BD de la semaine·Neuvième art

Flipette et Vénère- Lucrèce Andreae

La colère. Ce feu qui brûle et réchauffe à la fois. Qui excite les passions et cultive l’espoir.

L’une n’est que rage et fureur. L’autre n’est que doutes et incertitudes.

Elles sont sœurs et leurs vies ont pris des routes diamétralement opposées. Parcours sinueux et chemins de traverse, ligne droite bien tracée ou faite de pointillés qui hésitent et fragilisent. Jusqu’à l’accident. Celui qui provoque des retrouvailles qu’aucune d’elles ne souhaitait.  Si le silence s’est installé entre elles, le premier face à face cristallise des années de tensions contenues et porte en lui de nombreuses exaspérations explosives. La louve si sauvage et l’agneau si craintif vont devoir se tourner autour et s’apprivoiser pour apprendre à quitter leur pelage de taiseuses. Et c’est assurément là le combat le plus complexe à mener.

Elle s’occupe des autres pour éviter de penser à tout ce qui merde dans sa vie.

D’une histoire familiale faite de désertion et d’abandon surgit la rencontre aussi improbable qu’incongrue entre deux mondes qui ne se comprennent pas. Axelle vit dans des squats depuis qu’elle a quitté sa mère et Clara, devenue artiste, se cherche fébrilement, tiraillée entre son envie de saisir le monde dans ses clichés et son incapacité à savoir si son art trouve sa place dans le regard des autres. Derrière ces silhouettes, deux discours se dévoilent. Celui d’une jeunesse presque insouciante et légère qui doute de tout et celui d’une génération désabusée ayant laissé derrière elle ses illusions et ses espoirs. La fusion de ces visions du monde semble impossible tant le fossé est grand, la plaie béante, tant chacun campe sur ses convictions, déplore de voir ses idéaux bafoués et ses valeurs entaillées par une société qui gomme les repères ou qui abandonne sa mission solidaire.

Avec Flipette et Vénère, Lucrèce Andreae signe ici sa première bande-dessinée. Après mon coup de foudre pour son court-métrage primé Pépé le morse, j’attendais cet album avec une évidente curiosité qui ne demandait qu’à être assouvie. Il m’aura fallu,  je l’admets, un temps d’adaptation pour apprécier les choix graphiques et le travail de la couleur qui s’accapare les tons vifs et les teintes tranchées avec une audace et une impertinence certaines.

Pas spécialement enthousiaste face à ces planches saturées de couleurs qui s’imposent avec force pour imprégner des corps et des visages aux expressions – elles aussi très radicales – aux faciès colériques et irrités, j’ai fini par me laisser convaincre par ce trait qui vous apprivoise et ce front froncé à la lecture des premières pages a fini par se détendre et baisser les armes… Tout concorde finalement avec le propos et ce tout en justesse, tout s’accorde avec la violence qui émane de cette confrontation entre deux femmes qui se redécouvrent mais se connaissent suffisamment pour cibler leurs failles et faiblesses mutuelles.

Mon appareil se balade comme en terre étrangère, attiré ça et là par ce qui lui échappe.

En faisant de ses personnages des êtres caricaturaux, Lucrèce Andreae laisse surgir deux discours à l’image de ses héroïnes. Mais de leurs propos extrêmes ou déconcertants de naïveté naissent les portraits finalement plus nuancés qu’il n’y paraît d’une génération consciente des engagements sociétaux à mener. Sans surprise, ces univers antagonistes auront respectivement beaucoup à apprendre de l’autre. Au lecteur de profiter de sa lecture distanciée pour nourrir ses questionnements, d’alimenter ses envies d’agir malgré ce sentiment latent et tenace d’impuissance, d’affirmer ses choix de vie face à un monde un peu trop bancal qui désarçonne – parfois – déstabilise – souvent.

Flipette et Vénère – Lucrèce Andreae

Delcourt Encrages

24€95/ 330 pages

ISBN:978-2-4130-0866-8

Février 2020

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Ce mercredi…

La BD de la semaine est au milieu des livres!

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Chroniques des amoureux-lecteurs dans leurs bulles de confinement !

                  Nath                  Mo                     Bidib                Karine      

  Blandine           Fanny              Mylène          Cristie

Lucie                  Azi lis                   Caro                Soukee              Stephie

 

 

 

 

 

22 réflexions au sujet de « Flipette et Vénère- Lucrèce Andreae »

  1. Je ne te cache pas que le langage graphique ne m’attire pas du tout. Du tout. Après oui, il faut pouvoir parvenir à se poser sur le scénario pour voir comme l’alchimie entre texte et image prend. A feuilleter, même si je ne suis pas certaine de parvenir à embarquer

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    1. Il m’a fallu du temps. (Et le nombre de pages le permet.) Mais j’ai su être surprise récemment par des albums qui graphiquement ne m’attiraient absolument pas. Alors parfois je me lance… Et ne le regrette pas. Tu verras…

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    1. Je me dis qu’il faut parfois aller au-delà de cette sensation-là. C’est clairement ce que j’ai fait avec ce titre. Et j’avoue qu’il faut savoir aussi se bousculer un peu.

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  2. Moi aussi j’essaie de passer outre mes « à priori ». Mais si j’aime tes mots, j’avoue que je n’aime ni le dessin ni la couleur… A feuilleter si je tombe dessus.

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