L'Art du récit·Les classiques c'est fantastique

Carmen – Prosper Mérimée

Alors que le narrateur s’affaire sous la torpeur andalouse pour une mission archéologique, ce dernier tombe nez à nez avec un certain Don José qu’un de ses proches identifie aussitôt comme un des brigands les plus recherchés de la région. Peu enclin à se laisser troubler par la terrible réputation de cet homme, il l’aide à s’enfuir et à échapper au service d’ordre qui se retrouve à ses trousses.

Elle mentait, monsieur, elle a toujours menti. Je ne sais pas si dans sa vie cette fille-là a jamais dit un mot de vérité ; mais quand elle parlait, je la croyais : c’était plus fort que moi. […] J’étais fou, je ne faisais plus attention à rien. […] Bref, j’étais comme un homme ivre ; je commençais à dire des bêtises, j’étais tout près d’en faire.

Peu de temps après, notre narrateur fait la connaissance d’une jeune bohémienne qui le séduit pour mieux lui dérober une montre. Sans nul doute, cette femme au charme troublant laisse peu d’hommes de marbre et les mène à sa guise par le bout du nez – et pas que. De fil en aiguille, il retrouvera une nouvelle fois Don José condamné à mort pour ses nombreux méfaits. Durant leurs derniers échanges, il comprendra toute la complexité des liens qui unissent la terrible Carmen à ce bandit de grand chemin qui ne manquera pas de s’épancher sur son triste sort.

Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de penser à elle. Le croiriez-vous, monsieur ? Ses bas de soie troués, qu’elle me faisait voir tout en plein en s’enfuyant, je les avais toujours devant les yeux. Je regardais par les barreaux de la prison dans la rue, et, parmi toutes les femmes qui passaient, je n’en voyais pas une seule qui valût cette diable de fille-là.

« Toute femme est amère comme le fiel ; mais elle a deux bonnes heures, une au lit, l’autre à sa mort ». C’est par cette citation que débute le récit de Mérimée et l’on aurait presque aussitôt envie de refermer le livre tant elle transpire la misogynie. Dans cette édition, mention est faite de la profonde antipathie que génèrent les héroïnes des textes de Mérimée. Incarnation de la femme fatale et manipulatrice par excellence, Carmen échappe aux cadres et son comportement n’a rien de celui que l’on attend d’une femme à la vie bien rangée. Libre avant tout et par dessus tout, elle n’a cure des atermoiement et complaintes de ses amants éconduits et se laisse porter par ses désirs et ses envies. Sans l’entrave d’un homme, elle est d’autant plus diabolique qu’elle est dangereuse et incontrôlable. Et sous la plume de Mérimée, le sort que lui réserve l’ego froissé a le tranchant d’un couperet.

La jalousie regarde toujours avec des lunettes d’approche, qui font les petites choses grandes, les nains des géants et les soupçons des vérités.

Cette nouvelle devenue le plus célèbre des opéras de Bizet n’aura assurément pas conquis mon cœur de lectrice. Son narrateur m’a souvent semblé insupportable et inutilement bavard pour s’offrir des détours à mon sens bien dispensables lorsque l’on se frotte à l’art de la nouvelle. Je lui préfère de loin le talent incontestable de Maupassant qui excelle dans cet exercice de concision. L’immersion dans le monde tzigane n’est pourtant pas sans intérêt et mérite d’être souligné Mérimée s’attache à retranscrire l’atmosphère andalouse et s’approprie de temps à autre la langue d’un peuple souvent décrié et objet de bien des controverses. Néanmoins, cet aspect très couleur locale ne suffit pas à racheter un récit qui m’a souvent profondément agacée et ennuyée à l’image de la dernière partie totalement artificielle et sans grand intérêt…

C’était une beauté étrange et sauvage, une figure qui étonnait d’abord, mais qu’on ne pouvait oublier. Ses yeux surtout avaient une expression à la fois voluptueuse et farouche que je n’ai trouvé depuis à aucun regard humain.

Deuxième chronique pour mon siècle de prédilection… Et RDV mercredi pour une BD très XIXe !

BO des pages tournées : Carmen – Bizet

Carmen de Prosper Mérimée
Éditions Le Livre de poche
 4,10 € / 245 pages / 1847
Les classiques c’est fantastique !

16 réflexions au sujet de « Carmen – Prosper Mérimée »

  1. Tu viens confirmer les a priori que je pouvais avoir sur cet auteur : misogynie, déploiement de phrases vides. On ferme les yeux et l’on passe à la saison 3 (j’y suis présentement déjà plongé !). Merci à toute l’équipe.

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