Et mon coeur fait boum·L'Art du Roman·Lire l'ailleurs.

Les falaises – Virginie DeChamplain.

Je pense que je suis brisée. J’ai l’automne à l’envers. En dedans au lieu d’en dehors. Humide, tiède, dans le creux des joues. Du vent qui craque dans la cage thoracique. C’est octobre. Ma mère est morte et j’ai pas encore pleuré.

Sa mère est morte. Noyée. Gorgée de l’eau du lac dans lequel elle s’est engouffrée. Alors il lui faut revenir, retrouver les lieux qu’elle a fuis pour régler l’après. Cartons, souvenirs, photographies. Vider la maison, faire le tri, choisir ce que les objets ou les mots ravivent, décider de ce que l’on cède à l’oubli. L’enfance, l’adolescence, les miettes de l’adulte blessé·e que l’on rassemble pour faire bonne impression. Et puis il faut affronter ce qui refait surface. Chez elle, ce sont de vieux carnets noirs qui consignent – par dizaines – le quotidien de sa grand-mère.

Rester calme. Comme toujours. Ma plus grande qualité. Mon plus grand défaut. Rester calme. En tout temps, rester calme. Respirer de partout. Pour les autres, pour tout le monde. [… ]Des fois j’aimerais qu’il y ait quelqu’un d’autre qui respire pour moi.

Trois histoires de femmes qui se racontent et tissent de jolis portraits. Trois existences qui éclatent au grand jour. La vie exhumée d’une femme qui couche ses jours sur le papier, la vie étouffée d’une autre en proie à une folie désespérée, la vie trop petite de celle qui navigue soudain entre deux figures maternelles méconnues parfois difficiles à cerner.

Je prends pas la peine de me souvenir de moi. De quoi j’avais l’air en dedans quand je suis tombée en amour. À quel âge j’ai eu peur de mourir pour la première fois. Et toutes les autres. Les fois où je me suis perdue, les fois où je suis partie, celles où j’aurais voulu rester.

Les Falaises est un roman venu tout droit du Québec. Littérature que je méconnais et qu’il me tardait de découvrir. C’est aussi un premier roman d’une grande beauté, d’un souffle spontané et sincère qui invite à explorer d’autres vies que la nôtre. Un texte dont la musicalité de la langue nous berce par petites touches, distillant de superbes assertions qui griffent. La plume se Virginie Deschamplin, sensible et écorchée, nous accompagne au fil des pages en nous livrant l’expérience de ces douleurs tenaces avec lesquelles il n’est pas toujours évident de cohabiter.

Un goût de grands espaces dans le fond de la bouche
comme un mal de cœur qui passe pas
comment on fait pour s’évader
quand on est déjà à l’autre bout du monde

Elle relate le deuil, qui bouleverse et désole autant qu’il nous pousse inévitablement à grandir, coupable d’une scission qui rompt définitivement avec notre enfance. L’héroïne nous entraîne ainsi au coeur des murs familiers et au-delà des terres familiales pour partir sur les traces d’une histoire qui se moque des frontières. La suivre, c’est se trouver un peu, au-delà des tourments que nous pouvons traverser avec elle.

Quand je crois que ça va mieux, ça recommence à aller mal. Y’a toujours quelque chose qui se brise plus creux ou qui me pousse à m’enfuir […] Je pars. Pas pour toujours, mais je pars. Je suis les femmes devant moi. Je vais à leur recherche. A leur rencontre. Ma grand-mère aventureuse, ma mère vagabonde. Mes insoumises. Je me sauve, dans tous les sens.

Un premier titre lu et chroniqué pour l’allègement de ma PAL et le défi En sortir 21 pour 2021.

La littérature québécoise au milieu des livres : Le Poids de la neige (C’est trop peu, j’en conviens.)

BO des pages tournées: Cul de sac – Les soeurs Boulay

Les Falaises de Virginie DeChamplain
Éditions La Peuplade
18€ / 224 pages / 2020.
Lire l’ailleurs / Famille je t’aime, famille je te hais

21 réflexions au sujet de « Les falaises – Virginie DeChamplain. »

  1. Comme toi je connais peu (pas du tout en réalité) la littérature québécoise, et pourtant au stand dédié à Livre Paris j’avais envie de tout acheter. Trop de choix tue le choix, j’ai tout reposé. Le titre que tu proposes aujourd’hui me tente beaucoup, ça me paraît une bonne option pour débuter.

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  2. Une des bibliothécaires l’avait mis comme un coup de coeur, j’étais tentée par le thème puis une personne m’a dit qu’il y avait beaucoup de langage québécois qui gênaient un peu la lecture mais je me fis à ton sentiment et je le remets sur ma liste pour mon prochain passage à la bibliothèque….. 🙂

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    1. En essayant de rester le plus objective possible, je trouve que c’est présent tout en restant tout à fait anecdotique. Je crois même avoir arrêté d’y prêter attention au-delà de quelques expressions. Rien à voir avec la série BD Paul (que j’adore au demeurant) qui en regorge !

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