Les classiques c'est fantastique·Lire l'ailleurs.

Peter Pan – James Matthew Barrie

De la chambre douillette au Pays imaginaire.

Tous les enfants, hormis un seul, grandissent.

Cela commence par une fenêtre entrouverte, symbole d’un passage entre deux mondes. Une nuit, dans la demeure du couple Darling, un jeune visiteur s’y glisse pour emporter avec lui leurs enfants chéris. Le voyage n’est pas de celui qui s’offre à tous. Il est le privilège de l’enfance, époque qui donne accès à ce ce Pays imaginaire qui accueille toute personne qui n’a pas encore mis un pied dans le monde des adultes. Ainsi s’échappent, sans autre forme de procès, demoiselle Wendy et ses frères Michael et John sous l’influence de ce fameux Peter Pan connu pour être l’enfant refusant catégoriquement de grandir.

En réalité, il souffrait beaucoup; et son cœur était si plein de rancune contre les grandes personnes qui gâchent tout […] Un adage de l’Île prétend en effet que chaque fois qu’on respire, une grande personne tombe raide morte. Aussi Peter s’efforça-t-il de respirer le plus souvent possible. 

Croire à cette destination-là, c’est accepter d’être encore un·e enfant. Celui ou celle qui sait si bien faire semblant qu’il finit par oublier la frontière entre le rêve, le fantasme et le jeu. Là-bas, l’on déploie toute son énergie pour affronter le terrible ennemi Jacques Crochet, là-bas, les querelles ont tout de suite l’allure de grandes guerres. Là-bas, on oublie d’avoir peur mais l’on se sent fébrile à l’idée qu’aucune figure maternelle ne console. Et si l’enfant perdu a fait des faux-semblants un art de vivre, il espère, néanmoins qu’une jeune demoiselle aura les épaules pour assumer ce rôle-là.

– Insolente et orgueilleuse jeunesse, apprête-toi à affronter ton destin!
– Homme ténébreux et malfaisant, répondit Peter, défends-toi !

Grandir ou ne pas grandir?

L’œuvre de Barrie – initialement pièce de théâtre – est un jour devenu ce roman. Elle est une véritable déclaration d’amour au pouvoir de l’imaginaire et un texte profondément nostalgique évoquant le temps qui file et nous échappe. Le récit offre aux lecteurs et aux lectrices un ton qui mêle le léger et le solennel et nous tournons les pages accompagné·es d’une voix narrative qui nous interpelle, tout en commentant les faits et gestes des protagonistes. Une fois de plus, l’aura de Lewis Carroll n’est jamais bien loin, l’absurdité fantasque en moins.

C’était la première fois qu’elle assistait à une tragédie. Peter en avait vu bien d’autres et les avait toutes oubliées.

À l’instar des contes traditionnels, les défauts humains sont dépeints derrière le ton badin de la fable. Peter Pan est  un petit garçon très sûr de lui, un poil prétentieux et finalement assez antipathique. S’il déteste Crochet, il n’en n’est pas moins tyrannique que son ennemi juré. Sa comparse Clochette n’est quant à elle pas des plus agréables et se montre parfois bien fourbe face à Wendy dont elle se méfie allégrement (par jalousie). Néanmoins, ces héros et héroïnes laissent également entrevoir la fragilité de leur âge, ce qui leur apporte la touche d’humanité qui leur fait parfois défaut dans cette contrée lointaine.

 – Maintenant, je suis une grande personne, ma chérie. Quand on grandit, on désapprend à voler.
– Pourquoi désapprend-on ?
– Parce qu’on n’est plus assez joyeux, innocent et sans cœur. Seuls les sans-cœur joyeux et innocents savent voler.

