Je lis des albums·Que jeunesse se fasse...

Bisha – A.Serres & D.Jacquot

Ils ont fait de leur vie un voyage, une errance éternelle ponctuée de pauses festives, de danses et de chants, de rencontres avec l’ailleurs et l’autre. Leur vie s’écrit sur les routes et les chemins et c’est avec une ferveur évidente que les traditions s’offrent aux plus jeunes en souvenir des plus vieux.

Le grand-père saisit alors le violon et retrouve sa voix envoûtante pour chanter la chanson triste de ceux qui n’ont qu’une lune à partager.

Toute cette famille quitte une ville pour en gagner une autre, suivant fidèlement le bon vouloir de la chèvre Bisha. C’est elle leur guide, celle qui sait où il fait bon vivre, quand il faut cesser de rouler, où manger autour d’un doux feu qui crépite, où faire vibrer les cœurs et les êtres au son de la musique tzigane.

La grosse tante Boula sourit de toutes ses dents qu’elle n’a plus et un accordéon rejoint le violon pour célébrer l’amitié à pleins poumons.

Dans ce récit aux mille couleurs, à raconter sous les étoiles estivales, tout n’a pas toujours la saveur du rêve et de la magie des instants partagés. Si l’on se laisse vite charmer par ce conte de l’ailleurs, la menace rôde toujours. Celle qu’on oublie trop vite, grisé par l’euphorie de la fête. Ceux qui sont de passage, pour dire et chanter un peu de leur monde ne sont pas toujours les bienvenus et les monstres des cauchemars de l’enfance peuvent surgir à tout moment. Méfiance, donc…

Une voix d’ogre hurle: arrêtez tout !

Quand Delphine Jacquot joue de ses pinceaux ou de ses crayons, l’alchimie fait son oeuvre. Le ciel bleu nuit se remplit d’étoiles, la végétation foisonnante se glisse entre les doigts , tout un tendre bestiaire s’anime : voilà  très belle histoire qui rend hommage à ces hommes et ses femmes aux vies passionnantes qui ont vu autant de routes qu’ils ont de rides sur le visage. Le lecteur devient voyageur et trouve sa place, niché dans les coussins de la vieille roulotte, regardant comme les enfants par la fenêtre si Bisha n’est pas loin et veille au grain…

Delphine Jacquot

S’offrir la liberté de l’errance en quelques pages, se laisser bercer par une langue qui a tout d’une douce musique, s’autoriser quelques frissons quand le grand-père fait pleurer son violon.

Un album lumineux porté par la magie du conte sans en oublier sa force morale et sa résonance avec l’actualité, soulignant subtilement l’importance de s’ouvrir à l’autre, à l’heure où l’étranger éveille encore si violemment  les craintes et les soupçons. Riche d’un folklore fascinant gorgé de mystère et d’onirisme, le récit d’Alain Serres rappelle combien l’autre peut être riche de son histoire et fort de son héritage traditionnel qui se transmet en musique et en mots. Une lecture comme je les aime, à savourer bercé par les airs envoûtants de Goran Bregovic.

Retour sur l’exposition des originaux de Delphine Jacquot à la librairie Pages d’encre.

D’autres albums de cette illustratrice que j’aime d’amour à lire avec autant de plaisir et d’yeux qui pétillent:

Le Fil de soie / Les aventures improbables de Peter et Herman.

Bisha, la chèvre bleue qui parlait rrom

Alain Serres et Delphine Jacquot

Rue du monde

16 €

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5 réflexions au sujet de « Bisha – A.Serres & D.Jacquot »

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