Coup de théâtre !·Les classiques c'est fantastique

Les Justes – Albert Camus

Ils sont là, réunis, sur le qui-vive. Unis dans l’ombre des ruelles, dans le silence des regards, dans les attentes qui précèdent l’inéluctable. La stratégie d’attaque a été finement étudiée, tout le monde connaît la place qu’il lui revient et chacun s’apprête à jouer le rôle qu’on lui a confié.

VOINOV: On risque sa vie, bien sûr, mais à tâtons, sans rien voir.

Un peu plus loin, sur la route le menant au théâtre, le Grand Duc Serge songe-t-il qu’une épée de Damoclès est suspendue aux battements de cœur qui gagnent en intensité de quelques hommes et femmes qui ont décidé de lui ôter la vie? L’attentat se prépare. Les souffles semblent suspendus au temps…

KALIAYEV: Mourir pour l’idée, c’est la seule façon d’être à la hauteur de l’idée. C’est la justification.

Ces Justes sont n’ont qu’un seul but. Celui de mener à son terme un combat contre la tyrannie qui les oppresse et qui condamne un peuple à la terreur. Au nom d’idéaux politiques, de convictions fortes teintées de socialisme révolutionnaire, Annenkof, Stepan, Yanek, Dora, Kaliayev, Voinov allient leur soif de liberté et affirment qu’ils sont désormais prêts à la défendre au péril de leur vie.

Face à un tel projet, dignité, certitudes et ferveur se doivent d’être au rendez-vous. Mais comment ne pas laisser le doute vous gagner quand vous vous apprêtez à ôter la vie d’un homme? Peut-on accepter que les mains tremblent parfois, que les esprits se drapent d’incertitude? Les positions de chacun se révèlent et les radicalismes se dessinent. Ajoutons à cela que des enjeux moraux s’invitent dans les tergiversations de ces hommes qui derrière leurs crimes voient avant tout l’espoir de leur salut et de leur libération.

VOINOV: Je ne crains rien. Je ne m’habitue pas à mentir, voilà tout.

STEPAN: Tout le monde ment. Bien mentir, voilà ce qu’il faut.

Le texte de Camus possède l’âme, la force et la beauté de ces classiques qui marquent les lecteurs. Aujourd’hui, le terrorisme a pris un autre visage et s’est invité dans le quotidien qui est le nôtre. Ici, les enjeux sont plus politiques que religieux puisqu’il est question de sortir le peuple russe des griffes d’un pouvoir qui terrifie les hommes. L’enjeu paraît dès lors curieusement plus noble, plus beau, moins fou bien que le crime s’invite aussi dans cette lutte de pouvoirs et témoigne de toute l’ambiguïté morale de l’œuvre.

KALIAYEV, avec désespoir – Il y a quelque chose de plus abject encore que d’être un criminel, c’est de forcer au crime celui qui n’est pas fait pour lui. Regardez-moi. Je vous jure que je n’étais pas fait pour tuer. 

Cette pièce soulève bien des questionnements autour de thèmes inépuisables en littérature. La question du devoir, de l’engagement (si chère à Camus), de la confiance en l’homme, de sa capacité à tuer, de la résignation, des limites d’une morale qu’il est en mesure ou non de dépasser, et de l’amour qui s’immisce dans des décisions qui en appellent autant aux pulsions qu’à la rationalité la plus froide qui soit.

A nous de trouver notre voie au cœur d’un échange passionné entre des héros tous portés par la même innocence perdue. En chacun d’eux sommeille une envie profonde de changement qui passe par cette Organisation qui les lie, les maintient debout, non sans divulguer certaines failles qui viennent secouer leurs esprits révoltés.

Une lecture qui signe ma 7e participation au Challenge des classiques chez Professeur Platypus.

Les Justes – Albert Camus

Folio

5€40 / 160 pages

ISBN:978-2070364770

7/12

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39 réflexions au sujet de « Les Justes – Albert Camus »

  1. Pas lu depuis pfiouuuuuuuuuu 20 ans, c’est trop ! Enfin, relu l’Etranger l’année dernière mais sinon, rien, quelle tristesse ! Tu me donnes drôlement envie, d’autant que les Justes ne m’a laissé aucun souvenir, si c’est pas malheureux ! Bref, il faut 😉
    Bisous copine ❤

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai du mal avec Camus. J’ai essayé de lire L’Etranger et il m’est tombé des mains. Mais je suis passionnée par la Russie et son histoire, alors je lui laisserai une deuxième chance avec Les Justes. Ta chronique est très agréable à lire et donne envie de découvrir cette pièce 🙂

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