Cette escapade vers le Pays imaginaire a assurément le goût des romans d’aventure à la Stevenson et des robinsonnades et la violence y est omniprésente derrière la féérie ambiante. C’est un récit court qui n’est pourtant pas dépourvu de quelques longueurs et écueils moralistes profondément ancrés dans la société anglaise du début XXe. Si Wendy y joue un rôle important, elle est aussi cantonnée à un rôle très traditionnel et enfermée dans un carcan qui dénote un peu avec le goût de la liberté prôné au fil des pages. Quelques bémols nuancés par une dernière partie qui pose le jalon de réflexions liées à ce qui nous fait un jour basculer dans le monde des adultes. Moment parfois imperceptible dont le mécanisme invisible est incroyablement bien saisi par la plume-poudre de fée de Barrie.

Il lui arrivait de connaître des félicités inouïes, interdites aux enfants, mais en ce moment, il regardait à travers la vitre la seule joie qui lui était à jamais refusée.

En cette semaine consacrée aux classiques et aux voyages, j’ai eu envie de sortir des sentiers battus et de m’offrir également une échappée imaginaire. Un livre que j’ai décidé de lire sur les conseils avisés de Blandine durant sa semaine consacré à Peter Pan.

Les classiques c’est fantastique !

D’autres chroniques classiques par mes compagnes de route: Fanny / Natiora / Alice  / Céline

Peter Pan de James Matthew Barrie
Traduit de l’anglais par Yvette Métral
Librio (Texte intégral)
2€ / 128 pages / 1911
Les classiques c’est fantastique ! / Lire l’ailleurs

30 réflexions au sujet de « Peter Pan – James Matthew Barrie »

  1. A te lire et à lire d’autres chroniques sur des classiques, je m’aperçois que nous sommes fortement influencé(e)s par l’image transmise par des films, on-dits, etc…. de classiques et que lorsqu’on s’y plonge on y découvre d’autres messages et surtout l’écriture originelle et comment celle-ci a pu être déformée parfois….. Encore un qu’il va falloir que je découvre dans le texte pour me faire ma propre opinion 🙂

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    1. Je mets souvent un point d’honneur à délaisser le film tant que le livre n’est pas lu. C’est parfois frustrant mais cela m’impose moins la lecture d’un autre. Avec Peter Pan, Disney est évidemment passé par là. Je suis curieuse de le revoir à travers mes yeux d’adulte.

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    1. J’ai envie de découvrir ce Peter Pan pas si sympathique. Pardon pour le loupé du commentaire, je profite d’être en télétravail pour essayer d’aller lire tout le monde mais sur mon téléphone, pas avec l’ordi du boulot (chut). Et je ripe facilement sur les touches !

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      1. Haha. Je vois que nous avons la même conception du télétravail !

        Tu seras servie avec lui. Une vraie tête à claques. Mais il sait aussi être touchant et émouvant dans sa solitude éternelle et sa capacité à oublier si vite les beaux comme les mauvais moments.

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    1. Je comprends tellement ton ressenti. Peter Pan est sacrément insupportable. Je suis plus touchée par la Wendy adulte et l’émotion suscitée par tout ce qu’elle accepte de laisser derrière elle. Quant à l’univers, il est bien plus sombre et cruel qu’il n’y paraît.

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  2. je n’ai jamais eu l’idée de lire ce livre, mais ton billet m’en donne envie; Les films de Walt Disney rendent un monde à l’au de rose toujours identique et qui n’ai qu’un vague rapport avec le livre dont les films s’inspirent.

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  3. Je l’ai lu il y a longtemps (mais pas commenté, une blogueuse s’employait alors à insulter quiconque osait évoquer ce livre qu’elle seule pouvait comprendre), j’en garde le souvenir d’un livre assez sombre. Je vais peut-être le relire, « La Maison dans laquelle » m’y a beaucoup fait penser.

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    1. Waouh quelle folle histoire! Je n’ai jamais eu vent de cette appropriation littéraire excessive à souhait…C’est effectivement sombre et ce que tu dis pour « La maison dans laquelle » me réjouit d’avance car il est sur ma PAL.

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  4. J’avoue que le Peter Pan de Disney ne m’a jamais attirée. J’ai préféré la version Hook 🙂
    Ce que tu dis du personnage ne m’étonne pas et je ne suis pas très intéressée de découvrir ce roman. (Par contre, la couverture est très jolie 🙂 )

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