Que jeunesse se fasse...

Frères d’exil – Kochka

Quel plus bel écrin pour une île qu’une eau claire et turquoise? Quel plus beau cocon que celui de l’océan qui vous entoure de ses bras? Cette terre où vivent Nani et sa famille a tout d’un lieu paradisiaque et la vie ici semble infiniment douce.

On croit que les choses et les gens qui nous entourent ne changeront pas. On croit qu’on aura toujours ses parents, que les murs de nos maisons tiendront toujours, et qu’on aura toujours un toit. Il y a des moments dans la vie où ce qu’on croyait solide s’effondre

Quoi de plus terrible qu’un écrin fragile qui perd de sa splendeur? Quoi de plus désarmant que le cocon protecteur qui devient le plus terrible des pièges? La pluie ne cesse de tomber et les eaux montent, le paradis devient un enfer et les vies des habitants de l’île sont en danger. Le verdict est sans appel, face à cette menace climatique, le départ vers l’ailleurs semble être la seule solution.

Hélas, le départ – démarche ô combien difficile à concevoir – se complique… Envisager le déracinement peut-être acceptable, mais laisser une part de soi derrière soi a tout d’insurmontable. Le grand-père de Nani renonce à l’exil, trop faible et trop fragile, il se condamne à rester dans cette île, prison d’écume à rebours. Il regarde s’agiter vers le port la foule des êtres qui se préparent à un long voyage. La route de l’exil est périlleuse mais l’espoir de survivre confère au dépassement de soi. A l’aube, les adieux ont le goût de sel et de papier. Nani aura au creux son sac, de petites enveloppes pleines de mots aimants, rassurants, revigorants, de mots nostalgiques, de souvenirs d’une vie d’avant portés par les promesses de la vie d’après.

Ce périple lui fera également croiser le chemin d’un frère d’exil, compagnon inattendu dans ce voyage qui l’est tout autant. Semeio partagera avec elle la douceur des mots qui apaisent la douleur de l’arrachement. La terre natale s’apprêtant à être engloutie par les flots dévoreurs, il faut désormais trouver la terre d’accueil qui permettra à chacun de cheminer vers la reconstruction.

Si les gens du continent peinent à nous accueillir parce qu’ils craignent nos différences ou qu’ils ont peur de partager leur espace ou leur nourriture, montrons-leur que nous avons autant à leur apporter qu’à recevoir d’eux. Montrons-leur que nous leur ressemblons. Nous arrivons démunis parce que le ciel nous a tout pris, mais nous ne sommes pas des mendiants. Nous arrivons en frères libres et dignes, riches de tout ce que nous avons vécu jusqu’ici et riches d’être encore vivants.

Quand un sujet aussi délicat est traité avec autant de douceur et de raffinement, on se laisse assurément porter par ce beau récit à la sobriété gracieuse. Mesurée et fine, la plume de Kochka s’attaque à l’exil qui fait couler tant d’encre, qui fait sécréter tant de bile. La nécessité de quitter sa patrie pour survivre ne devrait assurément pas susciter autant de débat. Elle s’impose comme une évidence indiscutable. Si ce récit s’offre la beauté d’un happy-end sur ce chemin où bien des hommes perdent la vie, on ne peut nier que la réalité de l’actualité est un peu moins édulcorée.

En regard, le travail graphique de Tom Haugomat offre une juste interprétation des mots de Kochka. Là encore, la sobriété est de mise et l’on apprécie ce trait poétique qui suggère plus qu’il n’impose une image trop réaliste. La dominante bleutée crée une ambiance singulière, réchauffée par des nuances de rouge et de marron. Des choix délicats pour un roman qui, sans ambition  moralisatrice, soulève bien des réflexions et offre à ses lecteurs une formidable leçon d’humanité qui mériterait d’être partout dispensée.

Une belle lecture que je partage avec la délicieuse Mo.

Les chroniques de Nouk, Jérôme et Nadège, conquis.

Frères d’exil – Kochka

Illustration:  Tom Haugomat

Flammarion jeunesse 

Septembre 2016

12 € / 155 pages

ISBN : 978-2-08-138953-3

Rentrée littéraire 2016 3% Touche à tout 12/18
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