L'Art du Roman·Les classiques c'est fantastique

Le Château des Carpathes – Jules Verne

Château abandonné, château hanté, château visionné. Les vives et ardentes imaginations l’ont bientôt peuplé de fantômes, les revenants y apparaissent, les esprits y reviennent aux heures de la nuit.

Quelle n’est pas la surprise quand Frick, berger de son état, aperçoit une fumée blanche s’échapper des ruines d’un château voisin connu pour avoir été abandonné par le célèbre Rodolphe Gortz. Dès lors, le petit village transylvain de Werst s’agite et s’affole et toutes les rumeurs vont bon train. L’inquiétude est assurément au rendez-vous et chacun se questionne sur l’identité de l’inconnu·e ayant mis les pieds sur ce domaine maudit, en proie aux affabulations les plus fantasques.

Deux villageois téméraires – Nick Deck et le Docteur Patak – décident alors de percer le mystère qui plane et comptent bien en découdre avec les fantômes qui le hanteraient et sèmeraient le trouble dans les esprits. Mais ce duo de pseudo aventuriers des forêts se voit vite malmené par une force supérieure qui ne fait qu’attiser les peurs. D’où viennent ces étranges phénomènes ? Qu’arriverait-il si les esprits frappeurs se montraient particulièrement mal intentionnés ? Un jeune comte de passage, Franz de Télek apprend la situation du château et semble à son tour troublé par toute cette agitation. Détiendrait-il les clés d’une histoire qui dépasse les habitants? Aurait-il en lui les ressources nécessaires pour affronter cet ennemi invisible?

Il est de ces blessures qui ne se ferment qu’à la mort.

Après mon coup de cœur pour Voyage au centre de la terre il y a bien des années de cela, j’ai pris le temps de relire Jules Verne. Les premiers chapitres de ces retrouvailles m’ont laissée assez dubitative à cause de cette prose un poil ampoulée et gorgée d’un lexique excessivement techniciste pour rendre suffisamment charmante la narration… Néanmoins, après quelques pauses et agacements passagers, j’ai fini par surmonter ces premières réticences. Jules Verne se frotte ici à l’ambiance du roman gothique dont il est assez peu coutumier. Cette immersion dans les forêts de Transylvanie est un avant-goût du Dracula de Bram Stocker encore en gestation à l’époque où son Château des Carpathes voit le jour.

Tonalité fantastique, survivance d’un romantisme suranné, coup de théâtre et récit d’aventure : voilà un roman qui ne peut nier se trouver au carrefour de bien des genres. Pour mieux rendre compte de cela, des petites intrigues secondaires se greffent à l’intrigue principale tout en jouant sur la chronologie du roman qui ne se prive pas de quelques plongeons dans le passé des protagonistes de manière particulièrement bien sentie. Nous trouvons également en ces pages, l’attrait évident de l’auteur pour les sciences dont il s’empare pour poser les jalons des grands textes de science-fiction à venir.

Cette histoire n’est pas fantastique, elle n’est que romanesque. Faut-il en conclure qu’elle ne soit pas vraie, étant donnée son invraisemblance? Ce serait une erreur.

Certes, le mystère a peut-être moins d’impact sur le lectorat moderne plus familier des progrès scientifiques et peut-être moins impressionné par les révélations finales mais il n’enlève en rien le caractère somme toute assez prenant du texte de Verne. Et face à ce foisonnement de phénomènes inquiétants, l’auteur en profite pour questionner nos superstitions et notre rapport aux croyances populaires… Diables et vampires, monstres ou esprits malins, folie des hommes: tout est prétexte pour jouer avec les codes romanesques et les attentes du lectorat. À vous de vous laisser prendre au jeu (ou pas.)

Échos et prolongements (littéraires):

Ces lecteurs et lectrices qui font le tour du monde de l’œuvre de Jules Verne à mes côtés pour le rendez-vous « Les classiques c’est fantastique  » : Fanny / Lolo / Natiora / Cristie / George / Alice / Mumu / Pati / Pati (2) / Héliena / L’Ourse bibliophile / Céline / Céline (2)/ Manon / Madame Lit / Katell / Lili /

Le Château des Carpathes de Jules Verne
Le Livre de Poche (Texte intégral)
4,60€ / 240 pages / 1892
Les classiques c’est fantastique ! / Le Tour des livres de Jules Verne

34 réflexions au sujet de « Le Château des Carpathes – Jules Verne »

  1. Nous avons eu le même choix et nous rejoignons sur le côté technique et insistant du récit mais je dois avouer que cette ambiance rétro avec les rebondissements réguliers et mystérieux m’ont plu…. J’ai eu l’impression de retomber en enfance, à une époque où ce genre de lecture m’aurait tenue peut-être plus en haleine 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. C’est drôle comme je ne me souvenais pas , quand j’étais jeune, de ce lexique techniciste dont tu parles et qui m’est revenu en relisant Verne. Comme pour toi, cela m’a un peu agacée voire ennuyée mais heureusement l’intrigue et les péripéties m’ont fait oublier ce petit désagrément.

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai tenté à plusieurs reprises ce titre lorsque je lisais beaucoup ces atmosphères occupaient une large part de mes lectures, mais je n’en retirais à chaque que de l’ennui… j’en perçois la cause à travers ta chronique, j’aurais sans doute dû persister encore un poil…

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s