Et mon coeur fait boum·L'Art du Roman

Là-bas, août est un mois d’Automne – Bruno Pellegrino

Quand je lève les yeux, je vois simplement des arbres, là où Gustave et Madeleine voyaient des tilleuls, des aulnes, des acacias, des érables. J’écris sur ces gens qui étaient capables de nommer les choses, les fleurs et les bêtes, alors que j’ai besoin d’une application sur mon téléphone qui identifie les oiseaux par leur chant, les plantes par leurs feuilles.

Hommes, femmes, jeunes et vieux: ils ont grandi dans cette demeure séculaire et y ont vu mourir les anciens. Les années passent, la maison se vide et l’on se résout aux adieux. Ne reste désormais que Madeleine et Gustave, maîtres de la maison, gardiens des souvenirs. Sans enfant, cette minuscule fratrie fait presque partie des meubles, ces deux êtres solitaires se faisant prolongement des arbres et des végétaux qu’ils observent et entretiennent avec passion et sérénité.

Il faut qu’elle soit solide pour accueillir son frère défait. Ce n’est ni la première ni sans doute la dernière fois qu’il lui reviendra à elle, la sœur, de le ramasser à la petite cuillère.

Entre eux se tisse un lien que seule la mort viendra altérer. Elle veille sur lui, lui assure un quotidien agréable et doux. Il adore sa soeur d’un amour distant et pudique. Et quand il s’absente, il sait qu’il la retrouvera. Parce qu’il s’échappe parfois, ce frère fragile, ce frère solitaire.

On pourrait croire que c’est à cause de la maison; que c’est la maison qui les garde jalousement, les veut toutes pour elle seule – parce qu’il doit y avoir pas loin d’un siècle que personne n’est né ici, alors qu’on ne compte plus les morts et les mortes.

Photographe et poète, Gustave saisit chaque petit détail du monde, chaque bruit, chaque odeur. Il noircit des pages blanches au rythme saccadé des touches de sa machine à écrire. Ces années relatées sont celles de l’écriture de son dernier manuscrit, de ses peurs, de ses yeux qui regardent avec un désir discret et contenu les corps des hommes, de ses échecs, de ses succès d’écrivain. Avec, dans l’ombre, une sœur lumineuse, résolument moderne qui veille, paisiblement.

Gustave entend craquer son cœur. Il n’est plus très sûr de faire la différence entre le dedans et le dehors.

Quand Bruno Pellegrino s’attache à relater l’histoire romancée du poète suisse Gustave Roud, c’est sous une plume végétale et délicate qu’il trace les sillons d’une histoire familiale. L’écriture – presque naturaliste  – donne parfois à la flore les allures d’une serre zolienne à la fois sauvage et habilement domptée. Dans ce roman, les saisons imposent leur lente cadence, la vie n’a d’autre rythme que celui que la nature lui dicte.

Les éditions Zoé ont cette force: celle de proposer des romans à l’atmosphère unique. Après le merveilleux Un hiver à Sokcho d’Elisa Sha Dusapin, je succombe au charme fou du récit – certes un poil contemplatif – de Bruno Pellegrino qui impose sa beauté littéraire – très XIXe – incontestable. Un roman lent et plein de grâce qui enrobe la campagne suisse d’une lumière singulière, d’un souffle poétique puissant.

Un livre à lire quelle que soit la saison.

Là-bas, août est un mois d’Automne – Bruno Pellegrino

Editions ZOE

Rentrée littéraire Janvier 2018

4 Janvier 2018

ISBN: 978-2-88927-507-8

224 pages / 17€

 

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33 réflexions au sujet de « Là-bas, août est un mois d’Automne – Bruno Pellegrino »

    1. Je n’ai lu qu’un Hiver…. et j’avais été conquise. Je suis consciente que ce sujet soit « moins accrocheur » qu’une histoire d’amour mais cette relation frère/soeur m’a beaucoup touchée. Mais comme je le disais sur FB avec Eglantine (qui n’a pas aimé du tout) c’est un peu quitte ou double avec ce genre d’histoire.

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