Neuvième art

Polina – Bastien Vivès

Elle est à l’âge où l’on peut encore façonner les corps comme un bloc d’argile: malgré quelques raideurs, son manque de souplesse n’empêchera pas qu’on la remarque au milieu des jeunes filles qui partagent toutes les mêmes rêves de chorégraphie et de ballet.

Même si tu as mal, surtout, ne le montre pas. Les gens ne voient pas ce qu’on ne leur montre pas.

Polina semble déjà porter en elle ce souffle de grâce qui ne demande qu’à grandir, cette force incroyable qui impose l’admiration, cette capacité à masquer les douleurs. Dans un milieu où la beauté du geste prévaut sur la dureté des répétitions qui permettent de s’approcher chaque jour un peu plus de la perfection, Polina trouve progressivement sa place. Elle finit par être prise en main par Bojinsky, professeur charismatique aussi adulé que craint par ses élèves tant sa réputation d’homme glacial et intransigeant le devance et suscite l’appréhension. Un lien singulier se tisse entre eux malgré la distance de rigueur entre ces amoureux des arabesques et des pas chassés. Polina gardera longtemps en elle l’aura austère du maître inflexible, mais elle apprendra aussi à s’émanciper de cette figure paternelle pour suivre – à tort ou à raison – d’autres voies.

Il ne sert à rien d’aller le plus haut possible si on ne prend pas le temps de contempler. Alors quand vous êtes en haut, prenez votre temps.

Ce sont ses années de travail et d’apprentissage que nous suivons au fil des pages. Cours, répétitions, auditions: une routine de la rigueur, un quotidien d’éternel recommencement. Polina grandit avec le sérieux que l’on attend d’elle mais n’en demeure pas moins une jeune fille amoureuse de la vie, qui se laisse prendre aux jeux des émois amoureux, des virées entre amis, des festivals où elle espère un jour prendre la place des danseurs sur les planches des théâtres. Droite et déterminée, elle n’aura de cesse de faire les choix qui lui permettront de gravir les échelons du prestige. Un parcours tumultueux, fait de déconvenues et de réussites, de succès et d’échecs.

Après Le Goût du chlore (que je n’ai d’ailleurs jamais chroniqué) je découvre le fameux Polina de Bastien Vivès que je souhaitais lire depuis longtemps. J’ai lu ces pages d’une traite en me plongeant dans ce milieu particulièrement exigeant et coriace qui me semble assez proche de l’image que je me fais du monde de la danse classique. Si j’avoue ne pas être spécialement touchée par le trait de Vivès, extrêmement froid et flou, je trouve intéressant qu’un dessin aussi évasif que le sien se frotte à cet art aussi rigoureux que la danse. L’alliance improbable des deux ne convaincra assurément pas tous les lecteurs mais voilà une approche qui a le mérite d’être audacieuse pour rendre grâce à cette beauté froide.

Il faut être souple si vous voulez espérer un jour devenir danseuse. Si vous n’êtes pas souple à 6 ans, vous le serez encore moins à 16 ans. La souplesse et la grâce ne s’apprennent pas. C’est un don. Suivante…

Les chroniques de Noctenbule, d’OliV, Noukette et Yvan. (Et merci à ma Brune plus si brune pour le prêt.♥)

Une BD qui vient d’être adaptée au cinéma… Quelqu’un est allé voir le film Polina, danser sa vie?

D’autres suggestions de lecture sur le sport en littérature? C’est ici!

PolinaBastien Vivès

Éditions Casterman

Collection KSTR

Mars 2011

210 p / 20€

Dès 12 ans.

ISBN:978-2-203-02613-1

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33 réflexions au sujet de « Polina – Bastien Vivès »

    1. Je n’ai aucune (mais alors vraiment aucune 😉 ) affinité avec la danse (ou alors un poil avinée lors de soirées très festives). Je ne vais pas jusqu’à parler de coup de coeur mais j’ai aimé voir grandir Polina dans ce milieu complexe et souvent très difficile. Un bel album.
      Tu iras voir le film ?

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  1. J’avais adoré cette bd , beaucoup aimé ce coup de crayon en pleins et en déliés, élégant et un peu elliptique, et apprécié comme assez juste l’évocation des milieux de la danse que je connais un peu ( milieux de l’art =une exigence permanente qui finit par te rentrer dans la peau, sans jeux de mots =parfois une difficulté à mettre ça de côté pour profiter de la vie au sens large= une bénédiction et une malédiction dans le même temps)

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  2. Mes rapports avec la danse est compliquée (plus simple avec un peu d’alcool)mais je crois que j’aimerais cette BD . Je me suis toujours questionnée sur les souffrances qu’on impose aux petites filles qui veulent faire de la danse classique.

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  3. Toi aussi tu lis ce titre bien après coup. J’ai une collègue qui vient de l’acheter et qui me le prêtera bientôt. Je ne sais pas pourquoi, malgré les avis dithyrambiques, je ne suis jamais parvenue à faire le pas, il y avait toujours un autre titre qui m’attirait plus que celui-ci.

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  4. On me l’avait prêté en son temps et j’avais adoré (pas pour le trait par contre). Car j’ai fait de la danse classique 7 ans, j’adorais ça, les efforts compris mais on me l’a interdit à 14 ans et ça reste un des grands regrets de ma vie (même si je n’étais pas destinée à devenir danseuse étoile^^) ; je n’avais pas fait de billet, il eût été trop lacrymal ! 😉

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  5. J’adore ta chronique malheureusement je n’ai pas lu la BD en entier justement à cause des dessins et du style dont je n’ai pas accroché TT Mais grâce à toi je pense m’y replonger car la danse m’a toujours passionné. D’ailleurs je voulais voir le film mais je n’ai pas eu le temps donc j’attends sa sortie en DVD avec impatience !

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