L'Art du Roman·Que jeunesse se fasse...

Quand vient la vague – Manon Fargetton & Jean-Christophe Tixier

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Je trouve mon cocon familial tellement rassurant. Je me dis qu’un jour, tout ceci ne sera plus que des souvenirs heureux auxquels je m’accrocherai quand mon existence sera chahutée par un avis de tempête.

L’eau salé, la plage, le surf. Attendre le bon moment, affiner ses performances, se réjouir de ses prouesses sur la vague à dompter. Sauf que la vague dans ce roman n’est pas seulement celle sur laquelle Clément oublie tout en équilibre sur sa planche. Celle-ci est bien douce comparée à celle qui est venue bouleverser son adolescence. Peu de ses amis osent aborder le sujet, mais parfois son nom est prononcé. Son drame a un visage, celui d’une sœur aînée portée disparue.

Depuis, sa famille a quelque chose de bancal, chacun jouant le jeu de sauver les apparences. Jusqu’au jour où Clément décide de comprendre, de tenter de répondre aux mille questions qui le taraudent et qu’il a voulu étouffer depuis le jour maudit… Sa manière à lui, certes tardive, de faire son deuil et d’aller de l’avant, sans faux-semblants, quitte à remuer les souvenirs douloureux, quitte à réveiller les secrets qui dérangent.

Et les livres dans tout ça? Ils permettent d’expérimenter tout ce qu’on n’aura pas le temps de vivre.

Écrit à quatre mains, Quand vient la vague relate une histoire de famille brisée par la perte d’une enfant. Clément prend en charge le récit de sa quête et nous livre ainsi le fruit de ses recherches. Quelle surprise est la nôtre, lorsque nous nous trouvons, dès le deuxième chapitre, face à la voix de sa sœur disparue qui surgit comme deuxième narratrice. Les réponses se dessinent ainsi au fur et à mesure de l’alternance des voix, celle de l’avant, portée par Nina et celle de l’après, portée par Clément.

Je laisse filer ses deux premières phrases qu’en d’autres circonstances j’aurais pu juger pessimistes, et saisis la troisième. Oui, on est deux et, à cet instant, je m’accroche à lui comme un naufragé à une bille de bois.

Voilà un roman qui a la teneur d’un petit film estival plaisant en ayant le gros avantage de ne pas céder à la facilité d’un final en happy-end qui lui ferait perdre de sa force et de sa crédibilité… Il dresse un portrait de famille qui n’a pas eu que des jours glorieux et fait se confronter le monde des adultes à celui des adolescents. L’on distinguera alors deux manières d’affronter la vérité et d’assumer ses choix, sans sombrer dans un manichéïsme primaire. Et quand la fougue adolescente s’en prend aux contradictions de la vie d’adulte, la réalité a tout d’une déferlante qui emporte les illusions et lève le voile sur ce qu’on préfère parfois taire, à tort ou à raison.

BO des pages tournées: La Marée haute – Lhasa

Jean-Christophe Tixier au milieu des livres: La Traversée

Quand vient la vague de Manon Fargetton & Jean-Christophe Tixier
Éditions Rageot
15,90 € /  268 pages / 2019

Littérature jeunesse – L’Art du roman

5 réflexions au sujet de « Quand vient la vague – Manon Fargetton & Jean-Christophe Tixier »

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