L'Art du Roman·Que jeunesse se fasse...

Strada Zambila – Fanny Chartres

Ilinca est roumaine et vit au cœur de la grande Bucarest avec sa petite sœur Zoé. A la différence des enfants de leur âge, elles traversent une période qui met à mal leur équilibre familial puisqu’elles vivent – pour une durée encore indéterminée – chez leurs grands-parents qui les accueillent pendant que leur mère et leur père traversent les frontières avec courage et force dans l’espoir d’un mieux être, d’un mieux vivre… Les voilà désormais en France pour voir si l’herbe normande est plus verte qu’en Roumanie. Si la séparation laisse un goût amer et semble constellée d’incompréhensions et de doutes, l’idée que cet éloignement n’est que temporaire apaise les rancœurs avec le baume de l’illusion.

Parfois, je l’envie. Je voudrais me faire comprendre d’un simple regard et ne pas devoir écouter les mots qui font mal. Je crois que ma grand-mère « entend » ce que je ressens. Elle a pris l’habitude de me laisser des petits mots dans des endroits que je suis la seule à connaître.

Adolescente curieuse, Ilinca compense le manque et dompte sa colère en s’impliquant dans un projet scolaire mêlant photographie et poésie. Elle se retrouve alors à travailler avec le talentueux Florin, amoureux des mots et des vers… L’alchimie créatrice est quasi immédiate et leur duo les guide dans les rues de l’immense Bucarest. Grandes avenues, sites historiques, petits quartiers qui ne demandent qu’à être explorés: les recoins ne manquent pas et les idées fleurissent comme jaillissent les fleurs sur les robes de ces femmes aux tenues colorées que l’on regarde de haut avec les yeux du mépris et de la condescendance. Ilinca comprend vite que Florin appartient à la communauté des Roms, particulièrement décriée et rejetée en Roumanie. Derrière le filtre photographique, ce projet la conduit à voir au-delà des mots, au-delà des préjugés qui se nourrissent de peur et de bêtise.

Mes bras sont trop jeunes pour soulager sa peine. Ceux de Florin, trop nouveaux. Et ceux de mes grands-parents, trop frêles.

Quelle place accorder à l’autre dans son chez soi, dans ses ailleurs?  Voilà un premier roman jeunesse qui m’a renvoyée dans les rues de cette étonnante ville de Bucarest découverte il y a désormais deux étés. Dans un style fluide, sans fioriture ni apprêt, Fanny Chartres nous plonge dans une histoire d’adolescents teintée d’une réflexion sur la différence et l’étranger. A cette première intrigue s’ajoute un douloureux secret qui vient rendre l’éloignement plus difficile encore…

Fanny Chartres n’hésite pas à insuffler, dans chacun de ses personnages, des voix plurielles, des propos durs, des discours contradictoires, des remarques enfantines dont la naïveté apparente soulève toutefois de grandes questions – souvent au cœur de débats douteux et obscurs. Loin d’elle l’idée de jouer les moralistes mais l’histoire met en parallèle deux situations qui trouvent en chacune d’elles des résonances. En France, les parents sont dans la position des étrangers, des immigrés. En Roumanie, ils sont chez eux et leur discours à l’égard des Roms – population qu’ils ne jugent pas fréquentable – n’échappe pas toujours aux raccourcis faciles… (J’aurais à ce propos, volontiers apprécié de trouver plus d’éléments concernant la vie des parents en France pour équilibrer les deux récits.)

Ce roman pose ainsi les premiers jalons d’une réflexion qui demandera être approfondie et à faire naître les échanges avec les plus jeunes. En s’ouvrant à l’autre, l’héroïne se trouve un peu et conduit son entourage à passer le cap parfois difficile et hermétique des préjugés qui cimentent les esprits. Un roman comme un tremplin vers le dialogue et la découverte de l’autre, en toute tolérance et simplicité.

Mes souvenirs de Bucarest

Strada Zambila – Fanny Chartres

Illustration de couverture: Iris de Moüy

École des Loisirs – Neuf

9€50 – 214 pages

Janvier 2017

Dès 9 ans.

ISBN: 978-2-211-23117-6

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18 réflexions au sujet de « Strada Zambila – Fanny Chartres »

  1. Dès 9 ans ? Pfiou, l’histoire me semble un brin alambiquée tout de même. Pourtant le sujet m’intéresse et je suis certaine que mon petit lecteur y serait réceptif.
    Bon, nous sommes en vacances la semaine prochaine. Ca m’étonnerait fortement qu’il n’y ait pas une virée à la librairie (ils ralent mes tornades… paraît qu’ils ont « rien à lire ! »… mouarf)
    Merci madame. Jolie journée à toi ❤

    J'aime

    1. C’est ce qu’indique le site éditeur (et je n’ai de référence que celle-ci.) La lecture que j’en fais semble un peu plus « politique » qu’il n’y paraît… L’histoire ne semble pas vraiment complexe et l’écriture est vraiment très accessible. A voir pour ton petit lecteur… Belle journée également ma Mo ! ❤

      Aimé par 1 personne

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