Que jeunesse se fasse...

Black-out Sam Mills

Le pouvoir des livres.

Le Londres dépeint dans ce livre pourrait presque être celui que nous connaissons. La ville nous serait presque familière. Mais lorsque le héros, Stefan, tout juste âgé de seize ans quitte la librairie de son père pour assister à une lapidation publique, le lecteur se demande ce qui a bien pu arriver à cette capitale si moderne et ouverte d’esprit. Depuis peu, c’est un climat de terreur qui règne et l’État, en bon protecteur de ses ouailles, a instauré des conditions de vie qui ne sont pas sans rappeler les romans d’Orwell ou Bradbury.

Tout est sous contrôle : caméra, nouvelles technologies, tous les moyens sont bons pour protéger l’honnête citoyen et pour piéger celui qui s’éloignerait du « droit chemin ».

La méfiance gagne tous les citoyens et un ennemi juré fait l’objet d’investigations particulièrement acharnées: le livre. Le gouvernement pourchasse les chefs d’œuvres littéraires et les remet entre les mains des Récrivains. Ces « hommes de lettres » ont pour mission de chasser la perversion des livres et d’offrir aux lecteurs des versions édulcorées des canons littéraires dont les versions condamnables sont précieusement conservées par le gouvernement, brûlées par la police ou secrètement gardées par ces amoureux des livres qu’on nomme « terroristes« .

« C’est là que tu te trompes, Stefan. Dans les livres, il y a une partie qui ne ment jamais. L’écrivain met son âme dans ses romans. Chaque mot est comme une médaille avec deux faces: d’un côté le mensonge, la fiction, l’autre la vérité, la justesse. On peut mesurer un homme aux histoires qu’il écrit.« 

Dans cette dystopie, toutes les valeurs culturelles volent en éclat. La pensée se doit d’être lisse et contenue, la réflexion n’a plus sa place et les débats sont proscrits. Les esprits des plus jeunes sont manipulés pour les rendre malléables à souhait et le héros -bien que préservé par son père – est de ce moule-là. Tiraillé entre les révélations qui bouleverseront à jamais sa représentation du monde et son profond attachement aux valeurs défendues par le pouvoir en place, il devra avancer à tâtons dans une ville hostile où la confiance n’a plus droit de cité. Difficile de se fier aux personnes qui croiseront sa route sans savoir qui détient réellement la vérité. Les livres le guideront et lui assureront de petites victoires et de grandes désillusions. Pas à pas, page à page, il tentera par tous les moyens de démêler les discours obscurs et les messages cachés entre les lignes pour se trouver, grandir et s’émanciper d’une société prête à imploser dans son carcan de lois absurdes.

 » Ces instants – ceux où nos fantasmes se heurtent à la réalité – créent une friction. Souvent, les gens s’effondrent le jour où cela arrive, parce que rien n’est plus terrifiant que de regarder la réalité en face. Mais ce sont aussi des moments où l’on peut ouvrir les yeux et voir. C’est à ce moment-là que les gens rejoignent les Mots. »

Cette année, de nombreux débats ont secoué le monde des livres, des hommes ont, pour je ne sais quelle raison absurde, érigé certains livres en diables de papier sans même avoir la curiosité de les lire avec intelligence et bon sens. Dois-je rappeler ces quelques lignes que j’avais pu écrire – un poil agacée – sur un texte qui, dans un autre temps, aurait pu finir comme la bibliothèque de cette vieille femme dans l’adaptation magistrale  de Fahrenheit451 de Truffaut?

Le livre de Sam Mills est donc une vraie belle découverte. C’est Annie de la libraire L’Oiseau Lire qui me l’a chaudement recommandé lors d’une escapade ébroïcienne au cœur de cette période houleuse. Je cherchais des romans où le livre était diabolisé, ou au cœur d’un enjeu politique. Quel beau conseil que ce roman. Quatre cents pages englouties à une vitesse folle, portées par un suspense haletant. Tous les éléments de la dystopie sont là et la machine politique répressive joue son rôle à merveille. Mais au-delà de cette histoire, c’est aussi un bel hommage à la littérature qui transparaît entre chaque ligne, portant un joli discours sur le pouvoir des livres, de la fiction et de son influence sur les hommes. Un roman à mettre entre toutes les mains des amoureux des livres et des mots.

Hey les KIDS, J’AI BESOIN DE VOUS !

Si vous connaissez d’autres titres dans cet esprit – Classique/ Jeunesse / BD –  je suis preneuse. (Pour un projet avec mes trolls de 3e) Merci d’avance !

Black-out Sam Mills

Traduction Valérie Le Plouhinec

NaïveLand

ISBN : 978-2-35021-225-8

18€ / 437 p

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4 réflexions au sujet de « Black-out Sam Mills »

  1. Je viens de terminer ce livre, avec plaisir mais sans le rouver véritablement génial non plus. Si tu cherches un vrai chef d’œuvre dans le même genre, il faut absolument lire « Après » de Francine Prose, beaucoup plus subtil et marquant !

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