L'Art du Roman

Dix-sept ans – Colombe Schneck

Elle a 17 ans et mène une vie confortable dans un cercle amical et familial des plus privilégiés au cœur de la bonne société parisienne. Un bac à passer à la fin de l’année et des projets à revendre. En attendant les échéances de juin, elle se plaît à batifoler avec un jeune garçon qui n’a rien du grand amour pour elle. Elle aime l’idée d’un amant de l’instant et apprécie leurs entrevues durant lesquelles leurs corps se divertissent au gré de leurs envies.

J’ai dix-sept ans et j’ai un amant. Pas un petit copain, pas un amoureux, pas un truc d’adolescente, un amant, un truc de femme. Je suis une fille libre.

Fille de médecin, Colombe Schneck a grandi dans une famille où la parole se veut libérée et où le dialogue semble possible. Parler de sexe, d’amour, de contraception, vivre sa vie en toute liberté sans compte à rendre: cela n’a rien d’impossible, d’autant que  les bons conseils lui ont été prodigués, bien loin d’une parole étouffée par les tabous d’une société qui a pourtant fait du chemin sur la condition féminine.

Mais elle a 17 ans et va pourtant tomber enceinte. Négligence, insouciance, finalement, peu importe la raison. La question de garder l’enfant ne l’effleure même pas. Trop de choses l’attendent encore et devenir mère n’est aucunement à l’ordre du jour. Réaction parentale, mots qui l’accompagnent, manière de vivre cette situation délicate… Au fil des pages, Colombe Schneck nous livre un témoignage sur cet acte qui n’aura jamais rien d’anodin. Un texte qui s’est vu surgir du silence suite à certains discours politiques particulièrement polémiques sur cette question qui malheureusement divise encore beaucoup.

On ne parle pas des choses qui fâchent. Ce jour-là, il n’a pas le choix. On parle de l’avortement. Il n’y a ni leçon de morale ni remontrances. Simplement, il nous dit que c’est le genre de choses qui rend la vie plus difficile après. Je ne l’écoute pas vraiment, je ne veux pas savoir que c’est grave. Les problèmes, dans cette vie d’alors, partent aussi vite qu’ils sont arrivés. Je veux me persuader qu’il suffit de peindre cette première fissure en blanc, qu’elle disparaîtra.

C’est finalement avec beaucoup de détachement – et parfois de légèreté – qu’elle évoque cet épisode longtemps tu auprès de ses proches. Au milieu de ce récit, la figure paternelle joue un rôle central, véhiculant un discours rassurant, apaisant, responsable. Jamais le récit ne tourne à la complainte intimiste, il reste d’ailleurs globalement dépourvu de sensibilité – voire d’émotion – dédramatisant souvent la situation et ne l’évoquant qu’en la survolant.

Avorter ce n’est pas une faute mais, comme tout accident, c’est quelque chose à soustraire dans nos vies.

Un décalage est à noter toutefois. Si l’on sent la distance assumée de l’adolescente sûre de son choix, la femme qui rédige ces lignes porte en elle avec plus de gravité cet éternel absent à qui elle s’adresse à la fin du livre. Quelques mots viennent toutefois réaffirmer pleinement son choix, sans pour autant minimiser le poids silencieux de celui qui ne la quittera jamais vraiment.

Je suis juste triste quand je pense à toi.

Tous les textes qui libèreront la parole sur ce sujet ont à mes yeux quelque chose d’essentiel. Ils toucheront ou non, interpelleront ou non celles (et ceux) qui auront besoin de réponses, de mots, de témoignages… A l’heure où la légitimité de l’avortement est souvent remise en cause par des discours nauséabonds, des écrits comme celui-ci doivent circuler et passer entre toutes les mains. En ce qui me concerne, je suis restée totalement en-dehors de ce témoignage que j’ai peut-être trouvé trop froid et bref à mon goût. J’y attendais peut-être un engagement plus marqué, une implication plus forte et saisissante sous la plume d’une femme. C’est dommage. Reste à lire maintenant L’Événement d’Annie Ernaux , tant ce texte semble avoir eu de l’importance aux yeux de Colombe Schneck qui le mentionne à plusieurs reprises.

Le billet de Noukette, Topobibliotéca et Sylire.

