Je lis des albums·Que jeunesse se fasse...

L’Autre Pays – Ingrid Chabbert & Guridi

Ça en fait du monde pour un lundi comme les autres. Il y a des sourires qui s’échangent, des larmes qu’on essuie sur la joue de son voisin et des mains qui s’étreignent dans le silence.

L’autre pays n’a pas de nom. On sait seulement de lui qu’il est une terre. D’asile. D’exil.

Ceux qui provoquent le départ n’ont pas de visages. On sait seulement qu’ils vous arrachent à vos racines. Cruels. Impitoyables.

L’enfant de ces pages incarne à lui seul bien des voix réduites au silence. Son pays n’est plus qu’obscurité, bruit et dévastation. Les raisons qui le poussent vers l’ailleurs se résument ainsi: échapper au pire, espérer le mieux. Alors un jour, on défie l’angoisse qui tiraille le ventre et l’on se décide à partir, quel qu’en soit le prix. On confie ce qu’il reste en soi d’espoir, de force  et de courage pour suivre des routes escarpées, se nicher dans des radeaux de fortune regagner d’autres rivages. Et si les valises s’emplissent d’un maigre échantillon de vie, leur poids semble bien léger à côté de la violence de la douleur du départ, bien plus lourde puisque l’on sous-estimera toujours la place prise par le doute et l’incertitude dans ce terrifiant périple-là.

Derrière la cloison au papier peint jauni, il entend ses parents s’agiter. Et le cliquetis des valises que l’on ferme.

Pour traduire cette atmosphère, Gurudi n’utilise qu’une palette très sobre et sombre de couleurs qu’il distille sur les grandes pages blanches de l’album. Du noir au gris, de l’obscur au plus lumineux, il n’est nul besoin pour lui d’enjoliver la réalité ou de la mettre à distance par le biais de métaphores poétiques. Ville en ruines, longues marches des exilés, pages saturées d’ombres, barbelés inhospitaliers: s’il faut donner à réfléchir, s’il faut faire naître les questionnements chez le lecteur, autant dire le réel tel qu’il s’impose à ceux qui le subissent de plein fouet…

A l’heure où les plus grands ont planché sur les sacro-saints sujets de philosophie du mois de juin, la collection La Question – Album philo – de chez Frimousse laisse aussi le soin aux plus jeunes de réfléchir à un fait de société des plus dramatiques. Aux commandes, Ingrid Chabbert – qu’aucune question délicate n’effraie – se frotte à la si douloureuse question de ces exilés qui font le choix de partir. Les mots sont d’une empathie évidente et invitent à l’échange, la discussion, en espérant pouvoir éveiller les consciences et – espérons-le – fédérer chacun de nous autour d’un bel élan solidaire. Un album engagé qui contribue à accompagner intelligemment le regard que l’enfant pose sur le monde des adultes.

Et pour les plus grands: lisez le poétique Le promeneur d’ Alep de Niroz Malek.

L’Autre Pays Ingrid Chabbert & Guridi

Éditions Frimousse

Collection La Question, album philo

32 pages 18€

ISBN:978-2352413844

Février 2019

Dès 7 ans

 

 

Publicités

6 réflexions au sujet de « L’Autre Pays – Ingrid Chabbert & Guridi »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s