BD de la semaine·Neuvième art

Monsieur Jules – Aurélien Ducoudray & Arno Monin

-Tu dors pas Jules?
-Jamais entre cinq et sept heures du matin.
– Pourquoi?
-Parce que c’est là que les choses arrivent…

Dans la maison de monsieur Jules, les gémissements coquins et les corps qui exultent offrent une symphonie sexuelle qui ne manque pas d’enthousiasme et de piquant. Derrière les portes closes, on s’offre la petite mort avec les fleurs du pavé, les reines du ruban. Solange ou Brigitte sont de celles-là. De celles qui vendent leur corps contre des billets ou des paniers de légumes, de celles qui se consomment un peu trop vite ou trop souvent.

Derrière sa barbe blanche et son regard sombre, monsieur Jules, rentier pour dames devant l’Éternel, supervise sa petite entreprise avec un professionnalisme aussi exemplaire qu’immoral. Une tendresse évidente s’est installée entre le vieil homme bourru et ses locataires. Plus par nostalgie que par altruisme ou grandeur d’âme. Âme damnée, résignée , il garde en lui le souvenir d’une jeune femme blonde qui enjolivait la rue et qui lui a ravi le cœur. Attaché à son quartier, à la chambre éternellement vide, aux souvenirs douloureux, il mène son affaire à l’ancienne et se montre curieusement très protecteur envers ces femmes qui font les cent pas sous les réverbères du quartier.

– Elle est toujours comme ça ta femme?
– C’est pas ma femme. C’est la femme de tout le monde.

Monin et Ducoudray dépeignent la vie d’un petit quartier perdu entre un monde dépassé et un univers en constante évolution. Si les habitants semblent se fondre dans le décor qui leur va comme un gant, ils donnent aussi l’impression d’être prisonniers d’une vie routinière que la modernité vient chahuter en leur rappelant que le monde change et ne les a pas attendus pour cela. Cette communauté racontée et dessinée a un charme joliment désuet qui rend plaisante la lecture malgré un certain manque de rythme dans le travail scénaristique. On se prend ainsi de plein fouet l’accélération soudaine de l’intrigue à la fin de l’album et tout cela paraît un peu trop précipité pour être absolument convaincant.

– Je t’aime.
– Tu mens.
– Oui, mais c’est parce que je t’aime.

J’avoue avoir été bien plus sensible au trait de Monin que j’ai découvert avec l’Adoption. Dès les premières planches, les retrouvailles tiennent leurs promesses et la diversité narrative qu’offrent ses cases m’a définitivement conquise. Belle mise en scène soulignée par des jeux d’ombres et lumières tamisées, palette de couleurs qui oscillent entre des choix très convenus ou particulièrement audacieux, tout ce travail graphique brillamment mené est un motif suffisant pour se perdre dans les rues de ce quartier trop calme et tranquille qui deviendra le sombre théâtre d’affaires peu scrupuleuses qui dépasseront leurs principaux acteurs…

Les chroniques de Noukette.

Le blog d’Arno Monin

BO des pages tournées: L – Raphaële Lannadère Ma Petite

Monsieur Jules – Aurélien Ducoudray & Arno Monin

Bamboo – Grand Angle

ISBN: 978-2-81896-740-9

88 pages /  16,90€

2019

Noukette

 

23 réflexions au sujet de « Monsieur Jules – Aurélien Ducoudray & Arno Monin »

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