L'Art du récit·Lire l'ailleurs.

Le Garçon sauvage – Paolo Cognetti

Je pourrais me libérer de tout, sauf de la solitude.

Arrivé à l’âge des remises en question et des crises existentielles, le narrateur a besoin d’un nouveau souffle dans sa vie alors qu’il ne parvient plus à lire et encore moins à écrire. Las, fatigué, il décide de faire faux-bond à ses désillusions et son mal-être pour gagner le territoire théâtre de ses souvenirs d’enfant: la montagne, grande, belle, majestueuse. Celle qui impose sa cadence, ses refuges, sa musique et ses contraintes.

C’était la lettre d’adieu d’un homme qui ne trouvait plus ses mots et qui les avait remplacés par le bois et la pierre.

Porté par les textes des écrivains comme Thoreau, intimement touché par le destin de  Chris McCandless, il veut à son tour éprouver la nature dans sa rudesse et sa faculté à le couper du monde qu’il cherche à fuir. L’expérience, assurément moins éprouvante que celle du héros d’Into the wild n’en n’est pas moins dépaysante. Nous le suivons ainsi sur les sentiers caillouteux, respirons l’air d’une montagne qui sait aussi se montrer accueillante et nous accompagnons le narrateur en nous laissant guider par ses monologues intérieurs, nourris par la contemplation et l’introspection.

Pour moi qui depuis tout petit voyais la montagne comme un grand champ de ruines, le présent se résumait depuis longtemps à un tas de morceaux que nul ne pouvait plus recoller.

Pour savourer cette escapade au cœur de cette nature-là, il faut savoir aimer les récits sans rebondissements spectaculaires, la langue française ponctuée par la douceur de l’italien chantant,  il faut savoir être à l’écoute des mots qui comblent les silences errants et se montrer sensible à la poésie de la route et des chemins escarpés. En apprivoisant sa nouvelle solitude, le narrateur redécouvre la timide beauté des matins, la fraîcheur inattendue des soirs d’été, le plaisir de trouver quelqu’un sur son chemin, l’étonnement des liens pudiques qui se tissent là où on ne les attend plus. Un  dépaysant ravissement digne d’une belle lecture estivale.

Mais tout ce qu’il avait, c’était cette herbe avec laquelle il engraissait les vaches des autres et des rêves éveillés pour des nuits à n’en plus finir.

Un roman à emporter dans un sac à dos.

Le Garçon sauvageCarnet de montagne –  Paolo Cognetti

Traduit par Anita Rochedy

Éditions 10-18

Initialement paru aux Éditions ZOE

144 pages / 6€10

Août 2017

ISBN: 978-2264070081

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24 réflexions au sujet de « Le Garçon sauvage – Paolo Cognetti »

      1. Ce serait avec plaisir ! C’est adorable Fanny. Rien d’urgent toutefois, ne retourne pas tes cartons pour cela tu sais… (En revanche, je peux être un peu longue à le lire avant de te le renvoyer. Ce n’est pas grave?)

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