Et mon coeur fait boum·L'Art du Roman·Lire l'ailleurs.

Les Saltimbanques ordinaires – Eimear McBride

J’avance. Les voitures avancent. Denses, phares inclinés. La ville s’ouvre dans mon dos. Voici donc la vie et la morsure qui marquera le début de la mienne.

Eily, exilée irlandaise portée par l’euphorie des promesses grisantes de Londres. Stephen anglais brisé – insolemment charmant – qui ferait frémir d’admiration et de stupeur tous les Don Juan de pacotille.

Les Saltimbanques ordinaires ou l’histoire de leur rencontre. Celle d’une comédienne dont l’avenir sur les planches reste à écrire et d’un comédien qui s’est trouvé là où personne ne l’attendait plus. Elle a dix huit ans, il tutoie la quarantaine. Une Lolita après l’heure qui va violemment entrer dans le monde sombre et impitoyable des adultes. L’innocence offerte aux bourreaux des corps des nuits londoniennes. Les rues de cette ville y sentent le tabac froid, les corps qui luisent et suintent, le foutre et l’alcool arrosés d’une mélancolie destructrice.

L’appartement de l’homme aimé qui grise et brise en devient presque un doux cocon s’il se voit associé à la débauche et aux plaisirs coupables. Qu’importe le reste puisque tout lui paraît plus intense quand elle pousse la porte pour le retrouver.

La vie se fraye un chemin sans tenir compte des convenances, quelles qu’elles soient.

Les Saltimbanques ordinaires est un roman qui transpire le sexe, déborde d’alcool et se dévore comme on sniffe un rail de coke. Des pages sombres et voluptueuses où le corps se raconte sans pudeur avant de laisser surgir les voix des âmes brisées et salies. L’une se construit sur un terrain fragile et fissuré, l’autre doit renoncer à sa descente aux enfers sans y entraîner trop vite celle qui s’aventure à ses côtés.

On est au bord du gouffre. On saute, pour voir où ça nous mène.

Il faudra quelques pages pour se familiariser avec le mélange parfois étrange de la narration et du dialogue qui se fout allégrement des conventions rédactionnelles. Monologues intérieurs, pensées furtives, échanges vifs, récit saccadé: ce roman a de temps à autre une syntaxe chahutée, à l’image de ses héros écorchés vifs.

Effondre-toi ou évanouis-toi. Avec un peu de chance, tu pourrais mourir. Tiens-toi le plus loin possible de l’éveil. C’est la seule liberté qui te reste.

Indéniablement ce texte trouvera ses lecteurs. En ce qui me concerne, il est venu me saisir, m’a laissé corner bien des pages pour ancrer tant de passages qui mériteraient d’être retranscrits ici. Sous cette sublime couverture, entre les roses et les gouttes de sang, les mots d’Eimear McBride piquent comme des épines. Face à l’abject, à l’impensable, à la violence, deux héros se perdent et se débattent. L’un avec son passé, l’autre avec son avenir. On attend la lumière, on guette l’espoir noyé dans une plaie béante. Une œuvre haletante, charnelle, passionnée et passionnante.

C’était ça le pire. La baise de masse. […] J’ai fait ça jusqu’à ne plus rien ressentir, jusqu’à ce que ça n’ait plus la moindre importance. Mon Dieu les gens. Ce qu’ils vous laissent faire. Mais je l’ai fait, j’aurais fait n’importe quoi pour masquer mon chagrin.

Un roman comme un billet d’aller sans retour pour Londres.

Pour vos oreilles : London Calling The Clash (Of course)

Les Saltimbanques ordinaires – Eimear McBride

Traduit par Laetitia Devaux

Éditions Buchet Chastel

375 pages / 22€

ISBN: 978-2-283-03020-2

Avril 2018

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27 réflexions au sujet de « Les Saltimbanques ordinaires – Eimear McBride »

  1. Je reprends ce que tu dis dans le commentaire ci-dessus: je suis aussi attirée par les écorchés et leur vie tragique.
    Cette phrase est assez marquante pour que je note le livre: « un roman qui transpire le sexe, déborde d’alcool et se dévore comme on sniffe un rail de coke « 

    Aimé par 1 personne

    1. Je n’allais pas te resservir une « comédie romantique » toute mignonne t’sais. J’ai compris comment appâter le client ! (Avec ou sans coke) Et je veux lire son premier roman maintenant! Qui plus est après ton commentaire…)

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  2. Wouahhhh ….prévu très prochainement…offert par ma fille pour la Fête des Mères…..😍😍😍🤔 J’adore la couverture un peu décalée par rapport au contenu il me semble…. Elle aussi avait beaucoup aimé….J’ai hâte….

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