BD de la semaine·Que jeunesse se fasse...

L’Homme qui courait après sa chance – Pozla

L’anti-héros par excellence

Il est un poissard de première, un gentil loser de haute voltige. Ils glisse, dérape, se fait allégrement chier dessus par des volatiles qui ne se soucient guère de sa présence. Même ses chères et tendres poules subissent les dommages collatéraux de son karma pourri puisque son poulailler ne saurait les protéger des crocs des prédateurs… Héros maudit, il se lamente comme un comédien de farce face à ce nuage gris qui ne cesse de lui attirer des ennuis…

Où est passée ma chance?

Un petit escargot, témoin de ses déconvenues, lui glisse entre deux conversations que loin, très loin, vit un ermite qui pourrait assurément faire quelque chose pour lui. Dès lors, trouver sa chance devient une obsession et un leitmotiv aux tonalités voltairiennes. Puisque rien ne va pour le mieux dans son petit monde, le voilà qui s’accroche à son dernier sursaut d’optimisme, espérant que ce voyage pourra enfin lui apporter des réponses et renverser la vapeur. La quête commence, avec l’envie prégnante d’en découdre avec cette fichue malchance qui lui colle un peu trop à la peau.

Voyage et rencontres

Je vais voir celui-qui-sait-tout, là-haut sur la montagne.

L’infortuné s’empresse d’aller par monts et par vaux, gravissant les collines comme un pantin désarticulé aux allures de Sisyphe ( dans une version moins tragique mais bien plus ridicule). Sous le coup de crayon vif et dynamique de Pozla, la quête se fait course folle et l’on oublierait presque, à l’instar du héros, de prêter véritablement attention aux dires de ceux qu’il croise sur son chemin. La triste imprudence…

Pourquoi tant de chagrin Demoiselle?

Et si la chance à saisir résidait dans le fait d’être à l’écoute de l’autre ou dans la capacité à regarder le monde qui nous entoure? Les illustrations de Pozla – auteur de l’excellent Carnet de santé foireuse – délivrent leur puissance comique dès les premières planches. Éminemment théâtral, jamais statique, le jeu du personnage – tant dans ses expressions que dans sa manière de vivre ses pérégrinations cocasses – laisse assurément peu de place à l’ennui.

Voyez en cet album un premier pas vers la fable ou le conte philosophique. D’un format assez court, ce récit comique s’inscrit dans la tradition de l’apologue. Construit sur un scénario efficace, confirmant les vertus pédagogiques et édifiantes d’un schéma narratif assez répétitif, il fonctionnera très bien auprès des jeunes lecteurs qui ne manquent pas d’humour. Comme souvent dans ce genre de récit, les bulles donnent la part belle aux animaux ou aux végétaux doués de parole et l’on apprendra à découvrir les deux facettes de ces personnages que notre héros croise et écoute d’une oreille distraite et impatiente. Si l’adulte verra assez vite poindre la chute de ce conte cousu de fil blanc, il ne pourra qu’en apprécier la morale, incisive et tranchante

Un album à chute qui invite à choisir la bonne voie: saisir sa chance ou passer définitivement à côté. À bon entendeur.

L’Homme qui courait après sa chance de Pozla
Éditions Delcourt, dans la collection Les enfants gâtés
13,95€ /  32 pages / 2020
BD de la semaine / Que jeunesse se fasse / Sur les étagères de David

 

Chez Stephie

32 réflexions au sujet de « L’Homme qui courait après sa chance – Pozla »

    1. Plus nous lisons, plus nous « devinons ». Rien de bien gênant pour cette histoire-là, cela reste une bonne petite BD à mettre entre les mains des lecteurs ! (Et je te conseille aussi vivement son Carnet de santé foireuse.)

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