L'Art du Roman·Que jeunesse se fasse...

Miss Charity – Marie-Aude Murail

J’aurais fait un petit garçon très acceptable mais j’étais une fillette désespérante.

Dès sa prime jeunesse, Miss Charity Tiddler se révèle être une enfant singulière. Si elle grandit dans une famille bourgeoise de l’Angleterre victorienne, elle se sent très vite et très tôt à l’étroit dans le petit carcan familial qui s’impose à elle et lui dicte ce que doit être une jeune demoiselle de bonne famille. Peu sensible à ce genre de simagrée, elle se choisit un entourage étonnant, réfugiée au troisième étage de la maison parentale… Elle adopte de petits animaux dont elle s’occupe avec la plus grande attention et passe un temps considérable à converser avec Tabitha et Mademoiselle Blanche, les deux gouvernantes chargée de son éducation. Attirée par la peinture et la nature, elle allie rapidement ces deux passions pour croquer le monde qui l’entoure. Aquarelles et dessins, ses premiers faits d’armes sont tout bonnement les animaux qui l’entourent. Autant dire que ce genre d’activité est vu du plus mauvais œil par sa mère qui envisage un tout autre destin à cette fille qui ne grandit pas selon ses principes et ses attentes.

Cette fois, c’en était fait de moi : j’étais une femme de lettres.
MAMAN: Jamais, entendez bien cela, Charity, jamais vous ne trouverez de mari !

Miss Charity est un magnifique récit de vie joliment illustré à l’aquarelle par Philippe Dumas et signé Marie-Aude Murail dont la liberté de ton me plaît follement. Fausse autobiographie très inspirée de la vie de Beatrix Potter, une illustratrice iconique anglaise ayant connu le succès grâce à ses nombreux albums illustrés autour du personnage emblématique de Peter rabbit. Marie-Aude Murail déploie ses qualités de plume et sa causticité qui ne sont plus à prouver et nous entraîne dans sur les pas de cette héroïne qui ne peut laisser indifférent·e.

Maman avait toujours le dernier mot. Il est plus facile d’être cruel que d’être drôle.

De l’enfant à la femme, de l’enfant à la femme-artiste, c’est tout un monde qui s’offre à son héroïne qui ne craint pas de se heurter aux conventions tenaces de son temps qu’elle s’oppose à la volonté parentale ou qu’elle impose ses choix et exigences à son éditeur… À l’époque où le destin d’une femme était d’être une bonne épouse – et une mère – bien sages et discrètes, là voilà figure d’exception tant elle assume son anti-conformisme. Artiste avant toute chose, elle construit du bout de son pinceau un empire incroyable et fait de son œuvre un des monuments de la littérature jeunesse anglaise.

La jeune fille est très difficile pour la conversation car il y a tout ce qu’elle ne sait pas, et tout ce qu’elle ne doit pas savoir, et tout ce qu’elle sait mais qu’elle n’est pas censée savoir.

Miss Charity est une héroïne-petite graine qui pousse et s’épanouit selon ses désirs et envies qui ne cessera d’éclore aux yeux du monde. Rayonnante et fascinante, sa mystérieuse aura lui fera côtoyer bien des sphères de la société londonienne. Son tempérament singulier n’a rien à envier aux prestigieux Wilde et Shaw qui croiseront sa route au cœur du roman, particulièrement sensibles à la grande femme qu’elle incarne. Ainsi, que l’on se balade dans le jardin de Dingley Bell ou dans les quartiers malfamés de la capitale, que l’on foule les planches des théâtres ou les salons des gens bien nés, l’on se plaît dans ce roman qui entre incontestablement dans le cercle très fermé de mes livres jeunesse préférés.

MR KING: C’est le mariage que vous ridiculisez: ce vieux marié avec cette petite fille qui lui est sacrifiée…
MOI: Mais c’est ainsi tous les jours Mr. King ! Tant que les jeunes filles n’auront rien d’autre à vendre qu’elles-mêmes…

Attention, après cette lecture, vous ne serez pas à l’abri de vouloir glisser un petit carnet de croquis et une boîte d’aquarelles au fond de votre sac, vous n’aurez rien contre l’idée d’adopter un lapin ou de fabriquer des nichoirs pour les oiseaux, de (re)/lire un peu plus de Shakespeare, de passer à nouveau du temps, quelle que soit la saison, en compagnie du délicieux Herr Schmal ou de l’irrévérencieux Mr. Ashley.

HERR SCHMAL: Quel genre de garçon est-ce, ce Mr Ashley?
MOI: Un comédien, dans sa vie comme sur scène.

Prolongements et échos:

Miss Charity – Marie-Aude Murail
Illustrations de Philippe Dumas
Éditions École des Loisirs – Collection Médium
16,90€  / 480 pages / 2008
Roman – Coup de foudre

17 réflexions au sujet de « Miss Charity – Marie-Aude Murail »

  1. (C’est donc de là que vient ton idée de carnet pour ton séjour parisien?)

    Ce roman me tente depuis un bon bout de temps, entre Marie-Aude Murail et moi ça fait longtemps que c’est l’amour fou! J’ai lu la bd adaptée et si je l’avais mis en coup de coeur , je dois avouer que je n’en ai plus trop de souvenirs. Ton résumé m’a fait du bien 😀

    Aimé par 1 personne

  2. Mon roman doudou préféré que je lis et relis et rerelis quand la vraie vie est un peu trop rude! En faisant mon bilan lecture de l’année je me suis rendue compte que je l’avais lu 2 fois en 2021, version BD en janvier (c’était une 1ère) et le roman en décembre (là je ne compte plus!). Ah et j’ai également lu les propositions de prolongement!!!

    Aimé par 1 personne

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