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Sacrées Sorcières – Roald Dahl

Certaines choses sont trop horribles pour être racontées.

Du jour au lendemain, sa vie bascule. Une légère blessure au front mais un vide immense dans le cœur. Devenu orphelin, le voilà recueilli par sa grand-mère, une norvégienne qui fume le cigare aussi souvent qu’elle raconte des histoires. Son sujet de prédilection ? Les sorcières. Pas les laides au nez crochu parsemé de verrues non… Mais plutôt celles qui se fondent dans votre quotidien et que l’on prendrait pour des femmes ordinaires en les croisant sans trop y prêter attention. Ces sorcières-là sont les pires et autant dire qu’il faut s’en méfier comme de la peste.

On ne peut jamais être absolument sûr qu’une femme n’est pas une sorcière, juste au premier coup d’oeil. Mais si une femme porte des gants et une perruque, si elle a de grandes narines et des yeux de glace et de feu, et si ses dents sont légèrement teintées de bleu… alors file à l’autre bout du monde !

D’histoire en histoire, notre héros curieux boit les paroles de cette grand-mère très loquace qui en connaît un rayon sur le sujet. Disparitions d’enfants, enlèvements, métamorphoses incongrues… Autant d’anecdotes pour se donner des frissons et se préparer au mieux à déjouer les ruses de ces femmes perfides. En théorie, rien de bien compliqué, mais en pratique, les choses ne sont pas si évidentes qu’il n’y paraît…

Et inévitablement, un beau jour, par le plus étonnant des hasards, ce petit-fils pourtant averti se retrouve au milieu d’un congrès de jeunes femmes qui ont bien trop de points communs avec les récits de sa grand-mère pour ne pas sentir son cœur s’emballer… En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il se retrouve pris au piège, entouré par les pires harpies de la ville de Londres… Et quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il découvre le vrai visage de leur grande cheffe: la Grandissime sorcière qui sous le trait de Quentin Blake aura de quoi faire trembler les jeunes lecteurs en mal de frayeurs. Une seule question s’impose à lui: comment leur échapper maintenant qu’elles l’ont reniflé?

Un enfant par semaine, cela représente cinquante-deux enfants par an. Un tour, deux tours de moulinette et hop! … plus d’enfant!

Quand un roman de Roald Dahl se retrouve entre vos mains, vous réveillez aussitôt l’enfant que vous étiez en renouant avec vos dix ans. Quelle joie grisante que de replonger dans son univers loufoque et plein d’humour, en vous enivrant de ses récits bien plus envoûtants que n’importe quelle potion magique. On en redemande à peine le livre refermé et l’on saisit à quel point l’amour des mots, de l’imaginaire galopant, du plaisir de conter est au cœur de son œuvre.

Et comme souvent, derrière l’amusement et le goût du rire, le grave se fait plus tendre laissant aussi au sérieux la possibilité de trouver sa voix/voie. C’est d’ailleurs à petites touches que l’auteur glisse au fil des lignes des réflexions plus profondes sur l’acceptation de soi, de l’autre dans toute sa pluralité, dans toute sa singularité. Lire Dahl, c’est s’offrir incontestablement une plume intelligente, facétieuse et pleine d’entrain, c’est se prendre une bouffée d’enfance à pleine page et à pleins poumons et c’est se rappeler combien la littérature de cette envergure n’a pas d’âge. Un amusement de tous les instants.

Sacrées Sorcières de Roald Dahl
Traduit de l’anglais par Marie Saint Dizier & Raymond Farré
Illustré par Quentin Blake.
Gallimard jeunesse, dans la collection Folio Junior
8,90€ / 240 pages / 2016
(Dans cette édition.)
ISBN
: 9782070601592
Lire l’ailleurs – Littérature anglaise

20 réflexions au sujet de « Sacrées Sorcières – Roald Dahl »

  1. je vais me faire des ennemis mais bizarrement, je n’ai jamais trop été attirée par l’auteur, je le conseille beaucoup, ma fille a lu les titres les plus connus (à 8 ans je dirais) mais j’ai toujours du mal avec l’imaginaire, … Mais ça marche auprès des élèves (cette année il n’y aura ni monstres ni sorcières pour mes 6è, pas eu le temps!)

    Aimé par 1 personne

    1. J’aurais du mal à te répondre avec exactitude. Je dirais entre 10 et 12 ans… Pas de souvenir de peur, mais j’avais plutôt commencé avec Dahl avec Charlie et la Chocolaterie et La Potion magique de G.Bouillon…

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  2. J’ai été refroidie par certaines choses lues sur l’auteur après ma relecture de « Charlie et la chocolaterie » (je cherchais des explications sur les Oompas-lumpas qui sont des personnages dont la description est très choquante). Je n’ai pas trop accroché à ce livre sinon.

    Aimé par 1 personne

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