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Mon TOP BD 2015

Voilà la saison des bilans livresques et un top annuel sans mes chères bulles est clairement inenvisageable. (Je doute avoir le temps de chroniquer d’autres albums d’ici le passage en 2016 alors il est temps pour moi de vous dévoiler mes titres incontournables…) Et puis comme le mercredi est traditionnellement consacré à la BD sur le blog, voilà le jour parfait pour lancer le bal de mes listes adorées.

Quelques nouveautés, quelques titres qui ont plus de bouteille dans le monde du 9e Art… Certaines planches sont muettes et se passent de mots pour être belles, d’autres apportent une gifle à l’accent chantant de Montréal, certaines vous hanteront tant elles sont criantes de beauté, d’autres vous offriront cette frustration teintée d’impatience puisqu’elles sont celles des premiers tomes à suivre de très près… Des BD à lire, découvrir, offrir, relire…

Et pour relire les chroniques complètes, un clic sur les titres !

Le Voyage d’Abel Duhamel & Belvent

Le Voyage d’Abel est une douce rengaine du quotidien, rassurante et apaisante, à l’image de ces comptines que l’on se chante pour s’offrir un peu de sérénité. Éloge du voyage pour mieux surmonter la routine, cet album pose aussi la question de ce qu’on laisse derrière nous de non-dits, de regrets, d’inachevé ou d’inassouvi quand vient l’heure des bilans. Il rappelle aussi combien la liberté peut avoir mille visages et s’offrir de mille manières.

 Les Nuits de Saturne de Pierre-Henry Gomont

Volupté sensuelle, nuits sombres et va-et-vient lascifs… L’érotisme latent gagne en intensité au fil des planches, que nos héros écorchés vifs se cherchent du bout des doigts ou à pleine bouche. Une histoire tracée par un pinceau qui excelle dans un joli jeu de suggestion charnelle d’une finesse rare. Chaque page s’offre ainsi un découpage ciselé se jouant de la chronologie et entretenant habilement le rythme de la narration. L’histoire est aussi  prenante que surprenante et chaque planche se paie le culot d’une magie visuelle qui régale le lecteur. Jeux sur les flous, les lumières et les ombres: on retrouve le trait découvert – et tant aimé – dans Rouge Karma tout en s’émerveillant de ce sens de l’esthétisme plein de nuances dont seul monsieur Gomont a le secret.

Un Homme de joie de Régis Hautière et David François

Dans ce premier volet d’un diptyque qui s’annonce d’ores et déjà passionnant, Régis Hautière signe une fois de plus un scénario teinté d’histoire sur fond de chronique sociale qui vous happe dès les premières bulles. Sous les traits anguleux de Sacha, des centaines d’émigrés, portés par un espoir qui n’a aucune certitude d’être satisfait. Qu’ils aient l’apparence d’un poussin migrateur, qu’ils soient de jeunes insouciants prêts à s’engager dans le plus sombre des road trips, qu’ils fassent de l’Amérique fantasmée une terre promise, les héros de Régis Hautière ont tous cette envie viscérale de s’offrir des ailleurs insaisissables. Des parcours soldés d’échecs et de rencontres inoubliables. David François quant à lui crée avec brio une ambiance absolument unique pour ce récit américain. Le trait vaporeux de l’artiste (reconnaissable au premier coup d’œil), mêlé à la sombre encre de chine donne une sensualité étonnante à cette ville à l’architecture majestueuse. Que l’on perde pied, étourdis par un vertige sur les hauteurs de la ville, que l’on inspire à pleins poumons les volutes de fumée des bars clandestins où l’on s’encanaille volontiers avec les catins,  que l’on s’égare sous les tissus de velours et les jupes retroussées, le New York de David François, pris au piège dans le carcan de la prohibition, a définitivement quelque chose d’hypnotique et de ténébreux.

 Un Océan d’amour Lupano & Panaccione

Le pari est donc indéniablement réussi pour un album dont la qualité n’est plus à prouver. Primé à juste titre, le duo d’auteurs parvient à nous captiver autour de deux personnages aussi exquis qu’un Kouign Amann. Chaque coup de crayon fait sens pour se gorger d’un humour tendre et subtil qui n’a pas besoin de mots pour nous accompagner au milieu des flots. On rit (jusqu’à la quatrième de couverture), on relit les pages avec délectation et on ouvrirait bien plus souvent des boîtes de sardines comme celle-ci. Mais attention, sous l’huile douce et la chair tendre des poissons, un autre humour se cache, plus amer, plus piquant. On rit jaune, une arrête coincée au fond de la gorge, face à cet océan tantôt époustouflant et majestueux, tantôt dévasté par des hommes peu scrupuleux à qui l’on ferait bien boire quelques gorgées d’eau salée ternie d’or noir.