Dix sept ans – Colombe Schneck

J’ai lu

ISBN :978-2-290-11982-2

88 p / 5€

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39 réflexions au sujet de « Dix-sept ans – Colombe Schneck »

    1. Colombe Schneck écrit 30 ans après son avortement. Ce qui fait que l’on mêle, comme dans beaucoup de récits autobiographiques, la voix de l’adolescente qu’elle était et celle de la femme qu’elle est devenue, au moment du récit. Du coup, le ton n’est pas le même à mes yeux selon les passages.

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      1. Oui, je le lirai (peur que les parents soient offusqués de lancer un tel thème.) Moi aussi, suis contente d’avoir du temps pour te lire ce matin (le tourbillon de la vie fait que …) : j’aime toujours autant ton joli style.

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      2. Ah, c’est toujours l’éternel problème quand on s’attaque à de tels sujets de société… Ceci dit, les parents que j’ai face à moi sont tellement peu impliqués que cela me laisse plus de « liberté ». Et les trolls sont souvent bien plus ouverts et réceptifs qu’eux… (Mais je trouve ça dommage, le débat mérite qu’on libère la parole…) [Et sinon, merci. qui rougit..]

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  1. Je n’ai pas eu le courage de lire le texte d’Annie Ernaux, je connais son style et je pense qu’elle frappe fort sur ce thème-là. Si je me décide, je lirai les deux. Je trouve fou la légèreté avec laquelle certains responsables politiques ou autres en parlent aujourd’hui, dont des femmes.

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    1. J’ai lu pas mal de titre d’Annie Ernaux quand j’étais au lycée. Je pense le lire assez vite car le sujet m’intéresse. Et je suis curieuse de voir ce qu’elle en a fait.
      Et je te rejoins totalement sur le discours politique à ce sujet. C’est effrayant.

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  2. Je suis exactement du même avis que toi : je n’ai pas accrochée moi non plus car je suis restée distante face au personnage. Mais il faut que le sujet circule, car malheureusement on ne peut pas arriver en 2016 et entendre que l’avortement peu être remis en cause, ça jamais !

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    1. Voilà, faire circuler cette parole. Encore. Toujours. Mais je suis rassurée de voir que nous sommes plusieurs à avoir ressenti cette froideur distante qui finalement vient desservir la force d’un titre comme celui-ci.

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  3. C’est vrai qu’on imagine que l’auteure parlera avec émotion d’un tel événement. ça doit être étonnant cette mise à distance, et peut-être frustrant pour un lecteur ou une lectrice plus émotif/ve? J’attendrai de lire ton avis sur le livre d’Annie Ernaux sur le même sujet.

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  4. Je trouve bien que ces récits existent, mais je ne suis pas certaine d’avoir envie de lire celui-ci. Mon expérience me fait dire que c’est bien plus complexe qu’une chose à extraire de soi… C’est la froideur dont tu parles qui ne me tente pas.

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  5. Ahhhh je note, d’autant que j’ai le dernier de Colombe Schneck à lire (suis ravie qu’elle est écrit un texte sur cette question qui me tient aussi particulièrement à cœur… )
    merci pour la jolie découverte jolie demoiselle ❤

    ahhhhh Annie Ernaux (absolument absolument absolument magistral !)

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  6. Bon bon bon, je préfère être honnête, j’ai lu plusieurs opus de Colombe Schneck (qui semble ne savoir écrire QUE pour parler de sa petite personne), et à chaque fois ce n’est pas passé. Un manque de sincérité peut-être, ou bien cette distance dont tu parles et que l’auteur appellerait « sobriété » mais qui manque de coeur pour moi et qui fait que je reste à distance. Vu que je n’accroche pas avec Ernaux non plus (oui je sais, ça craint pour mon girl power), je crois que c’est encore les fictions qui restent pour des gens comme moi le meilleur véhicule pour traiter la question de l’avortement (sur lequel on est d’accord il faut rester vigilante)

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  7. Je te conseille « l’événement » plus profond que ce récit que je viens de lire également. Il reste effectivement à la surface des choses. Je pense que ce témoignage convient parfaitement à une lecture pour adolescents (et cela n’a rien de péjoratif).

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  8. Je n’ai pas lu ce livre de Colombe Schneck parce que comme elle, j’ai été profondément marquée par L’événement d’Annie Ernaux, un livre si exceptionnel qui fait de l’ombre aux titres qui parlent de ce sujet. Bises

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