Challenge accepted !·Coup de théâtre !·Les classiques c'est fantastique

L’Eden Cinéma – Marguerite Duras

Sortir des étagères un Duras pour cette semaine consacrée aux Marguerite. L’Eden Cinéma entre mes mains, sans savoir réellement ce qui m’attendait là. Au diable les quatrièmes de couverture. Il s’agira donc de la lire dramaturge et de comprendre en moins de quelques pages que ses obsessions sont décidément déclinables à l’envi.

Elle sera punie, la mère, de nous avoir aimés.

Une figure maternelle tantôt aimée puis rejetée avec toute l’ambiguïté de l’éternelle indécision. Un homme riche, promesse absolue, à qui l’on cèderait volontiers sa fille – diamant brut – contre un peu d’argent. Un frère complexe et versatile, omniprésent malgré ses fugues et ses errances. Enfin, une toile de fond qui n’est pas étrangère au lectorat de la si énigmatique Marguerite Duras. Nous sommes au Cambodge, et le bungalow colonial ne laisse planer aucun doute sur la parenté de ce texte avec L’Amant ou Un barrage contre le Pacifique.

Sans dieu, la mère.
Sans maître.
Sans mesures. sans limites, aussi bien dans la douleur qu’elle ramassait partout, que dans l’amour du monde.
La forêt, la mère, l’océan.

L’expérience de lecture sera des plus expéditives tant le texte est succinct. Mais il faut clairement admette que cette pièce de théâtre n’est qu’un prétexte pour ressasser inlassablement les motifs durassiens. Les échanges entre les personnages – profondément désincarnés – ressemblent à des dialogues de sourds, chacun·e restant embourbé·e dans ses tergiversations et petits drames intimes. Face à cet entre-soi familial aux relents diaboliques, je suis finalement restée très en retrait comme anesthésiée par l’indifférence et l’ennui.

Carmen me dit qu’il faut oublier la mère, qu’il faut nous rendre libres de cet amour que nous avons d’elle. […] Mais elle, la quitter. La fuir. Cette folle. Cette démente.

Seules subsistent quelques perles sous la plume de l’autrice; ces phrases ciselées, lapidaires, incisives. Elles vous griffent au coin d’une page et sont assurément la seule raison de se réjouir d’une lecture qui manque cruellement de panache à mes yeux. Ce ressenti aurait probablement été différent si j’avais lu en amont Un Barrage contre le Pacifique puisque ce texte est son adaptation pour les planches. Cette version – privilégiant l’écriture fragmentaire et le silence des non-dits – n’est assurément pas une bonne approche pour se frotter à la plume si singulière de Duras, et encore moins pour entrer pleinement dans l’œuvre de l’autrice.

Faute d’arriver à fléchir les hommes, la mère s’est attaquée aux marées du Pacifique.

Participation tardive à notre rendez-vous classique du mois que je partage avec Fanny, force est d’admettre que ce Duras-là me semble tout à fait dispensable… Rendez-vous lundi pour le bilan de cette battle Duras vs Yourcenar.

  • Ma chronique du roman: L’AmantDuras et de son adaptation BD : ici.
L’Eden Cinéma de Marguerite Duras
Éditions Gallimard – Folio
7€ / 160 pages / 1977
Les classiques c’est fantastique !

10 réflexions au sujet de « L’Eden Cinéma – Marguerite Duras »

  1. Je suis très sensible à la plume de Duras mais pas au point de relire encore la même ritournelle. Et comme j’ai déjà lu et beaucoup aimé Un barrage contre le Pacifique, j’en resterai là et ne me pencherai pas sur L’Eden cinéma.

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  2. A te lire je m’aperçois que le thème des dysfonctionnements de sa famille elle n’a pas arrêté de les évoquer dans ses écrits. Mon préféré d’elle et très révélateur a été Le Barrage contre le Pacifique où elle expose tout ce que sa famille, sa fratrie avait de monstrueux parfois, souvent 🙂

    Aimé par 1 personne

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