BD de la semaine

Le Clan de la rivière sauvage – L’œil du serpent – Régis Hautière & Renaud Dillies

Alors que l’ourson Choco pêche tranquillement au bord de l’eau du petit village ordinaire de Saint-Isidore, voilà que son ami Zaki le tire de ses rêveries. Est-ce le livre dans lequel il est plongé qui l’ennuie ferme ou ce même ouvrage qui lui souffle des envies de folles aventures ? Face à tant d’enthousiasme, Choco se sent le poil entre deux chaises… L’aventure, c’est beau, c’est charmant, c’est fascinant mais la concurrence est rude puisqu’un goûter incroyable l’attend… Mettez-vous un instant à sa place aussi…

Entre deux leçons d’Histoire qui endorment plus qu’elles ne passionnent, l’école buissonnière est inévitablement une envie des plus tentantes. Il faut dire que les forêts alentours sont le terrain de jeu parfait pour s’inventer des frayeurs et fantasmer des rencontres hors du commun. Mais ce jour-là, l’improbable a lieu. Un renard pirate erre dans les sous-bois et devient aussitôt l’objet d’une filature qui vient rompre la monotonie des journées ordinaires. Dans ce jeu de chats et de souris, l’impertinente Mélie -loin d’avoir froid aux yeux – se joint à notre intrépide duo.

Ce petit jeu prend une tournure singulière quand un Grand Conteur itinérant s’arrête dans leur village pour quelques soirs… Si Anacharsis est maître des histoires qu’il raconte, il apprendra à ses dépens (et à ceux des petit·es curieux et curieuses qui croisent sa route), que les récits qu’il s’approprie ne se contentent pas toujours de rester figés dans les vieux manuscrits… Ouvrir un livre comme on ouvrirait un coffre aux trésors maudit, comme on pousserait la porte d’un autre monde dans lequel l’aventure pourrait coûter bien plus cher que le petit frisson qui va de pair avec le besoin impérieux d’assouvir sa curiosité…

Nous sommes sur l’Ile Morte ! Nous sommes dans l’histoire de pirates qu’Anacharsis a commencé à raconter ! C’est elle qu’il faut qu’on remette sur ses rails !

Voilà que le duo Hautière et Dillies reprend du service entre cases et bulles pour notre plus grand plaisir. Après l’aventure Abélard et Alvin, de nouveaux visages – malgré tout très familiers – surgissent de leurs crayons pour se frotter à de sombres pirates qui dégainent leur sabre à la moindre contrariété. Cette nouvelle histoire signe le premier tome d’une série et n’est pas avare d’aventures. Régis Hautière pose ainsi les jalons de bien d’autres intrigues à venir mais il nous offre surtout un récit riche et dense fait de rebondissements et de récits enchâssés qui ne laissent en rien ce goût de trop peu dont souffrent parfois les premiers tomes de série. Touche d’humour, sens de la répartie, candeur qui fait mouche, l’on retrouve ce que l’on aime de la plume du scénariste et l’on se réjouit évidemment de cette nouvelle collaboration au goût d’heureuses retrouvailles.

Le risque qu’il y a à transformer les histoires du répertoire, c’est de transformer aussi les personnes qui les ont entendues.

Graphiquement, celles et ceux qui suivent Renaud Dillies savoureront encore et toujours sa patte qui griffe la planche avec beaucoup d’élégance et qui se marie à merveille aux couleurs de Christophe Bouchard qui gagnent en luminosité dans cet album. Face à ces nouvelles trognes, l’on se laisse vite prendre au jeu, convaincu·es d’avoir face à nous une belle équipe – aussi drôle qu’émouvante – que l’on voudra suivre le plus longtemps possible. Enfin, si les choix de mises en scène et d’illustrations nous sont désormais familiers, la véritable surprise tient dans le surgissement d’un trait inattendu, qui abandonne, le temps de quelques digressions narratives, ses personnages animaliers de prédilection. Reste à embarquer dans cette folle échappée qui fait la part belle à l’imaginaire et aux récits d’aventures et qui rappelle comme il est grisant pour nous – adultes comme enfants – de nous laisser prendre dans les envoûtantes mailles des filets des faiseurs et des raconteurs d’histoires.

Prolongements littéraires :

Le Clan de la rivière sauvage – L’oeil du serpent
Scénario de Régis Hautière, dessins de Renaud Dillies, couleurs de Christophe Bouchard
Éditions de la Gouttière
14,70 / 88 pages / 2021
BD de la semaine / Que jeunesse se fasse.
Noukette

16 réflexions au sujet de « Le Clan de la rivière sauvage – L’œil du serpent – Régis Hautière & Renaud Dillies »

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