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Princesse Primprenelle se marie – Brigitte Minne & Truis Chielens

Elle savaient très bien que les princesses doivent souvent accepter des choses qui ne leur plaisent pas.

Il était une fois, une princesse qui attendait l’élu de son cœur… Il était une fois, des princes prêts à venir courtiser leur promise qui n’avait – quant à elle – bien évidemment rien d’autre à faire que de les attendre… On connait la chanson. Le sempiternel refrain des contes que l’on n’appelle pas traditionnels pour rien. Pimprenelle se soumet donc – bon gré mal gré – au désir parental et à ce rituel qui consiste à trouver un mari comme on picorerait un catalogue d’amoureux grandeur nature

Mais voilà que la demoiselle s’ennuie ferme sans jamais trouver celui qui viendra titiller son désir ou sa curiosité. Rien n’y fera, et le défilé de prétendants devra accepter de rentrer bredouille de cette chasse à la princesse esseulée. Mais voilà qu’au loin, un cheval noir fait son entrée sur le domaine princier… Sa cavalière, Aliénor, vient aussitôt réveiller le cœur en sommeil de Pimprenelle. Et si c’était elle, la promesse d’une grande et belle histoire d’amour qu’aucun conte ne raconte?

Alors, ressens-tu quelque chose de spécial? […] Est-ce que ton cœur bat plus vite? Est-ce que le sol se dérobe sous tes pieds?

Voilà un conte qui donne le clairement le ton. Et si l’on se racontait des histoires pour toutes et tous qui sortent un peu des sentiers battus? Et s’il existait un peu plus de textes dans cette veine-là? Raconter l’amour, quand la princesse ne s’éprend pas d’un prince, raconter l’amour quand la cour du roi se gausse parce qu’elle ne trouve pas ça « normal », raconter l’assentiment parental, qui manque parfois trop souvent à l’appel. N’en déplaise à Valeurs pas si actuelles, qui qualifie cet album de « pépite gauchiste » , c’est ce que nous offre ce conte signé Brigitte Minne et Truis Chielens. La qualité indéniable de cet album est assurément d’amener vers l’autre dans toutes ses différences et ses bonheurs à construire. C’est aussi prôner la tolérance et l’importance d’affirmer ses choix quels que soient les regards des autres, indépendamment de tout discours moralisateur et de jugement bassement primaire.

Le trait de Trui Chielens croise joliment des aplats de peinture pastel avec un travail crayonné qui se dispense parfois de couleurs. Ce choix de dessins variés croisant les styles fait aussi symboliquement écho aux amours plurielles qui peuvent s’emparer des cœurs… Tout ce joyeux monde dépeint s’agite ainsi autour de cet amour naissant et l’univers graphique assez foisonnant de Trui Chielens nous captive dès les premières pages. Un livre à offrir pour montrer qu’il existe bel et bien mille manières d’aimer et d’être aimé·e.

[Petit spoiler de lectrice qui pinaille toutefois sur le clap final] La fin reste à mon sens finalement un poil conventionnelle prônant un modèle de famille qui se solde sur la parentalité à tout prix. C’est peut-être là mon micro bémol face à cette lecture qui tombe légèrement dans les travers qu’elle cherche à combattre… Un couple moderne? Quelle belle idée ! Mais pour aboutir aussi à un modèle familial traditionnel au sens où l’enfant doit nécessairement être le prolongement indispensable du couple, cela donne au propos fort et beau un peu moins d’audace. C’est un assurément un parti pris – que l’on comprend évidemment – mais je regrette cet aspect trop didactique et pédagogique de la page finale qui rompt subitement avec la narration et le conte. Cela n’enlève en rien toute la pertinence de cet album, d’autant que les explications sont claires et parfaitement adaptées pour le jeune lectorat, mais ce schéma final m’a tout de même questionnée. (Bref, chèr·es prince·sses amoureux·ses, libres et impertinent·es, vivez heureux·ses mais faites des enfants SI ça vous chante !)

Princesse Pimprenelle se marie
Texte de Brigitte Minne, illustré par Trui Chielens
Traduit par Emmanuèle Sandron
CotCotCot Éditions
18€ / 52 pages / 2020
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Une réflexion au sujet de « Princesse Primprenelle se marie – Brigitte Minne & Truis Chielens »

  1. C’est intéressant ce que tu dis sur la fin. J’ai trouvé justement que les planches pédagogiques étaient les bienvenues. Mais je te rejoins sur le fait que proposer d’autres modèles de familles ( et réfléchir au sens de la famille) doit être questionné. Petit à petit, cela va se faire, j’en suis convaincue.

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