L'Art du Roman·Les classiques c'est fantastique

Germinal – Émile Zola

Lorsqu’Étienne Lantier – fils de Gervaise Macquart – arrive à Montsou, il s’apprête à mettre les pieds dans un monde de misère et de charbon. Sans travail, il croise la route de Maheu, mineur respecté et respectable qui devient son ami et le tient en estime. Étienne trouve alors une place parmi ces fourmis qui s’entassent pour regagner les profondes galeries et se jette à corps perdu dans ce travail fastidieux si peu cher payé. Épris de Catherine, la fille de Maheu, ce dernier apprend les codes et les lois souterraines qui rythment les vies des mineurs. Face à lui, les hommes ont la dureté des résignés et le courage des braves. Le dos courbé, les corps noircis et abimés par le travail, ils n’ont qu’une hâte: regagner la surface pour goûter à la frugalité d’un souper et à la peau des filles et des femmes qui daignent s’abandonner là où l’envie soulève les jupons.

Depuis qu’il se trouvait au fond de cet enfer, une révolte lente le soulevait.

Grisés par les idées d’Étienne, qui adhère au socialisme, les mineurs finissent par se convaincre qu’une grève pourrait les arracher à leur triste condition. Et si les colères divisent, il n’en demeure pas moins que l’épuisement et le ras-le-bol sont les meilleurs ennemis de la raison. Commence alors un combat qui n’est pas si manichéen qu’il n’y paraît. Riches propriétaires exploitants, pauvres ouvriers exploités. Certes. Mais sous la plume de Zola, s’ajoutent les conflits qui agitent les orgueilleux, qui écorchent l’ego et le paraître, qui touchent aux jalousies étouffées et aux petits privilèges des puissants comme des faibles.

C’était la commune histoire des promiscuités du coron, les garçons et les filles pourrissant ensemble, se jetant à cul, comme ils disaient, sur la toiture basse et en pente du carin, dès la nuit tombée. Toutes les herscheuses faisaient leur premier enfant, quand elles ne prenaient pas la peine d’aller le faire à Réquillart ou dans les blés. Ça ne tirait pas à conséquence, on se mariait ensuite, les mères seules se fâchaient, lorsque les garçons commençaient trop tôt, car un garçon qui se mariait ne rapportait plus à la famille

La diabolique description initiale du Voreux – ce monstre qui dévore les hommes – est d’ailleurs à l’image des tensions viscérales qui règnent entre les êtres. Elle ne fait qu’annoncer les querelles intimes et les guerres intestines qui s’immiscent entre eux. J’aime décidément cette manière qu’a Zola de mêler l’Histoire aux intrigues plus domestiques. Ce trou béant, grouillant, sombre et impitoyable, s’emplit ainsi lentement mais sûrement des frustrations et des rancœurs violentes pour mieux recracher sa colère et ses victimes. Si la mine voit les hommes et certaines femmes qui triment, à l’extérieur, les corons sont les témoins impuissants des divisions qui nourrissent les esprits belliqueux des mineurs.

Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissait pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre.

Dedans comme dehors, la révolte grogne, gronde, enfle. Inévitable sans pour autant être salvatrice puisque tout porte à croire que l’issue sera douloureuse et fatale. D’ailleurs, qu’ils soient sociaux ou amoureux, les affrontements s’enlisent et l’on glisse à notre tour dans ce marasme tragique formidablement dépeint par Zola. Grandiloquence et métaphore, puissance du verbe, sens de l’emphase, tout y est dépeint dans un souffle épique qui rend cruellement beau cet océan de désolation. La misère comme une vague, la colère comme le ressac.

Et, dans cette férocité croissante, dans cet ancien besoin de revanche dont la folie détraquait toutes les têtes, les cris continuaient, s’étranglaient, la mort des traitres, la haine du travail mal payé, le rugissement du ventre voulant du pain.

Prolongements littéraires et échos:

La chronique de Fanny pour cette deuxième participation à notre RDV Les Classiques c’est fantastique !

Celle de Natiora qui est aussi au rendez-vous !

Les Classiques c’est fantastique ! [Saison 2]

Germinal d‘Émile Zola
Adapté au cinéma par Claude Berri en 1993
Une version série attendue pour septembre 2021
Éditions Le Livre de poche
4 € / 568 pages / 1885
Les classiques c’est fantastique!Les Rougon-Macquart / On a une relation comme ça, Émile Zola et moi.

Cette lecture signe ma troisième participation au challenge « Mon pavé de l’été » sur le blog Sur mes Brizées.

28 réflexions au sujet de « Germinal – Émile Zola »

    1. La tentation est grande en effet… Je trouve que c’est un des Zola les plus accessibles pour les élèves. Tu me diras si tu as sauté le pas et s’ils adhèrent ! Quand j’en fais quelques extraits en 4e, ça passe plutôt bien.

      Aimé par 1 personne

  1. Intéressante chronique et commentaires… Je garde un très mauvais souvenir de Zola et de ce roman car étudié au Lycée (en 5oy 4eme) Peut-être trop jeune, peut-être mal amené par le prof, peut-être pas réceptive pour ma part, en tout cas depuis j’ai faite un blocage avec cet auteur et même le film ne m’a pas encouragée à franchir le pas… Le pas est en partie franchi depuis quelques temps, un Zola est dans ma PAL .. La terre et on verra si adulte j’arrive à surmonter ce souvenir…🤔😉

    Aimé par 2 personnes

    1. C’est toujours quitte ou double ce genre d’expérience précoce. J’avais beau être lectrice, ces lectures n’auraient pas eu le même effet sur moi ado. J’aime y aller par petite dose avec mes 4e. Ils accrochent bien quand je leur présente le projet d’écriture, les deux branches de la famille. Je choisis quelques portraits/personnages/scènes qui généralement les marquent et font écho à ce qu’on a évoqué dans l’intro… C’est toujours assez plaisant de les voir d’entrer en littérature avec ces pages que j’aime tant.

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