Et mon coeur fait boum·Neuvième art

Magasin Général – Loisel & Tripp

Un de mes plus beaux marathon lecture.
Un de mes plus beaux marathons lecture.

Je m’appelle Felix Ducharme et je suis né ici à Notre-Dame-des-Lacs au Québec. Mes parents s’occupaient du magasin général.

On tourne les premières pages du premier tome comme on pousserait une vieille porte qui grince. Une bulle bleue vous guide, comme un petit fil qu’on ne lâche plus, comme une petite voix qui en toute liberté resurgira au fil des planches, au fil des tomes.

Ce matin, au village, Marie s’enveloppe de noir et porte le deuil. Felix Ducharme n’est plus, son époux s’est éteint, lui qui avait tant insisté pour qu’elle accepte de s’installer à Notre-Dame-des-Lac, dans ce petit village du bout du monde où il tenait avec elle le fameux Magasin général, centre névralgique du village. Elle va le pleurer son homme, son Félix, son chum.

La vie doit toutefois continuer et Notre-Dame-des-lacs est à l’aube d’un bouleversement sans précédent. Un moteur qui vrombit et un étranger qui arrive. Serge, venu de Montréal s’offre malgré lui quelques jours dans ce village perdu au milieu des lacs et des forêts. Comme lui, vous allez rencontrer le grincheux Noël, les  médisantes sœurs Gladu, le prêtre gauche en mal de reconnaissance, Gaëtan le simple d’esprit au cœur d’or, le tendre Alcide, la jolie Louise, les frères Latulippe aussi roux que barbus. Des anonymes dont les visages prendront doucement une place dans votre vie de lecteur pour ne plus jamais vous quitter.

Marie

A c’t’heure, ya juste moi qui te r’garde aller Marie. Ça fait que j’vas juste attendre, pis avoir hâte que ça finisse tes folleries . Parce que Marie, c’est ben beau ton respire de liberté, là… Pis si je m’force, j’peux presque comprendre.

Magasin général a ce charme inexplicable, cette sensibilité tendre et douce qui opère dès les premières pages. Les saisons passent. Les hommes s’absentent, se jalousent, se cognent pendant que les femmes s’affairent, nourrissent les commérages alors que d’autres s’émancipent. Des planches muettes viennent dire le temps qui passe et nous offrent une parenthèse de silence dans l’effusion de bulles aux accents d’ailleurs. Parce que Magasin général, c’est aussi et avant tout une langue, un phrasé d’abord déroutant qui devient familier et jubilatoire, une gouaille qui balance du coudonc, du pantoute et du tabarouette en passant par des expressions toutes plus savoureuses les unes que les autres. C’est aussi un récit d’une belle ouverture d’esprit qui remue comme il se doit les convictions d’un petit village dont la vie demeure rythmée par les  traditions.

La liberté. La liberté de Montréal, tu l’as rapportée avec toi.

Sur un air de Charleston…

A ces mauvaises langues qui clameraient qu’il ne se passe pas grand chose tout au long de ces neuf tomes, je pourrais répondre qu’ils n’ont pas totalement tort. Toutefois, nul besoin de beaucoup de mots pour dire que le quotidien de ces êtres débordants de vie suffit à nous ravir, que lire Magasin général a tout d’une bouffée d’oxygène (ou d’un grand respire) qui nous fait aimer la bande-dessinée encore plus qu’on ne l’imaginait. On y lit avec un plaisir addictif la vie qui explose au visage, avec ses aléas et ses coups de théâtre, ses petits vices et ses grandes faiblesses, ses beaux jours et ses heures tristes. C’est un peu de nous et des autres dans chaque personnalité, chaque visage que l’on retrouve au fil des tomes, éternellement conquis, sans déception ni lassitude.

Loisel & Tripp

Loisel et Tripp signent là une immense série que l’on referme le cœur gonflé d’amour et la gorge serrée. On voudrait, que cette histoire ne trouve jamais de fin (et tabernacle, comme celle proposée est belle…), que ces êtres et ces vies restent encore quelques minutes de plus nos fidèles compagnons de lecture. Le final vous arrache tour à tour de tendres sourires ou vous pince juste là où vous ne le vouliez pas. On quitte en douceur Notre-Dame-des-lacs, avec cette petite chose en plus qui grandit les lecteurs, qui reste en chacun de nous, convaincus d’avoir lu une grande œuvre faite de petites gens absolument inoubliables.

Une série grandiose (lue avec ferveur juste avant le 20e Rendez-vous de la BD d’Amiens) qui réussit le pari rarement gagné de la prouesse graphique et de la maîtrise magistrale de l’art du récit. Un immense coup de foudre, qui trouve sa place auprès de mes Paul à Québec, La Tendresse des pierres et Abélard adorés.

Bon, ben…on dirait que c’est l’temps que je m’en aille…

Magasin général – Série en 9 tomes.

1. Marie    2. Serge    3. Les hommes  4. Confessions  5.Montréal   6. Ernest Latulippe   7. Charleston   8. Les femmes  9. Notre-Dame-des-Lacs

Loisel & Tripp

Lapierre (Couleur)

Casterman

BD de la semaine
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29 réflexions au sujet de « Magasin Général – Loisel & Tripp »

  1. J’ai relu les 9 d’une traite pendant les vacances de Pâques. C’est une série merveilleuse, un univers et des personnages inoubliables. Un énorme coup de cœur, je suis bien d’accord avec toi.
    (et je partage tes autres « adorés », tu le sais bien, sauf « Paul à Québec » que je n’ai pas encore lu mais que je viens d’emprunter à la médiathèque).

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