L'Art du récit·Tribune artistique.

Chemins sans issue selon Van Gogh – David Haziot

Il était si bien et il avait vingt ans. Mais le génie a parfois besoin d’une catastrophe pour éclore.

Dans l’auberge Ravoux vit Vincent Van Gogh. Ce lieu comme un point de chute, un espace familier à la bonne odeur de ragoût, mets qui rassure et apaise. Son quotidien se cantonne à quelques promenades propices à la création et à des rendez-vous avec des modèles ou des échappées sur les petits chemins de traverse pour un dialogue avec la toile.

Nous sommes en 1890, Vincent Van Gogh a quitté le sud de la France quelques semaines auparavant après une période d’internement. Sous son chapeau, il dissimule l’oreille coupée, objet de toutes les rumeurs et de tous les qu’en dira-t-on.

Comme tous les êtres extrêmement sensibles et sensitifs, Vincent pouvait varier à l’instant, telle une feuille sur un arbre, aux moindres frémissement de l’air mental.

Ce roman est assurément le récit d’une solitude. Celle d’un homme errant au cœur d’Auvers-sur-Oise, la ville désormais connue pour être le nid jaune paille et le cocon au ciel bleu du peintre à la renommée internationale posthume. C’est un texte d’une grande mélancolie que signe ici David Haziot qui n’hésite pas à raconter les jours sans gloire, l’éloignement de Gauguin et les tensions qui s’installent entre Van Gogh et Théo, ce frère tant aimé auprès duquel il repose.

L’art comme projet dans sa vie pouvait combattre cet amour brisé.

Mêlant fiction et récit biographique, le roman de David Haziot raconte les derniers jours du peintre parfois incompris ou déconsidéré. Sa plume dit ce trait aux coups de brosse expressifs et puissants, cette sensibilité singulière pour saisir la lumière du soir qui tombe. Si la toile de fond du roman repose sur l’évocation du Champ de blé aux corbeaux, l’auteur sait aussi nous guider lentement vers une sphère plus intime, afin de dire sa détresse et ses égarements sous ses silences d’homme désabusé. Difficultés financières, désaccords familiaux, rejet et amour fou. Autant de motifs qui s’inscrivent dans la chute infernale de ces dernières semaines qui le conduiront inexorablement à la mort.

Pas un homme, pas un cheval, pas un chien. il ponctua le premier plan de quelques gouttes d’espoir ou de sang en carmin. Des coquelicots. La touche discontinue qu’il aimait tant pour suggérer resta au bas de la toile. Et les brosses lui tombèrent des mains. Un silence impressionnant planait sur cette image : Champ de blé sous un ciel orageux. Presque trop grand calme. L’infini silencieux. Le monde sans moi peut aller de l’avant, se dit-il.

Prolongements et échos :

  • La Valse des arbres du ciel – Guenassia
  • La Nuit étoilée – Denis Tillinac

  •  La Maison jaune – Neuf semaines tourmentées en Provence – Martin Gayford

  • Vincent qu’on assassine – Marianne Jaeglé

Autre chronique sur les romans de cette collection:

BO des pages tournées: Van Gogh– Beaupain. ♥

Chemins sans issue selon Van Gogh de David Haziot
Éditions Ateliers Henry Dougier – Collection Le roman d’un chef d’œuvre
12.90€ / 128 pages / 2021
L’art du récit / Art et littérature

8 réflexions au sujet de « Chemins sans issue selon Van Gogh – David Haziot »

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