La grandiose série Magasin général de Tipp et Loisel

Loisel et Tripp signent là une immense série que l’on referme le cœur gonflé d’amour et la gorge serrée. On voudrait, que cette histoire ne trouve jamais de fin (et tabernacle, comme celle proposée est belle…), que ces êtres et ces vies restent encore quelques minutes de plus nos fidèles compagnons de lecture. Le final vous arrache tour à tour de tendres sourires ou vous pince juste là où vous ne le vouliez pas. On quitte en douceur Notre-Dame-des-lacs, avec cette petite chose en plus qui grandit les lecteurs, qui reste en chacun de nous, convaincus d’avoir lu une grande œuvre faite de petites gens absolument inoubliables. Une série grandiose (lue avec ferveur juste avant le 20e Rendez-vous de la BD d’Amiens) qui réussit le pari rarement gagné de la prouesse graphique et de la maîtrise magistrale de l’art du récit. Un immense coup de foudre, qui trouve sa place auprès de mes Paul à Québec, La Tendresse des pierres et Abélard adorés.

Piero de Baudoin

Lire Piero, c’est donc tourner des pages qui disent l’humanité profonde d’un homme de talent. Baudoin est un grand un amoureux de la vie, de cette nature qu’il aime tant dépeindre et avec laquelle il sait faire corps. Voilà un album qui n’est autre qu’une immersion pudique et délicate au cœur d’un duo fraternel qui grandit en se nourrissant de l’admiration et de l’amour mutuels que les deux enfants se portent. Lire Piero, c’est aussi découvrir avec tendresse et émotion, une part de leur histoire familiale à la fois si personnelle et si universelle. C’est également les suivre sur les chemins qui les rapprochent et sur les routes qui un jour les éloigneront. C’est vous rappeler en quelques cases, combien votre sœur ou votre frère font définitivement partie de vous, ou comment donner tout son sens à ces mots criants de vérité et d’amour: Peut-on oser écrire qu’on aime quelqu’un plus que soi-même?

 Le Vieil homme et la mer – Murat

Lignes d’horizon, de pêche, de la main. Deux vies reliées par un fil pour une valse macabre sous le silence d’une nuit pleine d’étoiles timides. Murat se fait conteur, et rend grâce au merveilleux récit d’Hemingway. Faite de tête-à-tête en échos, l’œuvre – sous la parfaite orchestration de Murat – réussit à nous captiver et nous invite à contempler cette interminable nuit. Promesses de l’aube, douceur de l’aurore, éclats du soleil méridien, lumière éblouissante, naissance discrète de ce ciel entre chien et loup, crépuscule scintillant , aubes du soir… La palette de Murat est d’une richesse sans nom et rythme à merveille ce ballet maritime,  permettant au temps qui passe d’enrober de ses ambiances et de ses nuances, une histoire qui n’est pas qu’une simple partie de pêche. La narration se veut lente, fidèle à l’œuvre d’Hemingway, mais cela importe peu. Le découpage surprend au détour d’une case brisée, éclaboussée par le sang et l’eau durant cette nuit cauchemardesque qui se joue sur cette mer d’huile. Sans aucun doute, me voilà une nouvelle fois conquise par ce talent-là… Bravo m’sieur Murat.

Un homme est mort Kris et Davodeau

Chronique sociale et engagée, cette BD est le plus beau des écrins pour dire la force de l’engagement et la nécessité de mener avec ferveur ces grands combats qui rythment nos petites vies avides de liberté.  Quel beau portrait du monde ouvrier et à plus grande échelle quels beaux portraits d’Hommes. Nous accompagnons ces héros ordinaires, déambulons auprès d’eux, suivant les pas de René Vautier, et nous regardons, émerveillés et émus aux larmes le film projeté sur les murs blancs de la ville. Les mêmes frissons nous parcourent lorsque les mots d’Eluard, comme un refrain aigre-doux, viennent raisonner à chaque projection. Cette petite histoire en devient grandiose, portée par cette humanité lumineuse sous les traits de Davodeau et sous la toujours-très-jolie plume de Monsieur Kris.

