Les classiques c'est fantastique·Lire l'ailleurs.

Le Meilleur des mondes – Aldous Huxley

La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans mur dont les prisonniers ne songeraient même pas à s’évader. Un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. 

Le Meilleur des mondes dresse le portrait peu flatteur d’une société harmonieuse, sereine et docile. Chacun est à sa place, place attribuée selon les lois d’un déterminisme scientifique glaçant. Au sommet de cette pyramide, adepte des castes, des hommes de pouvoir entretiennent un système hiérarchique terrifiant. Les citoyens ne sont plus que des lettres, et leur vie ne laisse place à aucune liberté ou notion même de plaisir. N’ayant pas conscience de leur condition, ils se satisfont de ce quotidien maussade et routinier qui effraie le lecteur, témoin de ce système diabolique et totalitaire dans lequel la science règne en maîtresse absolue.

Plus les talents d’un homme sont grands, plus il a le pouvoir de fourvoyer les autres.

Sélectionnés avant même de voir le jour, les êtres humains naissent en couveuse et la grossesse in utero relève de la sorcellerie. Dans le laboratoire imaginé par Huxley, l’eugénisme est la solution idéale pour réguler la population et répondre aux besoins économiques de cette société de consommation cynique si bien organisée. Dès l’enfance, le conditionnement a bien fait son œuvre, il a nourri les cerveaux malléables pour leur inculquer ce que le pouvoir désire. Quant aux adultes, ils s’offrent ce qu’il faut de soma, une drogue soporifique puissante, pour adoucir les jours où la morosité prendrait l’ascendant sur leur vie, leur évitant ainsi de trop se questionner et de remettre en cause ce système totalitaire. Comme de braves bêtes prêtes à exécuter machinalement ce qu’on leur demande, chaque individu est persuadé d’être heureux, dans le meilleur des mondes.

Ils grandiront avec ce que les psychologues appelaient une haine « instinctive » des livres et des fleurs. Des réflexes inaltérablement conditionnés. Ils seront à l’ abri des livres et de la botanique pendant toute leur vie.

Au cœur de ce système politico-scientifique interagissent des personnages aux noms évocateurs pour un roman publié en 1932. Dieu n’est plus, remplacé par Ford, tout puissant aux yeux des citoyens. Le monde créé par Aldous Huxley est fascinant tant tout semble fait pour ne laisser aucune place à l’improvisation. Il l’est d’autant plus quand l’on ne sait que trop quelles tristes années historiques allaient voir le jour dans les années 30 et force est de constater qu’il signe ici un roman visionnaire assez incroyable. Il impose son univers, en maître de l’anticipation, et fait de son livre un des grands romans soulignant les dérives implacables du progrès scientifique. Néanmoins, comme dans toute dystopie, un personnage ose penser un peu trop à contre-courant et tentera par tous les moyens de réveiller les esprits endormis. Grain de sable dans l’engrenage, sera-t-il assez fort pour ouvrir les yeux d’un peuple aveuglé et soumis?

– Mais je n’en veux pas, du confort. Je veux Dieu, je veux de la poésie, je veux du danger véritable, je veux de la liberté, je veux de la bonté. Je veux du péché.
– En somme, dit Mustafa Menier, vous réclamez le droit d’être malheureux.

Qu’on se le dise, ce fut une lecture qui n’a pas toujours été des plus plaisantes. Si les chapitres consacrés aux rouages de cette société-là ont été absolument captivants, l’histoire dans son ensemble perd vite de son souffle et de son intérêt. L’ensemble m’a souvent paru poussif, la narration manquant parfois de clarté et de fluidité. J’en retiens quelques passages incroyablement forts et magistraux qui à eux-seuls justifient la lecture du roman, mais qui rendent, à mon grand regret, bien fades les entre-deux… Un titre qui ne sera pas la meilleure des lectures SF de la semaine, mais qui demeurait incontournable dans ma sélection.

Dernière chronique pour Fanny cette semaine pour notre rendez-vous « Les classiques c’est fantastique« . Retrouvez son choix ici !

Rendez-vous en février pour parler de l’Amouuuuur sous toutes ses formes. Vaste sujet prometteur. N’hésitez pas à nous rejoindre le dernier lundi du mois.

Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (Brave New World)
Traduit de l’anglais par Jules Castier
Éditions Pocket
4.95€ /  320 pages / 1932
Progrès, rêves et dérives scientifiques / Les classiques c’est fantastique

15 réflexions au sujet de « Le Meilleur des mondes – Aldous Huxley »

  1. Cette lecture a marqué mon adolescence, j’avais essayé de faire partagé mon intérêt pour ce roman à des ado dans les années 80 le flop total. Je ne l’ai pas relu depuis. Je pense que j’aurais les mêmes réserves que toi.

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  2. Pareil que toi, mon avis avait été assez mitigé sur ce roman.
    Autant je salue l’anticipation, autant le style était assez poussif à mon goût. Néanmoins, c’est une lecture qui vaut la peine d’être découverte.
    Vous avez vraiment une belle idée de thème pour janvier ! 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Je l’ai lu récemment et il m’a vraiment marqué. Autant je n’ai pas accroché à la narration distante et aux personnages, autant je l’ai trouvé vraiment incroyable question anticipation car je l’ai trouvé incroyablement actuel. Déstabilisant mais dans le bon sens.

    Aimé par 1 personne

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