L'Art du Roman·Que jeunesse se fasse...

Hunger Games – La ballade du serpent et de l’oiseau chanteur – Suzanne Collins

Si les gens supposés vous protéger jouaient de manière désinvolte avec votre vie, comment vous en sortir?

Coriolanus Snow. Si son nom fait encore frissonner les lecteurs passionnés de la trilogie, il n’a rien de bien terrifiant quand nous tournons les premières pages de cet opus. Étudiant d’une famille peu aisée du Capitole, il est regardé de haut et l’on se moque tout bas de la déchéance de ce grand nom qui fait bien piètre impression à Panem, ville traumatisée par ses conflits tendus avec les districts alentours.

C’est la dixième édition des Hunger Games, arrachant chaque année deux membres de chaque district pour un divertissement macabre: un affrontement impitoyable dans une arène sous le regard malsain de spectateurs en mal de sang. Mais à cette époque, ces jeux cruels n’intéressent que peu de gens, alors qu’ils sont censés être un instrument majeur de l’oppression des tyrans de Panem. Instaurer la terreur pour mieux asseoir son pouvoir… Ce désintérêt grandissant n’arrange pas les autorités et l’on compte alors sur les mentors – des étudiants triés sur le volet – pour redonner un peu de pep’s à cet événement qui n’est que cruauté et injustice.

Ce que vous avez vu dans l’arène, c’est l’humanité sans fard. Celle des tributs, et aussi la vôtre. Vous avez vu à quelle vitesse la civilisation disparaît. Vos bonnes manières, votre éducation, votre héritage familial, toutes ces choses dont vous êtes si fier, tout cela s’est envolé en un clin d’oeil, vous dévoilant tel que vous êtes vraiment.

Snow est l’un d’eux et Lucie Grey Baird sera le tribut qu’il devra prendre sous son aile. Une jeune fille au profil peu prometteur, issue d’un des pires districts. Voilà qui ne dit rien qui vaille et qui ne donnera pas à Snow la popularité qu’il pourrait espérer regagner aux yeux du monde. Et pourtant, cette demoiselle se montre bien surprenante et parvient à épater le public par un coup d’éclat au lancement des jeux. Petit à petit, le regard de Snow change sur cette fille de rien qui va commencer à compter beaucoup.

Découvrir le passé d’un personnage que l’on connaît pour sa monstruosité à venir. Devenu héros central du roman, Snow se façonne au fil des pages pour devenir l’immonde personnage de la trilogie Hunger Games. Une lecture qui permet aux lecteurs de lever le voile sur les rouages et les ficelles de ces jeux sordides bien avant qu’ils ne connaissent leur succès malsain et leurs heures glorieuses.

S’il y a un enseignement à tirer de l’Histoire, c’est celui de la manipulation des masses.

Faire du tyran (en devenir) le héros de ce tome permet, dans une ambiguïté coupable, de faire naître chez nous une certaine empathie face à sa gaucherie évidente et sa sensibilité inattendue. Il n’en demeure pas moins que son esprit d’élève ambitieux se montre d’une ingéniosité folle quand il s’agit de rendre faire des Hunger games le plus sordide des spectacles. Snow oscille entre le bon petit citoyen en mal de reconnaissance et avide d’ascension sociale et le jeune homme fragile et délicat qui le rend presque sympathique à nos yeux. Quant aux jeux, s’ils se déroulent traditionnellement dans l’arène, tel un effet miroir, ils semblent aussi dans cet opus se jouer ailleurs et entre ceux-là même qui tirent les ficelles de marionnettes bien tristes.

Quel plaisir que de tourner les pages de ce préquel que j’attendais avec impatience. L’immersion fonctionne, dès les premières lignes, et Suzanne Collins réussit le pari de convaincre sans ennuyer ni donner dans le récit facile d’un texte bien fade à côté de la trilogie à succès. L’envie quasi instantanée de relire cette série – qui verra blanchir les boucles blondes de Snow devenu le Président du Capitole – ne fera que confirmer toute la noirceur en germe de ce personnage prêt à tout pour parvenir à ses fins. Des retrouvailles captivantes et follement réjouissantes.

Ma chronique de la trilogie: Hunger Games

Hunger Games – La ballade du serpent et de l’oiseau chanteur 
de Suzanne Collins
Traduit de l’anglais (USA) par Guillaume Fournier
Éditions Pocket Jeunesse
19,90€ / 560 pages / 2020
Dystopie – Que jeunesse se fasse

16 réflexions au sujet de « Hunger Games – La ballade du serpent et de l’oiseau chanteur – Suzanne Collins »

    1. J’avais lu les livres avant de regarder les films (que j’ai beaucoup aimés également) et j’ai vraiment pris un plaisir fou à les dévorer (en quelques jours à peine, impossible de les reposer.) Avant ça, je n’avais lu aucune dystopie, ce qui a beaucoup changé depuis que c’est au programme pour mes 3e. Et je dois bien avouer que j’y ai vraiment pris goût, tant pour les aspects politiques qui s’y glisse que pour les enjeux moraux. Bon le plus effrayant reste le fait que certains textes dystopiques deviennent un peu trop proches de notre actualité (non non, je te rassure, aucun lien entre Hunger Games et ma rentrée ^^)

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    1. Absolument. Il faut dire que ce tome 0 peut se lire sans avoir lu la trilogie. Le fait de l’avoir fait nous permet juste de regarder différemment le héros car nous connaissons son destin. Et puis je ne l’ai pas lue il y a si longtemps.5 ou 6 ans peut-être et elle m’a marquée.

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