BD de la semaine·Que jeunesse se fasse...

The Wendy Project – Melissa Jane Osborne & Veronica Fish

Ceux et celles qui restent

Mourir Vivre serait vraiment une grande aventure.

Wendy est au volant de sa voiture quand le drame survient. Pluie battante, une seconde d’inattention, une tension palpable et trois vies qui basculent. Trois frères et sœurs plongent dans des eaux bleues et verdâtres, deux seront dans un lit d’hôpital à leur réveil. Encore bouleversée par l’accident, Wendy ne peut se résoudre à accepter la mort de Michael son plus jeune frère. Une image l’obsède. Elle l’a vu, elle en est certaine: délaissant la profondeur des eaux troubles, tenant la main d’un garçon qui volait.

Le pire s’est déjà produit.

Évidemment, personne n’ose la croire. Évidemment, nul·le ne saurait la contredire. Du repos avant toute chose s’impose, et à cela s’ajoutent des rendez-vous réguliers pour un suivi psychologique. L’occasion de consigner dans un carnet, par le biais du dessin, toutes les pensées qui bousculent la jeune femme. Les planches égrènent ainsi le quotidien de Wendy dans ses jours passés au lycée et ses heures dans sa chambre, fenêtre ouverte, songeuse et coupable. Elle n’est plus qu’attente. Et si Michael revenait? Et si tout le monde se trompait?

Le seul point positif quand les gens pensent qu’on est fou, c’est qu’ils nous fichent la paix.

Comme le titre le laisse entendre, le lien avec le roman Peter Pan de Barrie se fait à travers le personnage de Wendy. Dans le texte originel, elle est celle qui se prendra volontiers au jeu en suivant le héros volant jusqu’au Pays Imaginaire. Elle est aussi celle qui accepte de grandir et de faire un pas vers l’âge adulte. Ici, le défi de l’héroïne est de surmonter l’inacceptable. Grandir, c’est admettre la mort, c’est surmonter sa culpabilité.

Dessiner ceci, c’est comme dessiner un rêve, ça n’aura pas de sens, mais j’aurais essayé.

The Wendy Project : Peter Pan au secours d'une adolescente en deuil - Top  Comics

Réparer la vivante

Parfois, il est plus simple de faire semblant.

Dès lors, nos deux histoires se mêlent de manière très habile sous la plume et les crayons d’Osborne & Fish. Les deux autrices s’approprient avec pertinence et justesse les personnages, des fragments d’intrigue ou des citations de l’œuvre de Barrie pour les glisser dans leur récit moderne. Le conte philosophique de Barrie se prête – qui plus est – parfaitement à ce parallèle incessant entre l’imaginaire apaisant et le réel déchirant qui confronte sans cesse l’adolescente à l’absence et au deuil impossible.

Les illustrations, qui semblent griffonnées sur la planche de manière un peu brouillonne, rappellent que Wendy tient ce journal de deuil et traduisent à merveille la mise en abyme narrative. Essentiellement noir – avec quelques nuances grisées – le trait s’offre quelques envolées colorées quand l’onirisme prend le pas sur le réel. Jeux d’ombres, mots qui font mouche, personnages en miroir: nombreuses sont les références qui sont subtilement intégrées et qui témoignent d’une belle intelligence d’interprétation dans la mise en scène de ce récit parfaitement orchestré.

Un bel album sur le deuil du point de vue de l’adolescence et de l’enfance. Touchant sans surjouer la douleur ni sombrer dans un pathos lourd et pesant, les autrices ont su saisir dans l’œuvre de Peter Pan ce qu’il faut de léger et de vaporeux pour lentement suivre la voie qui permettra de se résoudre aux adieux.

Une découverte que je dois à Blandine.

Autour du personnage et du conte:

  • Le roman originel : Peter Pan de Barrie
  • L’Enfant Pan d’Arnaud Druelle

Dans la même collection « Étincelle »:

The Wendy Project 
Scénario de Melissa Jane Osborne, illustrations et couleurs de Veronica Fish
Traduit par Margot Negroni, lettrage Yuck.
Éditions Ankama, collection Étincelle
 14,90 € /  96 pages / 2019
Bande dessinée – 9e ArtQue jeunesse se fasseDeuil

4 réflexions au sujet de « The Wendy Project – Melissa Jane Osborne & Veronica Fish »

  1. J’aime beaucoup les planches que tu as choisies et l’histoire me semble sensible.

    J’étais en train d’écrire que je ne connaissais pas la maison d’édition et puis j’ai vu que j’avais déjà noté Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret chez toi, je ne m’en rappelais plus (merci la piqure de rappel)

    Aimé par 1 personne

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