Les classiques c'est fantastique·O.L.N.I

Le Dictionnaire des idées reçues – Gustave Flaubert

Dictionnaire: en dire « N’est fait que pour les ignorants. »

Bibliothèque: toujours en avoir une chez soi, principalement quand on habite la campagne.

Célibataires: tous égoïstes et débauchés. On devrait les imposer. Se préparent une triste vieillesse.

Débauche: cause de toutes les maladies des célibataires.

Si l’on pense à Flaubert, la majeure partie des personnes questionnées évoqueront bien évidemment le destin tragique d’Emma ou les déboires amoureux de Frédéric Moreau. Plus rares seront ceux qui citeront le dialogue philosophique de Bouvard et Pécuchet ou son non moins célèbre Dictionnaire des idées reçues. J’avais donc envie d’aller tourner ces pages-là, d’autant que j’avais déjà lu (et relu) Madame Bovary et L’Éducation sentimentale.

Devoirs: les exiger de la part des autres, s’en affranchir. Les autres en ont envers nous, mais on n’en a pas envers eux. 

Enfants: affecter pour eux une tendresse lyrique, quand il y a du monde. 

Femme artiste: ne peut être qu’une catin.

Illusions: affecter d’en avoir beaucoup, se plaindre de ce qu’on les a perdues.

Au diable le Larousse, tremble Petit Robert! Laissons donc de côté la rigueur académique et sa noble mission de définition. Pourquoi s’embarrasser de trop de sérieux quand on peut aussi jouer avec l’institution littéraire qu’est le dictionnaire? Voilà un livre qui se prête au picorement avec amusement bien plus qu’il ne se lit d’une traite. À nous d’y trouver – sous la plume d’un des géants du XIXe – le reflet d’une époque et de ses moeurs, le miroir des hypocrites en quête de chic sans finesse. Chaque définition dit ainsi la société avec un sens évident de la concision, l’art du verbe et du propos cinglant ou acéré.

Immoralité: ce mot bien prononcé rehausse celui qui l’emploie.

Ivresse: toujours précédée de folle.

Koran: livre de Mahomet où il n’est question que de femmes.

Des aphorismes sarcastiques aux petits traits d’esprit bien sentis, ce livre rappelle aussi, entre les lignes, combien Flaubert, en bon disciple du réalisme, savait observer le monde pour mieux en dire ses faiblesses, ses paradoxes et ses non-sens. On y trouve ainsi des discours de l’époque pleins de poncifs qui parfois frôlent le ridicule ou le pédantisme. Reprenant des propos gorgés de stéréotypes, le toujours très féroce Flaubert s’attaque à la bêtise humaine qui s’enrobe souvent de cette condescendance propre aux gens bien trop sûrs d’eux.

Littérature: occupation des oisifs.

Minuit: limite du bonheur et des plaisirs honnêtes ; tout ce qu’on fait au-delà est immoral.

Prêtres: on devrait les châtrer. Couchent avec leurs bonnes et en ont des enfants qu’ils appellent leurs neveux. C’est égal, il y en a de bons tout de même.

Religions, lettrés, femmes, métiers, politiques, figures mondaines, hommes fats, objets, modes, lieux et concepts: rien ni personne n’échappe à sa petite phrase lapidaire. Entre le succès scandaleux de Madame Bovary et ce fameux dictionnaire, l’ironie de Flaubert n’a assurément rien de légendaire et se montre à la hauteur de sa réputation. Je serais curieuse qu’une plume contemporaine se penche sur une version moderne de ce dictionnaire pour qu’un tel ouvrage de critique sociale s’empare à son tour de notre siècle. En attendant, ce petit dictionnaire semble idéal pour garder le XIXe au fond de sa poche…

Romans: pervertissent les masses.

Syphilis: Plus ou moins, tout le monde en est affecté.

Treize: Éviter d’être treize à table, ça porte malheur. Les esprits forts ne devront jamais manquer de plaisanter : « Qu’est-ce que ça fait, je mangerai pour deux. » Ou bien s’il y a des dames, de demander si l’une d’elles n’est pas enceinte.

Troisième chronique de la semaine pour poursuivre le rendez-vous Les classiques c’est fantastique! que j’organise avec Fanny ! On ne m’arrête plus !

Le Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert
Éditions Fayard dans la collection Mille et une nuits.
3€ / 96 pages / 1850 (1997 pour la présente édition.)
Les Classiques c’est fantastique – Littérature française

 

12 réflexions au sujet de « Le Dictionnaire des idées reçues – Gustave Flaubert »

  1. Oui, très divertissant, ce dictionnaire, j’aime bien m’y replonger de temps en temps.. En revanche, Bouvard et Pécuchet.. J’ai bien aimé le début, c’est drôle et surprenant, mais j’ai trouvé qu’ensuite, l’intrigue tournait en rond, et utilisait toujours les mêmes ficelles..

    Aimé par 1 personne

    1. Il y a tellement de perles à y découvrir… J’adore ce ton et cette ironie qui donnent un aperçu des platitudes qu’on pouvait entendre dans les cercles de lettrés qu’il croyait. (Et il aurait tant à faire à notre époque pour un 2e tome tout aussi cinglant.)

      Aimé par 1 personne

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