Médée – Le Couteau dans la plaie – T2

Nancy Pena – Blandine Le Caillet

Ceux qui me connaissent « un peu » savent combien le personnage de Médée me fascine. De Sénèque à Laurent Gaudé, en passant par la version magistrale de Jean Anouilh, nombreux sont ces hommes qui ont sublimé la terrible Médée sous leur plume. Après un premier tome très prometteur, le duo féminin Pena & Le Caillet confirme son talent. Quand l’une conte à merveille chaque temps fort de cette célèbre histoire, l’autre offre une jolie présence aux personnages, faisant de Médée un être lumineux qui sort doucement de l’ombre, quitte à ce que cela se fasse dans un bain de sang. La version de Blandine Le Caillet  s’autorise d’ailleurs quelques libertés: Médée, habituellement si cruelle, s’octroie une part d’humanité dont on l’a trop souvent amputée au fil des siècles.

come-prima

C’est donc une histoire très forte teintée de nostalgie (contre laquelle le héros ne cesse pourtant de lutter) que nous livre ici Alfred sous ce trait si facilement identifiable. Comme pour le terrifiant Je mourrai pas gibier ou le sublime Pourquoi j’ai tué Pierre, ses personnages ont de sacrées gueules qui collent à merveille avec cette vie qui les a salement amochés et avec leur caractère bien trempé.

L’ambiance graphique qui naît sous le crayon d’Alfred sert admirablement l’histoire : les paysages italiens et le travail autour de la couleur ont cette luminosité chaleureuse qui pèse sur les êtres qui étouffent dans leurs secrets et non-dits. Parfois, les coins ombragés apaisent les esprits, les absences de quelques heures renforcent les mystères  et les plus fortes pluies viennent absoudre les fautes mais aussi les plus fortes douleurs…

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50 réflexions au sujet de « Mon TOP BD 2015 »

  1. Un océan d’amour était mon coup de coeur toutes catégories l’année dernière, je ne suis pas surprise de le voir ici… ❤
    Une belle année BD, des titres que je partage avec toi, d'autres qu'il me reste à découvrir… Bref, vivement 2016 !

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    1. Je ne te sais pas lecteur de BD mais je te conseille fortement de jeter un œil dans cette sélection si jamais tu veux te lancer. Mais quitte à commencer avec du très bon, tourne les pages du merveilleux Abélard d’Hautière et Renaud Dillies, mon chouchou devant l’Éternel.

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    1. Tu as donc encore bien de jolies découvertes à faire et c’est une jolie fête en soi. Je te souhaite tout un tas de belles dernières heures pour 2015. Profite comme tu sais si bien le faire. Je te couvre de bises ma douce.

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  2. Beau bilan Moka ! Je prends plein de titres en note. L’album « Les nuits de Saturne » me tente particulièrement. Tu me fais penser aussi qu’il faudrait que je termine la série « Magasin général » même si elle n’est pas un coup de coeur pour moi. Il me reste quelques tomes à lire. Je partage ton gros coup de coeur pour « Un océan d’amour » !

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  3. Quelques BD en commun et d’autres que je meurs d’envie de lire (comme « Un océan d’amour », « Le vieil homme et la mer » et l’ensemble des « Magasin général »). Il me reste, a priori, de belles découvertes à faire !
    Belles fêtes de fin d’année, jolie Moka.

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  4. Je partage ton coup de cœur pour « Magasin général » et « Le vieil homme et la mer ». Je m’empresse de noter les autres titres que je ne connais pas.
    Sans avoir tes connaissances en BD, moi j’ai bien aimé les trois tomes parus de « La guerre des Lulus » et Joker de Benjamin Adam.

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  5. Et bien, c’est un très joli bilan.
    Un homme est mort, un océan d’amour, Come prima et les magasin général sont de très beaux souvenirs pour moi aussi.
    Ah là là, ce que les BD peuvent être chouettes et émouvantes et prenantes et …
    Je te souhaite un joyeux réveillon .

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  6. J’ai beaucoup de retard en BD mais je le comble peu à peu grâce à des billets comme ça. Bon Davodeau, voilà hein lui il me le faut. La série Magasin général que j’ai demandé à ma médiathèque et Piero aussi me tente beaucoup….c’est chouette tout ce qu’il me reste à découvrir!

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  7. Fin 2015, lors de ma panne de lecture, j’ai pu ré-apprécier les BD (que j’aimais beaucoup il y a très longtemps!) avec la série des Paul de Michel Rabagliati. Je les adore, vraiment! Pour 2016, je compte donc poursuivre sur cette nouvelle voie, en empruntant plus souvent des BD et albums jeunesse à la bibliothèque.

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