…). Prendre conscience de ces moments vous abîme. Vous pouvez toujours essayer de les oublier, leur tourner le dos, les ignorer : que vous le vouliez ou non, ils vous ont infiltré et se logeront en vous pour faire partie de ce que vous êtes, comme une prothèse dans les artères ou des broches qui maintiennent un os cassé.

I am, I am, I am – Maggie O’Farrell

Sarah Tardy (Traductrice)

Éditions Belfond

256 pages / 21€

ISBN: 9782714478757

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