Je lis des albums·Que jeunesse se fasse...

Le Malotru – Bernard Villiot & Léo Méar

Au bout d’une longue rue, en haut d’un gigantesque tas de détritus, vivait un malotru. Un grossier personnage, barbu et bourru, qui habitait une maison biscornue. 

Il est de ces surnoms qui vous vont comme un gant. Et autant dire que ce gant-là est taillé à la perfection pour ce gigantesque voisin aux allures d’ogre cruel tout droit échappé d’un livre de conte. La politesse ? Il l’exècre ! La bienveillance ? Quelle drôle d’idée ! La propreté ? Un sacrilège, n’y songez point ! Régnant en maître crasseux sur une montagne de déchets sur laquelle il vit, il peut, du haut de son domaine, surplomber la ville et en se moquant allégrement des conséquences de son mode de vie pour le moins singulier.

Quand on lui reprochait d’être un mauvais exemple pour la jeunesse, il répondait: – Parle à mes fesses !

Dans les rues, c’est avec une mine écœurée que l’on réagit à la seule évocation du Malotru. Les enfants le craignent, les adultes ne supportent plus les effluves pestilentiels de sa déchetterie ambulante qui embaument chaque recoin de la ville. Et comme si la pollution olfactive ne suffisait pas, de nouvelles victimes sont touchées par la passion naissante du géant si puant : l’hélicon, un gros tubas qui résonne comme un vieux klaxon. Le bruit est tel que chaque habitant·e donnerait tout pour devenir sourd face à cette insupportable cacophonie. Que faire pour faire entendre raison à ce personnage sans gêne ni concession?

Quelle sacrée rencontre que ce Malotru-là. Le texte de Bernard Villiot joue avec des « gros mots pas si gros » un poil surannés mais si bien trouvés, pour faire de son texte une déclaration d’amour au langage dans toute sa diversité et ses sonorités. Rimes, assonances et allitérations, échos amusants et associations de mots, tout est fait pour que cet album soit lu et relu à voix haute histoire d’amuser la galerie de lecteurs et de lectrices. C’est rafraîchissant à souhait et l’on se prend vite au jeu de ce texte et de ses illustrations puissamment théâtrales.

Les enfants étaient l’objet de son acharnement.

Les éditions Margot, friandes des livres grands formats, n’ont pas joué cette carte-là cette fois. Mais il faut dire que le dessin de Léo Méar s’empare à merveille de la page et que ses effets de cadrage traduisent avec justesse toute l’ampleur – et la place – que prend cet anti-héros par excellence. C’est enfin un festival de couleurs vives qui donne quelque chose d’éminemment solaire à certaines séquences. Et, quand la nuit tombe, si les ombres et le sombre envahissent les illustrations, cela ne se fait jamais sans un travail de mise en lumière tout en nuances. Une réussite qui vient réveiller les sens !

Prolongements & échos:

Le Malotru – Bernard Villiot illustrations de Léo Méar
Les éditions Margot
 12,90 € / 72 pages / 2021
Que jeunesse se fasse / Je lis des albums
 

5 réflexions au sujet de « Le Malotru – Bernard Villiot & Léo Méar »

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